Il se leva et mourut ! Celui qui demeure sur place et se trouve touché par ce fléau peut penser que, s’il était parti, il n’aurait pas été atteint. Or si un croyant n’a pas cette pensée, il n’y a pas de mal à ce qu’il s’éloigne et se tienne à l’écart. Pour ma part, j’étais avec Abou ‘Oubayda ibn al-Jarrah en Syrie (ach-Châm) l’année du fléau d‘Amwâs. Quand le mal s’intensifia et que la nouvelle en parvint à Omar, celui-ci écrivit à Abou ‘Oubayda pour le faire sortir de là :
« Que la paix soit sur toi. Ensuite, j’ai à ton égard un besoin qui me pousse à te rencontrer en personne. C’est pourquoi je t’ordonne, sitôt que tu auras lu cette lettre, de ne pas la poser avant de te mettre en route vers moi. »
Abou ‘Oubayda comprit que l’intention d’Omar était de l’éloigner de l’épidémie. Il dit alors : « Qu’Allah pardonne à l’émir des croyants », puis il lui écrivit : « Ô Émir des croyants, j’ai bien saisi ton intention, mais je suis à la tête d’une armée de musulmans, et je ne puis envisager de m’éloigner d’eux. Je ne désire pas les quitter avant que Dieu ne statue sur mon sort et le leur. Épargne-moi donc ton ordre, ô Émir des croyants, et laisse-moi auprès de mes soldats. »
Lorsque Omar lut cette lettre, il se mit à pleurer. Les gens présents lui demandèrent : « Ô Émir des croyants, Abou ‘Oubayda est-il mort ? » Il répondit : « Non… Comme s’il l’était déjà. » Puis Omar lui écrivit à nouveau :
« Que la paix soit sur toi. Après cela, tu as fait séjourner les gens en un lieu profond ; emmène-les donc vers une terre élevée, plus saine. »
Abou Moussa raconta : « Quand cette lettre parvint à Abou ‘Oubayda, il m’appela et me dit : “Ô Abou Moussa, la lettre de l’émir des croyants nous enjoint de partir, vois où nous pourrions nous installer, afin que je vous y rejoigne.” Je retournai chez moi pour me préparer, mais je trouvai ma compagne atteinte (par l’épidémie). Je revins alors auprès de lui et lui dis : “Par Allah, il s’est produit un malheur dans ma famille.” Il me répondit : “Se peut-il que ta femme ait été frappée ?” Je dis : “Oui.” Il fit préparer un chameau, et quand il posa son pied dans l’étrier, il fut à son tour frappé (par la maladie). Il s’exclama : “Par Allah, j’ai été atteint !” Puis il se mit en route avec les gens jusqu’à atteindre al-Jâbiya, éloignant ainsi la population de l’épidémie. »
Mohamed ibn Ishaq (5), d’après Aban ibn Salih, d’après Chahr ibn Houchab, d’après Rabba – un homme de son peuple, qui avait épousé sa mère après son père, et qui se trouvait présent lors du fléau d‘Amwâs – raconta :
« Lorsque le mal sévit avec force, Abou ‘Oubayda se leva pour prononcer un sermon devant les gens et déclara : “Ô gens ! Ce fléau est une miséricorde de votre Seigneur, une invocation exaucée de votre Prophète et la cause de la mort des vertueux qui vous ont précédés. Qu’Allah accorde à Abou ‘Oubayda la part qui lui revient !” Il fut alors frappé et mourut. Il chargea ensuite Mo’adh ibn Jabal de prendre la suite. Mo’adh s’adressa à son tour aux gens après lui : “Ô gens ! Ce fléau est une miséricorde de votre Seigneur, une invocation exaucée de votre Prophète, et la cause de la mort des vertueux qui vous ont précédés. Et Mo’adh demande à Allah de réserver à la famille de Mo’adh la part qui leur revient.” Son fils, ‘Abd ar-Rahman, fut alors atteint et mourut. Puis, il se remit à invoquer le Seigneur…” »