(1) Son flanc se déchira. Il dit alors : « Faites venir le chef de la troupe ». On lui amena donc le jalumus. Il déclara : « Lavez ma chemise, cousez-la, puis prêtez-moi un vêtement ou une chemise. » On lui apporta une chemise de lin. Il demanda : « Qu’est-ce donc ? » Ils répondirent : « C’est du lin. » Il demanda de quoi il s’agissait et, une fois renseigné, il ôta sa chemise, la fit laver et raccommoder. On la lui rapporta, il se débarrassa de la chemise qu’on lui avait prêtée et remit la sienne.
Le jalumus lui dit alors : « Tu es le roi des Arabes, et ces contrées ne sont pas adaptées aux chameaux. Si tu revêtais un habit différent et montais un baradhoun, cela te vaudrait plus d’estime aux yeux des Romains. » Il répondit : « Nous sommes un peuple qu’Allah a rendu puissant par l’islam ; nous ne chercherons pas de substitut à Allah. » On lui présenta alors un baradhoun, sur lequel on avait jeté une simple couverture, sans selle ni bât. Il le monta et s’exclama : « Arrêtez, arrêtez ! Je ne pensais pas que les gens pouvaient ainsi monter le démon ! » On lui ramena donc son chameau, et il s’en servit pour reprendre la route.
(2) Ismā‘īl ibn Muḥammad aṣ-Ṣaffār rapporta : « Sa‘dān ibn Naṣr nous a transmis, d’après Sufyān, d’après Ayyūb aṭ-Ṭā’ī, d’après Qays ibn Muslim, d’après Ṭāriq ibn Shihāb, qu’à l’arrivée de ‘Umar en Syrie, il rencontra un passage d’eau à traverser. Il mit pied à terre, ôta ses mowqiya (3) et les tint dans une main (4), franchissant l’eau à pied avec son chameau à ses côtés. Abū ‘Ubayda lui dit : “Aujourd’hui tu as fait quelque chose de grand aux yeux des gens de ce pays : tu as agi de telle manière…” Alors ‘Umar le poussa légèrement à la poitrine en disant : “Ah ! Qu’un autre que toi l’ait dit, Abū ‘Ubayda ! Vous étiez le peuple le plus humble, le plus négligeable et le moins considéré. Allah vous a honorés par l’islam, et si vous cherchez la dignité ailleurs que dans l’islam, Allah vous humiliera.” »
(5) Ibn Jarīr rapporte : « Cette même année – c’est-à-dire la quinzième de l’Hégire – on observa, selon Saïf ibn ‘Umar, plusieurs affrontements entre les Musulmans et les Perses. Ibn Isḥāq et al-Wāqidī affirment cependant que cela se produisit en l’an seize. » Ibn Jarīr mentionne alors un grand nombre de batailles menées durant cette période : c’est à ce moment qu‘Umar ibn al-Khaṭṭāb envoya Sa‘d ibn Abī Waqqāṣ en direction d’al-Madā’in, en lui ordonnant de laisser femmes et enfants à al-‘Atīq (6), avec une importante cavalerie. Une fois Sa‘d libéré de la campagne d’al-Qādisiyya, il nomma Zuhra ibn Ḥawiyya à la tête de l’avant-garde, puis dépêcha d’autres commandants l’un après l’autre. Lui-même partit ensuite à la tête des troupes, ayant désigné Hāshim ibn ‘Utba ibn Abī Waqqāṣ pour remplacer Khālid ibn ‘Arfata, ce dernier étant chargé de fermer la marche.
Ils partirent ainsi avec de nombreux cavaliers et un important arsenal, aux derniers jours de Shawwāl de cette même année. Ils s’installèrent à al-Kūfa, tandis que Zuhra précédait le gros de l’armée en direction d’al-Madā’in. Là-bas, il rencontra Busbahra à la tête d’une armée de Perses. Zuhra les mit en déroute, et les soldats perses se dispersèrent dans leur défaite.