Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Il était impossible de prendre l’Arṭabūn en défaut, et les messagers ne suffisaient pas à le convaincre. Alors ʿAmr (ibn al-ʿĀṣ) décida de s’en charger lui-même : il se rendit auprès de l’Arṭabūn en se faisant passer pour un messager, lui transmit ce qu’il souhaitait lui dire, écouta ses propos et observa attentivement sa demeure, jusqu’à saisir ce qu’il convoitait.

L’Arṭabūn pensa alors en lui-même : « Par Dieu, c’est sûrement ʿAmr, ou alors c’est celui dont ʿAmr suit les avis. Je ne pourrais infliger à ces gens rien de plus décisif que de le tuer. » Il fit donc venir un garde, lui parla en secret et lui ordonna de tuer ʿAmr en lui disant : « Va te poster à tel endroit. Quand il passera près de toi, tue-le. » Mais ʿAmr ibn al-ʿĀṣ s’aperçut de la manœuvre. Il s’adressa alors à l’Arṭabūn : « Ô émir, j’ai écouté tes propos et tu as écouté les miens. Je fais partie d’un groupe de dix hommes qu’ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb a envoyés pour accompagner ce gouverneur et observer sa gestion. J’aimerais t’amener ces compagnons pour qu’ils entendent tes paroles et constatent eux-mêmes ce que j’ai vu. »

« Fort bien, répondit l’Arṭabūn, va donc me les chercher. » Puis il appela un homme et lui glissa quelques mots à l’oreille, lui ordonnant de retourner un certain individu. ʿAmr retourna alors auprès de son armée. L’Arṭabūn réalisa peu après qu’il s’agissait effectivement de ʿAmr ibn al-ʿĀṣ et s’exclama : « Il m’a dupé ! Par Dieu, c’est le plus rusé des Arabes ! » Lorsque la nouvelle parvint à ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb, il déclara : « Que Dieu fasse l’éloge de ʿAmr ! »

Par la suite, ʿAmr engagea le combat à Ajnādīn. La bataille fut terrible, comparable à celle du Yarmūk, et les pertes furent nombreuses des deux côtés. Le reste des armées rejoignit alors ʿAmr ibn al-ʿĀṣ, tandis que le gouverneur d’Iliyā (Jérusalem) leur opposait une grande résistance : il s’était retranché dans la cité et disposait d’une armée nombreuse. L’Arṭabūn écrivit alors à ʿAmr en ces termes : « Tu es mon ami et mon égal. Tu es, parmi les tiens, ce que je suis parmi les miens. Par Dieu, tu ne pourras plus conquérir aucune partie de la Palestine après Ajnādīn. Retourne d’où tu viens et ne te laisse pas tromper, de peur de subir la même défaite que ceux qui t’ont précédé. »

ʿAmr fit alors venir un homme parlant la langue romaine et l’envoya auprès de l’Arṭabūn en lui disant : « Écoute bien ce qu’il te dira, puis reviens m’en informer. » Il lui fit également porter ce message : « J’ai reçu ta lettre, toi qui es semblable à moi parmi les tiens. Si tu avais manqué à quelque qualité, j’aurais dissimulé ma supériorité. Or, tu sais que je suis celui qui doit conquérir ces territoires. Lis donc ce qui suit en présence de tes compagnons et de tes ministres. » Lorsque la lettre parvint à l’Arṭabūn, il réunit ses ministres et la leur lut.

Ils lui demandèrent : « D’où sais-tu qu’il n’est pas celui qui ouvrira (conquerra) cette région ? » Il répondit : « Celui qui y parviendra est un homme dont le nom ne comporte que trois lettres. » Le messager repartit faire son rapport à ʿAmr. Alors ʿAmr écrivit à ʿUmar pour lui demander des renforts en ces termes : « Je suis confronté à une guerre âpre et difficile, dans un pays que Dieu a préservé pour toi. À toi de décider. »

Lorsque la lettre parvint à ʿUmar, il comprit que ʿAmr ne parlait ainsi qu’en raison de ce qu’il avait découvert. ʿUmar décida alors de se rendre lui-même en Syrie afin de conquérir Bayt al-Maqdis (Jérusalem), comme nous le détaillerons.

[ʿUmar pénétra en Syrie quatre fois]

Sīf ibn ʿUmar, citant ses maîtres, rapporta qu’ʿUmar entra en Syrie à quatre reprises. La première fois, il était à cheval lorsqu’il conquit Jérusalem ; la deuxième, il voyagea sur un baʿyibar ; la troisième, il atteignit Sarʿ, puis rebroussa chemin en raison des événements qui eurent lieu en Syrie.

(1) Dans le manuscrit A : « Khusūma ». Dans l’Histoire de Ṭabarī (3/605) : « Ḥiṣūna ». C’est la variante la plus probable. (2) Dans le manuscrit Ṭ : « Bafatkihi ». (3) Dans le manuscrit A : « fa-idhā amartuka » (si je t’ordonne). (4) Dans le manuscrit A : « karban ». (5) Dans le manuscrit Ṭ : « sariʿa ». Et Sargh : c’est le début du Ḥijāz et la fin du Cham, situé entre al-Mughaytha et Tabūk, parmi les étapes des pèlerins du Cham. C’est là qu’ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb rencontra les émirs des armées. Voir Muʿjam al-Buldān (3/211-212).
لا يقدر من الأرطبون على سقطة ولا تشفيه الرسل فوليه بنفسه، فدخل عليه كأنه رسولٌ، فأبلغه ما يريدُ وسمعَ كلامَه وتأمل حضرته (١) حتى عرف ما أراد، وقال الأرطبون في نفسه: واللهِ إنَّ هذا لعمرو أو أنَّه الذي يأخذُ عمرو برأيه، وما كنتُ لأصيبَ القومَ بأمرٍ هو أعظم من قتله. فدعا حَرَسِيَّا فسارَّه فأمره بقتله (٢) فقال: اذهب فقم في مكان كذا وكذا، فإذا مر بك (٣) فاقتله، ففطن عمرو بن العاص، فقال للأرطبون: أيها الأميرُ إني قد سمعتُ كلامَكَ وسمعتَ كلامي، وإني واحد من عشرة بعثنا عمرُ بن الخطابِ لنكونَ مع هذا الوالي لنشهدَ أمورَهُ، وقد أحببتُ أن آتيكَ بهم ليسمَعُوا كلامَكَ ويروا ما رأيتَ. فقال الأرطبون: نعم! فاذهبْ فأتني بهم، ودعا رجلًا فسارَّه فقال: اذهب إلى فلانٍ فردَّه. وقام عمرو فذهبَ إلى جيشه ثم تحقَّق الأرطبونُ أنه عمرُو بن العاص، فقال: خَدَعني الرجلُ، هذا والله أدهَى العربِ. وبلغت عمرَ بن الخطاب فقال: لله در عمرو. ثم ناهضه عمرو فاقتتلوا بأجنادين قتالًا عظيمًا، كقتال اليرموك، حتى كثرتِ القتلى بينهم ثم اجتمعت بقيةُ الجيوشِ إلى عمرو بن العاص، وذلك حين أعياهم صاحب إيلياء وتحصَّنَ منهم بالبلدِ، وكثُر جيشُه، فكتب الأرطبون إلى عمرو بأنَّكَ صديقي ونظيري أنت في قومك مثلي في قومي، والله لا تفتحُ من فلسطين شيئًا بعد أجنادين فارجع ولا تغرَّ فتلقى مثلَ ما لقي الذين قبلك من الهزيمة، فدعا عمرو رجلًا يتكلم بالرُّومية، فبعثه إلى أرطبون وقال: اسمع ما يقول لك ثم ارجع فأخبرني. وكتبَ إليه معه: جاءني كتابُكَ وأنتَ نظيري ومثلي في قومك، لو أخطأتْكَ خَصْلَة تجاهلت فضيلتي وقد علمتَ أنّي صاحب فتح هذه البلاد، وأقرأ كتابي هذا بمحضرٍ من أصحابك ووزرائك. فلما وصله الكتاب جمع وزراءه، وقرأ عليهم الكتاب. فقالوا للأرطبون: من أين علمتَ أنه ليس بصاحب فتح هذه البلاد؟ فقال: صاحبُها رجل اسمه على ثلاثة أحرف. فرجع الرسولُ إلى عمرو فأخبره بما قال. فكتب عمرو إلى عمر يستمده ويقول له: إني أعالج حربًا (٤) كؤودًا صدومًا، وبلادًا ادخرَتْ لكَ، فرأيكَ. فلما وصل الكتاب إلى عُمر علم أن عَمْرًا لم يقل ذلك إلا لأمرٍ علمه، فعزم عمرُ على الدخول إلى الشام لفتح بيتِ المقدسِ كما سنذكر تفصيله. [دخل عمر الشامَ أربع مرات] قال سيفُ بن عمر عن شيوخه: وقد دخل عمرُ الشام أربعَ مراتٍ، الأولى كان راكبًا فرسًا حين فتح بيت المقدس، والثانية على بعيبر، والثالثة وصلَ إلى سَرْع (٥) ثم رجع لأجل ما وقعَ بالشام
(١) في أ: خصومة. وفي تاريخ الطبري (٣/ ٦٠٥): حصونه. وهي الأشبه. (٢) في ط: بفتكه. (٣) في أ: فإذا أمرتك. (٤) في أ: كربًا. (٥) في ط: سرع. وسرغ: هو أول الحجاز وآخر الشام بين المغيثة وتبوك من منازل حاج الشام، وهناك لقي عمر بن الخطاب ﵁ أمراء الأجناد. معجم البلدان (٣/ ٢١١ - ٢١٢).

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