Nous les vîmes alors se déplacer de Bahursir vers al-Mada’in. Les gens dirent à Abû Mufarriz : « Que leur as-tu dit ? » Il répondit : « Par Celui qui a envoyé Muhammad avec la vérité, je ne sais pas ce que je leur ai dit, si ce n’est qu’un grand calme m’a envahi. J’espère avoir prononcé les mots les meilleurs. » Les gens vinrent l’interroger à ce sujet, et Sa`d Ibn Abî Waqqâs fut parmi ceux qui l’interrogèrent.
Sa`d vint chez lui et lui dit : « Ô Abû Mufarriz, qu’as-tu dit ? Par Dieu, ils ont fui. » Il jura ne pas savoir ce qu’il avait dit. Alors Sa`d appela les gens et les mobilisa pour prendre la ville, tandis que les catapultes la bombardaient. Un homme de la ville demanda la protection, que nous lui accordâmes. Il nous déclara : « Par Dieu, il n’y a plus personne dans la cité. » Les nôtres escaladèrent donc le rempart et ne trouvèrent effectivement personne : ils s’étaient tous enfuis à al-Mada’in. C’était au mois de Safar de cette année-là. Nous avons demandé à cet homme et à d’autres prisonniers : « Pourquoi ont-ils fui ? » Ils répondirent : « Le roi vous avait envoyé un émissaire pour vous proposer la paix. Cet émissaire reçut pour réponse qu’il n’y aurait pas de paix entre vous et lui tant que nous n’aurions pas mangé le miel d’Afridhîn avec les cédrats de Kûthâ. »
Le roi s’exclama alors : « Malheur à moi ! Les anges parlent par leur bouche ; ils nous répondent au sujet des Arabes. » Puis il ordonna aux siens de quitter cet endroit pour rejoindre al-Mada’in. Ils franchirent la distance en bateaux, séparés de la cité par le Tigre tout proche.
Lorsque les musulmans pénétrèrent à Bahursir, ils virent apparaître le Palais Blanc d’al-Mada’in, celui du roi dont le Messager d’Allah (que la paix soit sur lui) avait annoncé qu’Allah le livrerait à sa communauté. C’était peu avant l’aube. Le premier des musulmans à l’apercevoir fut Dirâr Ibn al-Khattâb, qui s’exclama : « Allah est le plus grand ! Voilà l’édifice blanc de Kisrâ ! C’est bien ce que Dieu et Son Messager nous avaient promis. » Les autres aussi l’aperçurent et le takbîr se prolongea jusqu’au matin.
Mention de la prise d’al-Mada’in [siège du roi Kisrâ] : lorsque Sa`d s’empara de Bahursir et s’y établit, il n’y trouva personne, ni aucun butin, car tous s’étaient repliés à al-Mada’in. Ils avaient embarqué sur des bateaux (qu’ils avaient rassemblés de sorte que Sa`d n’en trouva aucun), et il devint impossible d’en obtenir un seul. Le Tigre était alors en crue importante, ses eaux tendaient au noir, et l’excès du courant formait beaucoup d’écume. L’on informa Sa`d que Kisrâ Yazdgerd avait l’intention de faire transférer les biens et les trésors d’al-Mada’in vers Hulwân et que, si on ne l’atteignait pas d’ici trois jours, on ne pourrait plus rien récupérer.
Sa`d exhorta alors les musulmans sur la rive du Tigre : il loua et glorifia Allah, puis déclara : « Votre ennemi s’est retranché de vous derrière ce fleuve. Vous ne pouvez l’atteindre ainsi, tandis qu’eux peuvent vous attaquer quand ils le souhaitent, en vous harcelant depuis leurs bateaux. Il n’y a rien derrière vous qui vous fasse craindre d’être pris à revers. J’ai donc décidé de précéder la confrontation, armés de vos justes intentions, avant que les préoccupations de ce monde ne vous assiègent. Sachez que j’ai résolu de franchir ce fleuve pour affronter l’ennemi. » Ils répondirent tous d’une seule voix : « Puisse Allah nous aider, nous et toi, dans ta décision pleine de sagesse. Agis donc. »
Sa`d appela alors à la traversée et dit : « Qui commencera afin de sécuriser pour nous le passage – c’est-à-dire le gué – de l’autre côté, pour que tous puissent traverser en sécurité ? » À ce moment, `Âsim Ibn `Amr et près de six cents hommes courageux se portèrent volontaires. Sa`d le nomma alors à leur tête, et ils se placèrent sur le bord du Tigre. `Âsim déclara : « Qui se propose (avec moi) pour être les premiers à s’engager dans ce fleuve ? »