Un seul homme faillit être perdu : il s’appelait Ghargada (1) al-Bâriqî. Il glissa de sa jument alezane, alors al-Qaʿqâʿ ibn ʿAmr saisit la bride de la monture et attrapa la main de l’homme pour le remettre en selle. C’était un brave, qui déclara : « Les femmes sont incapables d’enfanter un semblable à al-Qaʿqâʿ ibn ʿAmr. »
Rien ne manqua aux musulmans dans leurs biens, hormis une écuelle de bois appartenant à un homme appelé Mâlik ibn ʿÂmir : l’anse en était usée et la vague l’emporta. Son propriétaire invoqua alors Dieu (– glorifié soit Sa majesté –) et dit : « Ô Seigneur, ne fais pas que je sois le seul parmi eux à perdre mon bien. » La vague la ramena vers la rive vers laquelle ils se dirigeaient ; les gens la récupérèrent et la rendirent ensuite à son propriétaire.
Lorsque l’un des chevaux se fatiguait dans l’eau, Dieu lui préparait un relief surélevé où il pouvait se tenir en repos. Il arrivait même que certains chevaux progressassent sans que l’eau ne parvienne à leur sangle. Ce fut un jour grandiose, un événement impressionnant, un fait d’une grande importance, un miracle éclatant et une preuve en faveur du Messager de Dieu (ﷺ), que Dieu créa pour ses compagnons. On n’avait rien vu de semblable dans ces contrées ni dans aucune autre, si ce n’est l’épisode de lʿAlâ’ ibn al-Hadramî déjà mentionné ; mais celui-ci fut plus illustre et plus grand encore, car cette armée était (2) bien plus nombreuse.
On rapporte que Salmân al-Fârisî avançait aux côtés de Saʿd ibn Abî Waqqâs dans l’eau. Saʿd répétait : « Dieu nous suffit ; Il est le Meilleur des garants. Par Dieu, Dieu donnera sûrement la victoire à Son allié ; Il fera triompher Sa religion et Il vaincra Son ennemi, aussi longtemps qu’il n’y aura pas dans l’armée d’injustice ni de péchés prévalant sur les bonnes actions. » Salmân lui dit : « Certes, l’islam est encore tout récent. Par Dieu, la mer leur est rendue aussi docile que la terre ; et par Celui qui tient la vie de Salmân dans Sa main, ils en sortiront en groupes comme ils y sont entrés en groupes. » Ils en sortirent en effet comme l’avait annoncé Salmân, sans qu’aucun d’entre eux ne se noie ni ne perde quoi que ce soit de ses biens.
Quand les musulmans retrouvèrent la terre ferme, les chevaux sortirent du fleuve en secouant leurs crinières et en hennissant. Ils poursuivirent les Perses jusqu’à entrer dans al-Madâ’in, sans y trouver personne. Chosroès (Kisrâ) avait déjà emmené sa famille et tout ce qu’il put de ses richesses, de ses biens et de ses provisions, en laissant derrière lui ce dont il ne pouvait s’encombrer, telles que bêtes, étoffes, marchandises, vaisselle, victuailles et huiles, dont on ne pouvait estimer la valeur. Il y avait dans les trésors de Chosroès trois mille mille mille (trois fois) de dînârs. Les musulmans prirent ce qu’ils purent et abandonnèrent ce qu’ils ne parvinrent pas à emporter, soit à peu près la moitié de ce montant, ou un peu moins. Les premiers à entrer dans al-Madâ’in furent la « katîba al-ahwâl » (la phalange de la terreur), puis la « katîba al-kharsâ’ » (la phalange muette) ; ils traversèrent ses rues (3) sans rencontrer aucune résistance, hormis au palais Blanc, dans lequel s’était retranchée une garnison et qui était fortement fortifié.
Lorsque Saʿd arriva avec le reste de l’armée, il somma les habitants du palais Blanc de se rendre, trois jours de suite, par l’intermédiaire de Salmân al-Fârisî. Le troisième jour, ils descendirent et Saʿd prit possession de la place, s’installa dans le palais et fit de l’iwân un oratoire. Lorsqu’il y entra, il récita ce verset : « Combien ont-ils laissé de jardins et de sources, de cultures et de demeures magnifiques, et de bienfaits dans lesquels ils vivaient dans la joie ? Ainsi en fut-il, et Nous en fîmes héritier un autre peuple » [Coran 44 : 25-28]. Il avança ensuite jusqu’à l’extrémité du palais et y accomplit huit rakʿât, la prière de la Victoire (ṣalât al-fatḥ).