Et Saïf ibn ‘Umar (1) rapporta, d’après Sulaymân ibn Bashîr, d’après Umm Kathîr, l’épouse de Hammâm ibn al-Hârith an-Nakha‘î, qui dit : « Nous avons assisté, avec Sa‘d, à la bataille d’al-Qâdisiyya en compagnie de nos époux. Lorsque nous sûmes que l’affaire était close (en notre faveur), nous avons resserré nos vêtements sur nous, pris en main des bâtons, puis nous sommes allées vers les tués. Quiconque était des musulmans, nous lui donnions à boire et le relevions ; et quiconque était des polythéistes, nous l’achevions. Nous avions avec nous des enfants, à qui nous confiions cette mission – c’est-à-dire de dépouiller les ennemis – afin de ne pas nous exposer à la nudité des hommes. »
Saïf transmit ensuite, par ses différentes chaînes de transmission, d’après ses maîtres, qui dirent (2) : « Sa‘d envoya une lettre à ‘Umar pour l’informer de la victoire, ainsi que du nombre de polythéistes tués et du nombre de musulmans tombés au combat. Il envoya (3) cette missive par le biais de Sa‘d ibn ‘Umayla (4) al-Fazârî. La lettre était ainsi rédigée :
“Après quoi ; Dieu nous a accordé la victoire sur le peuple de Perse et nous les a livrés (5), à l’exemple de ceux de leur religion qui les avaient précédés, après de longs combats et de violents bouleversements. Ils ont affronté les musulmans avec une armée dont la magnificence n’avait jamais été égalée aux dires de ceux qui l’ont vue. Mais Dieu ne leur en a apporté aucun bénéfice ; Il l’a plutôt retirée pour la transférer aux musulmans. Les nôtres les ont poursuivis le long des fleuves, à travers les rangées d’arbustes (6) et dans les passages étroits. Certains musulmans ont péri, parmi lesquels Sa‘d ibn ‘Ubayd al-Qârî, untel et untel, ainsi que d’autres hommes – seul Dieu les connaît. Ils étaient ceux dont les voix résonnaient (7) de la récitation du Coran à la tombée de la nuit, pareilles au bourdonnement des abeilles, et qui au grand jour se montraient tels des lions que nul lion ne saurait imiter. Ceux qui ont survécu ne l’emportent sur ceux qui sont tombés que par le mérite du martyre, lequel (8) ne leur a pas été décrété.”
On rapporte (9) que ‘Umar lut publiquement cette bonne nouvelle depuis la chaire. Puis il se tourna vers l’assemblée et déclara : « J’ai le souci de ne laisser aucun besoin sans y pourvoir, tant que nous pourrons nous soutenir les uns les autres. Si jamais cela nous devenait trop lourd, nous partagerions alors nos ressources pour vivre tous de façon égale, au strict nécessaire. J’aimerais que vous sachiez ce que je ressens pour vous, mais je ne peux vous l’enseigner que par mes actes. Par Dieu, je ne suis pas roi pour vous asservir ! Je ne suis qu’un serviteur de Dieu, à qui l’on a proposé la charge, mais je m’en suis abstenu et vous l’ai renvoyée, vous suivant jusqu’à ce que vous soyez rassasiés dans vos demeures et étanchiez votre soif, et j’en serais heureux. En revanche, si j’assumais seul cette responsabilité pour vous convoquer en mon foyer, j’en serais malheureux à cause de vous ; je m’en réjouirais un court instant, puis j’en pâtirais longtemps, sans pouvoir ni m’en dédire ni en être relevé, et je devrais en demander grâce. »
Saïf rapporta d’après ses maîtres (10) : « Les tribus arabes, depuis al-‘Udhayb jusqu’à ‘Adan Abyan, guettaient l’issue de la bataille d’al-Qâdisiyya. »