Il fut ainsi atteint dans la paume de sa main ; je l’ai vu la regarder, puis la retourner (1) sur le dos, en disant : « Je ne voudrais pour rien au monde (en échange de ce qui est en toi) quoi que ce soit de cette vie d’ici-bas. » Lorsque cet homme mourut, ‘Amr ibn al-‘Âs fut placé à la tête des gens. Il se leva pour leur adresser un discours et dit : « Ô gens ! Lorsque cette épidémie survient, elle s’enflamme comme le feu. Cherchez donc refuge (2) dans les montagnes. »
Alors Abou Wâthila (3) al-Hudhali répliqua : « Tu mens, par Dieu ! J’ai accompagné le Messager de Dieu (ﷺ) et tu es plus mauvais que mon âne ! » ‘Amr ibn al-‘Âs répondit : « Par Dieu, je ne réfuterai pas tes propos. Et par Dieu, nous ne resterons pas ici. »
Ensuite, il quitta les lieux et les gens partirent à leur tour, se dispersant, et Dieu les préserva. Quand ‘Umar ibn al-Khattâb apprit ce qu’avait décidé ‘Amr ibn al-‘Âs, par Dieu, il ne le désapprouva pas.
Ibn Is’hâq a dit : « Lorsque ‘Umar apprit la mort d’Abou ‘Ubayda et de Yazîd ibn Abî Sufyân, il désigna Mu‘âwiya pour commander l’armée de Damas et en gérer l’impôt, et il nomma Shurahbîl ibn Hasana à la tête de l’armée du Jourdain et de son impôt. » (Et Saïf ibn ‘Umar a rapporté, selon ses maîtres, qu’ils dirent : « Lorsque la peste d’‘Amwâs survint, elle se déclara deux fois, comme jamais on n’en avait vu de semblable, sa durée fut longue et un grand nombre de gens moururent, au point que l’ennemi s’enhardit et que les musulmans en furent effrayés. »)
J’ai dit : « C’est pourquoi ‘Umar se rendit par la suite en Syrie pour régler les successions de ceux qui étaient morts, car la situation se révélait complexe pour les gouverneurs. Les gens se réjouirent de sa venue, et les ennemis se retirèrent de toutes parts à son approche. Louange à Dieu et gratitude à Lui. »
(4) Saïf ajouta – après avoir mentionné la venue de ‘Umar à la fin de l’année 17 de l’hégire, à la suite de la peste d’‘Amwâs – : « Lorsque ‘Umar voulut repartir vers Médine, au mois de Dhû l-Hijja de cette même année, il prononça un sermon devant les gens. Il loua Dieu et Le glorifia, puis dit : “Sachez que je vous ai gouvernés et que j’ai rempli mon devoir dans ce que Dieu m’a confié de vos affaires, si Dieu le veut. Nous avons distribué (5) votre butin, vos demeures et vos campagnes (ou combats) entre vous, nous vous avons fait part de ce que nous avions, nous avons levé des armées pour vous, préparé (6) ce qu’il fallait, attribué des lieux et élargi vos parts, à la mesure de vos conquêtes et de ce pour quoi vous avez combattu en Syrie. Nous vous avons désigné vos rations, prescrit vos soldes et vos gains. Quiconque sait quelque chose qui doive être pratiqué, qu’il nous en informe, nous l’appliquerons, si Dieu le veut. Il n’est de force qu’en Dieu.” »
Saïf poursuit : « Puis vint le moment de la prière. Les gens dirent : “Si seulement tu ordonnais à Bilâl de lancer l’appel !” Il le lui ordonna, Bilâl prononça l’adhân, et tous ceux qui avaient connu le Messager de Dieu (ﷺ), tandis que Bilâl appelait à la prière, se mirent à pleurer (7) au point d’en mouiller leur barbe. ‘Umar était celui qui pleurait le plus. Quant à ceux qui ne l’avaient pas connu, ils pleuraient en voyant les premiers pleurer et en se remémorant le Messager de Dieu (ﷺ).”