Saʿd ibn Abī Waqqāṣ confia l’administration des biens saisis (1) à ʿAmr ibn ʿAmr (2) ibn Muqarrin. Les premiers biens recueillis provenaient du “Palais Blanc”, des résidences de Kisrâ (Chosroès), de toutes les demeures d’al-Madâ’in et de l’iwan que nous avons mentionné, ainsi que de ce que rapportaient les détachements de troupes accompagnant Zuhrah ibn Ḥawiyah. Il y avait, parmi ce que Zuhrah restitua, une mule qu’il avait reprise de force aux Perses et que ceux-ci entouraient de leurs épées. Il la leur arracha et déclara : « Il y a bien quelque chose de particulier à son sujet », puis il la rendit avec ce qu’elle portait : deux coffres contenant les habits de Kisrâ, ses bijoux et la tenue qu’il portait sur son trône, comme évoqué précédemment. Il y avait aussi une autre mule chargée de la couronne de Kisrâ, placée également dans deux coffres, que l’on récupéra (3) en chemin auprès de ceux des détachements qui l’avaient saisie.
Parmi les biens que les troupes restituèrent, il y avait une immense quantité de richesses, surtout le mobilier et les objets précieux de Kisrâ qu’ils avaient emportés avec eux. Les musulmans les rattrapèrent et s’en emparèrent. Les Perses ne pouvaient transporter le tapis à cause de son poids, ni emporter leur argent tant il y en avait. En effet, il arrivait que les musulmans pénètrent dans certaines demeures et trouvent une pièce entièrement remplie (4) jusqu’au plafond de récipients en or et en argent, et qu’ils découvrent d’abondantes quantités de camphre qu’ils prenaient pour du sel : certains l’utilisèrent même pour la pâte du pain, qu’ils trouvèrent amère, jusqu’à ce qu’ils s’aperçoivent (5) de sa véritable nature. Ainsi, le butin fut considérable. Saʿd procéda à la répartition en prélevant le cinquième (al-ḫumus) et chargea Salmân al-Fârisî de distribuer les quatre autres cinquièmes (6) aux combattants. Chaque cavalier reçut alors douze mille (pièces), car ils étaient tous montés et certains disposaient de chevaux de renfort.
Saʿd demanda aux musulmans de lui faire don de quatre cinquièmes du tapis et des vêtements de Kisrâ, qu’il destinait à ʿUmar et aux croyants à Médine, afin qu’ils puissent les voir et s’en émerveiller. Les musulmans s’y prêtèrent volontiers et l’autorisèrent, si bien qu’il envoya tout cela à ʿUmar avec le cinquième officiel, par l’intermédiaire de Bishr ibn al-Khaṣāṣiyyah. Celui qui l’avait précédé pour annoncer la victoire fut Khunayṣ (7) ibn Untel (de la tribu) al-Asadî, dit-on. Il est rapporté que, lorsque ʿUmar vit ces trésors, il déclara : « Les gens qui ont ainsi tout rendu sont vraiment dignes de confiance. »
ʿAlî ibn Abî Tâlib lui répondit : « Toi, tu t’es abstenu, alors ton peuple s’est abstenu. Si tu avais penché vers le mal, ils y auraient penché à leur tour. » ʿUmar répartit ensuite ce butin parmi les musulmans. ʿAlî (8) obtint ainsi un morceau du tapis qu’il vendit vingt mille (pièces).
Sîf ibn ʿUmar (9) rapporte que ʿUmar ibn al-Khaṭṭâb fit vêtir un mannequin de la tenue de Kisrâ et le dressa devant lui pour montrer aux gens à quel point ces ornements étaient stupéfiants, et pour leur faire constater qu’il ne s’agissait que d’un éphémère ornement de la vie d’ici-bas. Nous avons également le récit selon lequel ʿUmar fit porter les habits de Kisrâ à Surâqah ibn Mâlik ibn Juʿshum, qui était l’émir des Banû Mudlij (– qu'Allah soit satisfait de lui –).