Les chefs des armées, Abou ‘Oubaïda, Yazid ibn Abî Soufyân et Khâlid ibn Al-Walîd, se rendirent à Sargh et informèrent ‘Omar que l’épidémie avait frappé la Syrie. Alors, ‘Omar consulta les Mouhâjirîn et les Anṣâr, et ils divergèrent à ce sujet : certains lui dirent : « Tu es venu pour accomplir une affaire, ne renonce pas à ton entreprise. » D’autres ajoutèrent : « Nous ne pensons pas que tu doives exposer les plus nobles Compagnons du Messager de Dieu (ﷺ) à cette épidémie. » On rapporte alors que ‘Omar ordonna aux gens de repartir le lendemain (1).
Abou ‘Oubaïda s’exclama : « Fuis-tu le destin de Dieu ? » Il répondit : « Oui ! Nous fuyons le Destin de Dieu vers le Destin de Dieu. Que dirais-tu si tu descendais dans une vallée pourvue de deux versants, l’un fertile et l’autre stérile ? Si tu fais paître du côté fertile, tu le fais par le Destin de Dieu, et si tu fais paître du côté stérile, tu le fais également par le Destin de Dieu. » Puis il ajouta : « Ô Abou ‘Oubaïda, si quelqu’un d’autre avait tenu de tels propos… »
Ibn Isḥâq rapporte dans sa version, incluse dans le Ṣaḥîḥ d’Al-Bukhârî (2), qu’‘Abd Ar-Raḥmân ibn ‘Awf s’était absenté pour quelque affaire. À son retour, il dit : « Je possède un savoir à ce sujet. J’ai entendu le Messager de Dieu (ﷺ) dire : “Si vous apprenez qu’une épidémie sévit dans une contrée, ne vous y rendez pas. Et si elle frappe le pays où vous vous trouvez, n’en sortez pas pour y échapper.” » ‘Omar loua Dieu (c’est-à-dire qu’il rendit grâce, car ce conseil confirmait son opinion) et revint avec les gens.
L’imam Aḥmad (3) a rapporté : « Waki‘ nous a mentionné, d’après Sufyân, d’après Ḥabîb (4) ibn Abî Thâbit, d’après Ibrâhîm ibn Sa‘d, d’après Sa‘d ibn Mâlik ibn Abî Waqqâṣ, Khuzayma ibn Thâbit et Usâma ibn Zayd, qu’ils ont dit : le Messager de Dieu (ﷺ) a déclaré : “Cetains disent que ce fléau (ṭâ‘oûn) est un châtiment (rajaz) et qu’il reste un reliquat du supplice infligé à un peuple avant vous. Quand il frappe une terre où vous êtes (5), ne la quittez pas pour le fuir, et si vous entendez dire qu’il sévit dans une contrée, n’y entrez pas.” »
Ce ḥadith a aussi été rapporté par (l’imam) Aḥmad (6) selon Sa‘îd ibn Al-Musayyib et Yaḥyâ ibn Sa‘d (7), d’après Sa‘d ibn Abî Waqqâṣ.
Sayf ibn ‘Oumar (8) déclara que l’épidémie était déjà apparue en Syrie au mois de Muḥarram de cette année-là, avant de disparaître. Il pensait apparemment que cette épidémie était le « Ṭâ‘oûn d‘Amwâs » qui emporta de nombreux émirs et notables musulmans. Or, la réalité n’est pas conforme à ce qu’il a affirmé, car la peste d‘Amwâs concerne l’année suivante, comme nous le préciserons, si Dieu le veut.
Sayf ibn ‘Oumar mentionne également que le Commandeur des croyants ‘Omar avait résolu de parcourir les différentes régions pour visiter les émirs et examiner leur situation.