« Se cachaient-ils (1) ou se trouvaient-ils derrière moi? Comment ont-ils pu se permettre de regarder dans ma propre demeure sur ma femme (2)? Par Dieu, je n’ai été qu’avec mon épouse, et elle ressemblait à celle qu’ils évoquent. »
‘Umar commença par interroger Abū Bakra, qui témoigna avoir vu l’homme entre les jambes d’Oumm Jamīl, l’introduisant et le retirant « comme un bâtonnet de khôl dans son étui ». ‘Umar lui demanda : « Comment les as-tu vus ? » Il répondit : « De dos. » ‘Umar reprit : « Comment, alors, as-tu distingué sa tête (3) ? » Il répondit : « Je me suis penché (4). »
Ensuite, ‘Umar appela Shibl ibn Ma‘bad, qui fit le même témoignage. ‘Umar lui demanda : « Les as-tu observés de face ou de dos ? » Il répondit : « De face. » Nāfi‘ témoigna de la même manière qu’Abū Bakra, mais Ziyād, lui, ne confirma pas leurs dires : « Je l’ai vu assis entre les jambes d’une femme. J’ai aperçu deux pieds teints de henné qui battaient l’air, deux manches retroussées, et j’ai entendu un halètement (5) intense. » ‘Umar lui demanda : « As-tu vu un membre à la manière d’un bâtonnet de khôl (6) introduit dans son étui ? » Il répondit : « Non. » ‘Umar insista : « Connaissais-tu la femme ? » Ziyād répondit : « Non, mais elle lui ressemblait. » ‘Umar lui dit : « Écarte-toi. »
On rapporte qu’à ce moment-là, ‘Umar – que Dieu l’agrée – prononça le takbîr, puis ordonna de fouetter les trois (témoins) pour fausse accusation, tout en récitant la Parole du Très-Haut : « S’ils ne produisent pas (d’autres) témoins, ce sont, auprès de Dieu, ceux-là qui sont les menteurs (13). » (Coran 24 : 13) Al-Mughīra déclara alors : « Fais-moi justice de ces serviteurs ! » ‘Umar lui répliqua : « Tais-toi ! Que Dieu fasse taire ta bouche ! Par Dieu, si leur témoignage avait été complet, nous t’aurions lapidé de tes propres pierres. »
Vint ensuite la conquête d’al-Ahwāz et de Manādhir (7), ainsi que la région de Nahr Tīray (8). Ibn Jarīr (9) indique que ces événements eurent lieu durant cette même année (ou, selon certains, en l’an seize de l’Hégire). Il rapporte, d’après Sīf et ses maîtres, que l’Hurmuzān s’était emparé de ces provinces (et faisait partie de ceux qui s’étaient enfuis du camp perse le jour de la bataille d’al-Qādisiyyah). Abū Mūsā envoya depuis al-Baṣra, et ‘Utbah ibn Ghazwān depuis al-Kūfa, deux armées pour le combattre. Par la grâce de Dieu, elles vainquirent l’Hurmuzān, prenant possession de la région qui s’étendait de la rivière du Tigre jusqu’à l’ad-Dujayl, s’emparant du butin voulu et tuant ceux qu’elles désiraient. L’Hurmuzān passa alors un accord avec eux en sollicitant une trêve pour le reste de ses territoires. Les chefs consultèrent ‘Utbah ibn Ghazwān, qui accepta la paix et envoya à ‘Umar le quint du butin et l’annonce de la victoire, accompagnés d’une délégation dans laquelle se trouvait al-Aḥnaf ibn Qays. ‘Umar apprécia ce dernier et le combla de faveurs, puis il écrivit à ‘Utbah pour lui recommander de le consulter et de tirer profit de son avis.
Par la suite, l’Hurmuzān rompit le pacte et la réconciliation, faisant alliance avec un groupe de Kurdes. Son orgueil le poussa à la guerre, et le Diable lui présenta son action sous un beau jour. Les musulmans sortirent pour l’affronter et triomphèrent, tuant un grand nombre de ses hommes et une foule considérable. »