À Babylone (où se trouvait un grand nombre de ceux qui avaient été défaits le jour d’al-Qādisiyya et qui avaient placé al-Fayrūzān à leur tête), Zuhra envoya un message à Saʿd pour l’informer du rassemblement des vaincus à Babylone. Alors, Saʿd avança avec les armées jusqu’à Babylone. Il y rencontra al-Fayrūzān et les vainquit avec la rapidité du geste par lequel on replie un pan de manteau. Les ennemis se dispersèrent devant lui en deux groupes : l’un se dirigea vers al-Madāʾin, l’autre (1) vers Nahāwand. Saʿd demeura plusieurs jours à Babylone, puis poursuivit sa route vers al-Madāʾin. Là, ils firent face à une nouvelle troupe de Perses et engagèrent un violent combat. L’émir des Perses, nommé Shahriyar, se présenta sur le champ de bataille (2). Un musulman nommé Nāʾil al-Aʿrajī Abū Nabāta (3), célèbre pour sa bravoure parmi les Banū Tamīm, sortit à sa rencontre. Ils se mesurèrent un moment aux lances, puis les jetèrent et dégainèrent leurs sabres, s’attaquant l’un l’autre avant de s’étreindre et de chuter tous deux de leurs chevaux. Shahriyar tomba (4) sur la poitrine d’Abū Nabāta et sortit un poignard pour l’égorger, mais son doigt s’enfonça dans la bouche d’Abū Nabāta, qui le mordit fermement, l’empêchant ainsi de le tuer. Abū Nabāta parvint à s’emparer du poignard, égorgea Shahriyar, s’appropria son cheval, ses deux bracelets et son équipement. Les compagnons de Shahriyar s’enfuirent, vaincus. Saʿd prêta alors serment qu’en cas de nouvelle bataille, Nāʾil porterait les bracelets de Shahriyar, son équipement et chevaucherait sa monture. C’est ainsi qu’il agissait.
On rapporte qu’il fut le premier à avoir escaladé les remparts en Irak, à un endroit appelé Kūthā (5). Saʿd visita l’emplacement où le Prophète Khalīl (Ibrāhīm) aurait été retenu prisonnier, pria sur lui et sur tous les Prophètes, et récita : « Et ce sont là les jours que Nous faisons alterner entre les gens… » (Coran 3:140).
Bahurasīr (6). On raconte que Saʿd envoya d’abord Zuhra en avant depuis Kūthā jusqu’à Bahurasīr. Zuhra s’y rendit et rencontra Shīrzād, qui était venu jusqu’à Sābāṭ pour proposer la paix et la jizya. Zuhra le dépêcha auprès de Saʿd, qui entérina cet accord. Saʿd arriva à son tour avec ses troupes dans un lieu nommé Mazlim Sābāṭ, où ils trouvèrent de nombreuses phalanges de l’armée de Khosrô, connues sous le nom de Burān (7). Celles-ci prêtaient chaque jour le serment que la royauté de Perse ne cesserait pas tant qu’elles vivraient. Elles disposaient également d’un grand lion appartenant à Khosrô, appelé al-Muqarraṭ, qu’elles embusquaient sur le chemin des musulmans. Alors le neveu de Saʿd, Hāshim ibn ʿUtba, s’avança et tua le lion sous les yeux de tous. Ce jour-là, son sabre reçut le surnom de « al-Matīn » (8). Saʿd embrassa la tête de Hāshim, et Hāshim, à son tour, embrassa le pied de Saʿd. Puis Hāshim chargea les Perses et les délogea de leurs positions, les mettant en déroute, restant ainsi victorieux.