Salman al-Fârisi (qu’Allah l’agrée) en fit la synthèse. Ensuite, Sa‘d envoya le quint (khoums) en biens, captifs et montures, avec Ziyâd ibn Abî Sufyân, Qudâ‘î ibn ‘Amr et Abû Mufzar (1) al-Aswad. Lorsqu’ils arrivèrent auprès de ‘Umar, celui-ci interrogea Ziyâd ibn Abî Sufyân sur le déroulement de la bataille, et Ziyâd lui en fit le récit. Étant très éloquent, il suscita l’admiration de ‘Umar ibn al-Khattâb (qu’Allah l’agrée), qui voulut alors que les musulmans l’entendent à leur tour. Il lui demanda : « Peux-tu t’adresser aux gens comme tu me l’as rapporté ? » Ziyâd répondit : « Oui, ô Commandeur des Croyants. Il n’y a sur terre personne dont je redoute davantage la présence que la vôtre ; comment ne pourrais-je pas faire preuve de courage devant les autres ? » Il se leva donc devant l’assemblée et raconta l’histoire de la bataille, le nombre d’ennemis tués et la quantité de butin remportée, dans un style grandiose et très éloquent. ‘Umar s’exclama : « Voilà assurément le khatîb al-miṣqa‘ (2) », autrement dit l’orateur éloquent. Ziyâd déclara alors : « C’est bien parce que nos troupes ont agi de manière si éclatante qu’elles ont délié nos langues. »
Puis ‘Umar jura que ce trésor, qu’ils venaient d’apporter, ne serait pas abrité sous un toit avant d’être réparti. C’est ainsi qu’Abd Allâh ibn Arqam et ‘Abd al-Rahmân ibn ‘Awf le gardèrent durant la nuit dans la mosquée. Le matin venu, après avoir accompli la prière de l’aube, lorsque le soleil se fut levé, ‘Umar arriva avec les gens et ordonna que l’on découvre la marchandise. Alors, à la vue des rubis, des émeraudes, de l’or jaune et de l’argent blanc, ‘Umar se mit à pleurer. ‘Abd al-Rahmân lui demanda : « Pourquoi pleures-tu, ô Commandeur des Croyants ? Par Dieu, c’est pourtant un moment de reconnaissance. » ‘Umar répondit : « Par Dieu, ce n’est pas la raison de mes pleurs. Par Allah, Il n’accorde un bienfait à un peuple qu’ils n’en viennent à se jalouser et à se haïr, et en se jalousant, Il sème alors la discorde parmi eux. » Il le distribua ensuite de la même manière qu’il avait réparti les biens de Qâdisiyya.
Sayf ibn ‘Umar (3) rapporte d’après ses maîtres qu’ils dirent : « La conquête de Jalûlâ’ se déroula en Dhû al-Qa‘da de l’année 16 de l’Hégire, et neuf mois la séparaient de la prise d’al-Madâ’in. » Ibn Jarîr (al-Tabarî) discute, dans sa recension d’après Sayf, de la question des terres d’al-Sawâd et de la fiscalité qui leur est liée ; l’ouvrage “Al-Ahkâm” est l’endroit approprié pour éclaircir ce point.
Hâshim ibn ‘Utba composa au sujet du jour de Jalûlâ’ (4) :
[rajaz]
« Le jour de Jalûlâ’ et le jour de Rustum (5)…
… et le jour où l’armée de Kûfa s’est avancée
Le jour du passage au fleuve (6) solidement gardé…
Et des journées révolues que le temps a effacées (7)
Elles ont blanchi mes tempes et les ont fait vieillir…
Comme le thym (8) d’une contrée sacrée. »