Et Sif mentionna dans son récit qu’il l’accomplit avec une seule salutation (taslîm), et qu’il récita le prêche et dirigea la prière du vendredi dans l’Iwân au mois de Safar (1) de cette année. Ce fut donc la première prière du vendredi célébrée en Irak. Cela s’explique par le fait que Sa‘d avait décidé de s’y installer durablement : il envoya chercher les familles et les installa dans les demeures (2) d’al-Madâ’in pour y habiter, jusqu’à ce qu’ils conquièrent Jalûlâ’, Tikrît et Mossoul. Par la suite, ils se déplacèrent à Koufa, comme nous le verrons plus loin.
Ensuite, il dépêcha des troupes à la poursuite de Kisrâ Yazdejerd. Un groupe parvint à les rattraper, les mit à mort, les dispersa et s’empara de nombreuses richesses. La plus grande partie de ce qu’ils récupérèrent consistait en vêtements de Kisrâ, son diadème et ses ornements. Sa‘d se mit alors à rassembler les biens, les réserves et les objets précieux qui se trouvaient là, tant et si bien qu’ils ne pouvaient être évalués, limités ni décrits, tant leur quantité et leur magnificence étaient grandes.
Nous rapportons qu’il y avait en cet endroit des statues de plâtre. Sa‘d en observa une dont le doigt pointait vers un lieu précis. Il déclara : « Cet objet n’a certainement pas été placé ainsi pour rien. » Ils fouillèrent alors l’endroit indiqué par son doigt et découvrirent en face un immense trésor appartenant aux premiers rois sassanides (les anciens Khosroès). Ils en extrairont d’immenses sommes d’argent, des réserves considérables et des objets de grand prix. Les musulmans prirent possession de tout ce qui s’y trouvait, des merveilles qu’aucun homme n’avait jamais vues de sa vie.
Parmi ces biens figurait la couronne de Kisrâ, sertie de pierres rares qui éblouissent la vue, ainsi que sa ceinture, son épée, ses bracelets, sa robe et le tapis de son palais. Ce dernier était carré, d’une soixantaine de coudées de côté, et le tapis mesurait la même dimension. Il était tissé d’or, de perles et de pierres précieuses ; y étaient représentés toutes les contrées de Kisrâ, leurs fleuves, leurs forteresses, leurs provinces, leurs trésors, ainsi que la description des cultures et des arbres de ces territoires. Lorsqu’il s’asseyait sur le trône de son royaume et se plaçait sous sa couronne – laquelle était suspendue par des chaînes d’or, car il ne pouvait la supporter sur sa tête à cause de son poids –, il arrivait, prenait place en dessous, puis introduisait sa tête sous la couronne tandis que les chaînes d’or la soutenaient. Dès que le rideau était levé, les princes se prosternaient devant lui. Il portait alors la ceinture, les bracelets, l’épée et la robe incrustée de pierreries. Il scrutait un à un ses territoires, interrogeant sur leurs gouverneurs et ce qui s’y passait. Les administrateurs lui en rendaient compte, puis il passait ainsi en revue chaque région, sans jamais négliger les affaires du royaume. Ils avaient disposé ce tapis devant lui à titre de rappel pour tout ce qui concernait ses domaines, ce qui constituait de leur part une idée judicieuse en matière de politique.
Lorsque le décret divin s’accomplit, ces puissances perdirent leurs royaumes (et leurs terres), que les musulmans leur ravirent de force. Ils brisèrent leur autorité et reprirent ces possessions par ordre de Dieu, pures (et abondantes). À Lui reviennent la louange et la grâce.