Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Nous protégerions ainsi al-Farâdh depuis l’autre rive ? Soixante des courageux déjà mentionnés se portèrent volontaires pour cette mission, tandis que les Perses (1) se tenaient en rangs de l’autre côté. Alors, l’un des musulmans s’avança, alors même que les gens hésitaient à s’engager dans le Tigre. Il s’écria :
« Avez-vous donc peur de cette simple goutte d’eau ? »
Puis il récita la parole de Dieu : « Et nul être ne meurt si ce n’est par la permission de Dieu, selon un terme déjà fixé » (Sourate Âl ‘Imrân, v. 145). Sur ce, il lança son cheval dans le fleuve et les gens le suivirent. Les soixante hommes se divisèrent alors en deux groupes : ceux qui montaient des chevaux mâles et ceux qui montaient des chevaux femelles.

Lorsque les Perses les virent flotter à la surface de l’eau, ils s’exclamèrent : « Dîwânâ ! Dîwânâ », c’est-à-dire « Ils sont fous ! Ils sont fous ! ». Puis ils ajoutèrent : « Par Dieu, vous ne combattez pas des êtres humains, mais des djinns ! » Ils envoyèrent alors leurs cavaliers dans l’eau pour intercepter les premiers musulmans et les empêcher de sortir du fleuve. C’est alors que ‘Âsim ibn ‘Amr ordonna à ses compagnons de pointer leurs lances vers eux et de viser les yeux. Ils obéirent : ils crevèrent les yeux des chevaux perses. Les cavaliers durent alors reculer devant les musulmans, et ne pouvaient plus maîtriser leurs montures, si bien qu’ils sortirent du fleuve en déroute. ‘Âsim et ses compagnons les poursuivirent et les chassèrent de l’autre rive, où ils se postèrent sur la berge.

Le reste des hommes de ‘Âsim (au nombre de six cents) descendit dans le Tigre et le traversa à son tour pour rejoindre ses compagnons. Ils combattirent alors aux côtés de leurs frères jusqu’à repousser les Perses de cette rive. Le premier groupe fut appelé « la Brigade des terreurs », sous le commandement de ‘Âsim ibn ‘Amr, et le second « la Brigade silencieuse », sous le commandement d’al-Qa‘qâ‘ ibn ‘Amr. Pendant tout ce temps, Sa‘d et le gros de l’armée musulmane observaient depuis l’autre rive ce que faisaient ces cavaliers face aux Perses, tandis que Sa‘d se tenait sur la berge du Tigre.

Ensuite, Sa‘d descendit avec le reste de l’armée, car ils voyaient que l’autre rive était désormais sécurisée par les cavaliers musulmans qui s’y étaient installés. Sa‘d ordonna aux musulmans, au moment de pénétrer dans l’eau, de dire : « Nous sollicitons l’aide de Dieu et plaçons notre confiance en Lui ; Dieu nous suffit et Il est le meilleur garant. Il n’est de force ni de puissance qu’en Dieu, le Très-Haut, l’Immense. » Il fit alors s’engager son cheval dans le Tigre, et tout le monde suivit sans qu’aucun ne se dérobe. Ils avançaient dans l’eau comme s’ils marchaient sur la terre ferme, remplissant l’espace entre les deux rives au point que le cours du fleuve était entièrement couvert de cavaliers et d’infanterie. Ils s’entretenaient entre eux sur la surface de l’eau comme ils l’auraient fait sur la terre, tant ils étaient remplis de quiétude et de sérénité, confiants dans la promesse de Dieu et son secours, encouragés par le fait que leur chef n’était autre que Sa‘d ibn Abî Waqqâs, l’un des dix à qui le Paradis avait été promis. Le Prophète (que Dieu lui accorde Sa paix et Sa bénédiction) avait quitté ce monde en étant satisfait de lui et en ayant prié pour lui en disant : « Seigneur, exauce son invocation et guide ses traits lorsqu’il lance ses flèches. » (2)

Il ne fait aucun doute que Sa‘d invoqua aussi la protection et la victoire divine pour son armée en ce jour, alors même qu’il la précipitait dans le fleuve. Dieu les soutint et leur accorda la sécurité, si bien qu’aucun musulman ne manquait à l’appel après la traversée.

(1) « Al-A‘âjim » est ici employé pour désigner les armées perses.
(2) Il s’agit de la célèbre invocation du Prophète en faveur de Sa‘d ibn Abî Waqqâs.

(1) Dans A : « وقفًا ». (2) Dans A : « ما صنع ». (3) Dans A : « شفير ». (4) Ce hadith a été rapporté par l’imam Aḥmad dans « Fadāʾil al-Ṣaḥāba » (1308), par al-Tirmidhī (3751), Ibn Abī ʿĀṣim dans « al-Sunna » (1408), Ibn Ḥibbān (6990), et al-Ḥākim (3/499 et 500) d’après le ḥadīth de Qays ibn Abī Ḥāzim transmis de Saʿd, en maqṭūʿ (mursal). Certains se sont limités à la réponse à son invocation seulement, selon. Les deux imams al-Tirmidhī et ad-Daraqṭnī dans « al-ʿIlal » (4/378, question 640) l’ont déclaré faible (muʿalla) en raison de son isnād mursal, en précisant que le relatif mursal est celui qui n’inclut pas Saʿd, lequel a été rapporté par Ibn Saʿd dans « Ṭabaqāt al-Kubrā » (3/142) (Bashār).
فنحمي الفراض من الجانب الآخر.؟ فانتدب له ستون من الشجعان المذكورين - والأعاجم وقوف (١) صفوفًا من الجانب الآخر - فتقدم رجل من المسلمين وقد أحجم الناس عن الخوض في دجلة، فقال: أتخافون من هذه النطفة؟ ثم تلا قوله تعالى: ﴿وَمَا كَانَ لِنَفْسٍ أَنْ تَمُوتَ إِلَّا بِإِذْنِ اللَّهِ كِتَابًا مُؤَجَّلًا﴾ [آل عمران: ١٤٥] ثم أقحم فرسه فيها واقتحم الناس، وقد افترق الستون فرقتين: أصحاب الخيل الذكور، وأصحاب الخيل الإناث. فلما رآهم الفُرْس يطفون على وجه الماء قالوا: ديوانا ديوانا، يقولون: مجانين (مجانين) . ثم قالوا: والله ما تقاتلون إنسًا بل تقاتلون جنًا. ثم أرسلوا فرسانًا منهم في الماء يلتقون أول المسلمين ليمنعوهم من الخروج من الماء، فأمر عاصم بن عمرو أصحابه أن يشرعوا لهم الرماحَ ويتَوَخَّوا الأعين، ففعلوا ذلك بالفُرس فقلعوا عيونَ خيولهم، فرجعوا أمام المسلمين لا يملكون كفَّ خيولهم حتى خرجوا من الماء، واتَّبعهم عاصمٌ وأصحابُه فساقُوا وراءهم حتى طَرَدُوهم عن الجانب الآخر، ووقفوا على حافة الدجلة من الجانب الآخر. ونزل بقيةُ أصحاب عاصم من (الستمئة) في دجلة (فخاضوها) حتى وصلوا إلى أصحابهم من الجانب الآخر فقاتلوا مع أصحابهم حتى نَفَوْا الفرس عن ذلك الجانب، وكانوا يُسمُّون الكتيبةَ الأولى كتيبةَ الأهوال، وأميرها عاصم بن عمرو، والكتيبة الثانية الكتيبة الخرساء، وأميرها القعقاع بن عمرو. وهذا كلُّه وسعدٌ والمسلمون ينظرون إلى ما يصنع (٢) هؤلاء الفرسان بالفرس، وسعد واقع على شاطئ (٣) دجلة. ثم نزل سعدٌ ببقية الجيش، وذلك حينَ نظروا إلى الجانب الآخر قد تحصَّنَ بمَنْ حصلَ فيه من الفرسان المسلمين، وقد أمر سعدٌ المسلمين عند دخول الماء أن يقولوا: نستعينُ بالله ونتوكَّلُ عليه، حسبُنا اللّهُ ونعمَ الوكيل، ولا حولَ ولا قوةَ إلا بالله العلي العظيم. ثم اقتحم بفرسه دجلةَ واقتحمَ الناس لم يتخلَّفْ عنه أحدٌ، فساروا فيها كأنّما يسيرون على وجه الأرض حتى ملؤوا ما بين الجانبين، فلا يرى وجه الماء من الفرسان والرجالة، وجعل الناس يتحدّثون على وجه الماء كما يتحدثون على وجه الأرض، وذلك لما حصل لهم من الطمأنينة والأمن، والوثوق بأمر الله ووعده ونصره وتأييده، ولأنَّ أميرهم سعد بن أبي وقاص أحد العشرة المشهود لهم بالجنة، وقد توفي رسول الله ﷺ وهو عنه راضٍ. ودعا له. فقال: " اللهم أجبْ دعوتَه، وسَدِّدْ رميتَهُ" (٤) والمقطوع به أن سعدًا دعا لجيشه هذا في هذا اليوم بالسلامة والنصر، وقد رمى بهم في هذا اليَمّ فسدَّدَهُم الله وسلمهم، فلم يُفْقَدْ من المسلمين
(١) في أ: وقوفًا. (٢) في أ: ما صنع. (٣) في أ: شفير. (٤) روى هذا الحديث الإمام أحمد في فضائل الصحابة (١٣٠٨)، والترمذي (٣٧٥١)، وابن أبي عاصم في السنة (١٤٠٨) وابن حبان (٦٩٩٠)، والحاكم (٣/ ٤٩٩ و ٥٠٠) من حديث قيس بن أبي حازم عن سعد مرفوعًا. واقتصر بعضهم على الاستجابة لدعوته حسب. وقد أعله الإمامان الترمذي والدارقطني في العلل (٤/ ٣٧٨ سؤال ٦٤٠) بالإرسال، فذكرا أن المرسل هو المحفوظ، ليس فيه سعد، وهو الذي أخرجه ابن سعد في طبقاته الكبرى (٣/ ١٤٢) (بشار).

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