À la tombée du jour, il m’aperçut, descendit, me fit entrer dans le monastère, me donna à manger et à boire, puis m’honora en m’offrant divers présents. Il se mit alors à m’observer attentivement et me demanda ce qu’il m’était arrivé. Je lui répondis : « J’ai perdu mes compagnons. » Il répliqua : « Tu as véritablement le regard de quelqu’un qui craint. » Puis il continua de me scruter avant de déclarer : « Les adeptes de la religion chrétienne savent que je suis leur plus savant concernant leur Livre, et j’ai l’impression que tu es celui qui nous fera quitter cette contrée. Accepterais-tu de m’écrire une lettre de protection pour mon monastère (1) ? » Je lui dis : « Tu suis là une voie bien étrange. » Il insista tant qu’à la fin, je lui écrivis la lettre qu’il désirait.
Lorsque vint l’heure du départ, il me donna une ânesse et me dit : « Monte-la. Lorsque tu auras rejoint tes compagnons, renvoie-la-moi seule, car elle ne passera devant aucun monastère sans y être honorée. » Je fis donc ce qu’il m’ordonna. Lorsque ʿUmar arriva pour la conquête de Jérusalem, ce moine vint à sa rencontre à al-Jābiya, tenant en main le document. ʿUmar le ratifia, à condition qu’il héberge tout musulman qui passerait par son domaine et qu’il leur indique le chemin.
Ce récit a été rapporté par Ibn ʿAsākir (2) et d’autres. Ibn ʿAsākir (3) l’a également cité selon une autre chaîne de transmission dans la biographie de Yaḥyā ibn ʿAbd Allāh ibn Usāma al-Qurashī al-Balqāwī, d’après Zayd ibn Aslam, lui-même d’après son père, qui mentionne un long hadith (4) extraordinaire dont voici une partie. Nous avons déjà évoqué en détail les conditions imposées par ʿUmar aux chrétiens du Shām dans notre ouvrage « Al-Aḥkām » et nous en avons fait un traité séparé. Louange à Dieu et gratitude pour Ses bienfaits.
Nous avons également cité son prêche à al-Jābiya avec les termes et chaînes de transmission qui s’y rattachent dans l’ouvrage que nous avons consacré au Musnad de ʿUmar, et nous avons mentionné son humilité lors de son entrée en terre syrienne dans la sīra que nous lui avons dédiée.
Abū Bakr ibn Abī al-Dunyā a dit : « Al-Rabīʿ ibn Thaʿlab m’a rapporté : Abū Ismāʿīl al-Muʾaddib nous raconta, d’après ʿAbd Allāh ibn Muslim ibn Hurmaz al-Makkī, d’après Abū al-ʿĀliya (5) al-Shāmī : ‘ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb arriva à al-Jābiya par la route d’Aelia sur un chameau d’un gris tirant vers le brun (6). Sa tête chauve brillait au soleil ; il ne portait ni calotte ni turban. Ses jambes se balançaient entre les deux arcs de la selle, sans étriers. Pour selle, il avait une couverture de laine anbijāniyya (7) (8) qui lui servait de tapis lorsqu’il se déplaçait et de matelas quand il s’installait. Son bagage était une étoffe (namera) (9) ou un voile empli de fibres, qui lui servait de sac pendant la route et d’oreiller pendant la halte. Il portait une tunique de khrābīs (10) déjà…’ »