Il se mit alors à lui parler, sans savoir qu’il s’agissait de ‘Umar, tandis que ‘Umar marchait à pied auprès de sa monture. Lorsque tous deux se rapprochèrent de Médine, les gens saluèrent ‘Umar comme étant l’émir, et l’homme comprit alors qui il était. Il dit : « Qu’Allah te fasse miséricorde, ô Commandeur des croyants ! Pourquoi ne m’as-tu pas informé que tu étais le calife ? » Et ‘Umar de répondre : « Ne t’en fais pas, mon frère. »
Il a déjà été rapporté que Sa‘d (qu’Allah l’agrée) souffrait d’ulcérations et de sciatique, ce qui l’empêcha de se joindre aux combats. Malgré cela, il resta installé au sommet du palais pour superviser les intérêts de l’armée. Par bravoure, il n’en fermait pas la porte ; ainsi, si les troupes avaient battu en retraite, les Perses l’auraient aisément capturé, sans qu’il pût opposer de résistance. À ses côtés se trouvait son épouse Salmā bint Khasfa, qui avait auparavant été mariée à al-Muthannā ibn Ḥāritha.
Quand, ce jour-là, une partie des cavaliers s’enfuit, Salmā s’effraya et s’écria : « Ô Muthannā ! Il ne me reste plus de Muthannā en ce jour ! » Sa‘d s’irrita de ses paroles et la gifla au visage. Elle répliqua : « Est-ce par jalousie ou par lâcheté ? » – sous-entendant qu’il n’osait pas prendre part à la bataille. C’était de la provocation, car elle connaissait parfaitement la raison pour laquelle Sa‘d ne pouvait pas combattre en raison de son état de santé.
Il y avait aussi dans le palais un homme incarcéré pour consommation de vin à plusieurs reprises – on dit qu’il avait déjà été puni sept fois. Sur ordre de Sa‘d, il fut enchaîné et détenu dans le palais. Voyant les chevaux tournoyer dans les abords du palais et lui-même étant un héros particulièrement courageux, il s’exclama dans une poésie en mètre at-ṭawīl :
« Assez de tristesse que les chevaux poussent le cavalier,
Tandis que moi je reste là, solidement entravé.
Quand je me lève, le bruit du fer me chante,
Tandis que des portes se referment, assourdissant tout appel.
J’étais homme de grande richesse, entouré de frères,
Et me voici lâché, sans soutien fraternel. »
Il s’adressa ensuite à Zabra’, la concubine de Sa‘d, pour qu’elle le libère et lui prête le cheval de Sa‘d, lui promettant qu’il reviendrait à la fin de la journée pour remettre lui-même son pied dans ses fers. Elle l’en libéra donc, et il sortit à cheval pour combattre avec acharnement. De son côté, Sa‘d observait cette monture qu’il reconnaissait puis en doutait, trouvant au cavalier une ressemblance avec Abū Maḥjan, sans être sûr qu’il pût s’agir de lui, puisqu’il le croyait toujours enfermé au palais.
Lorsque la journée toucha à sa fin, l’homme revint et remit son pied dans les fers. Sa‘d descendit alors et remarqua que sa jument était couverte de sueur. On lui rapporta l’histoire d’Abū Maḥjan, et il s’en trouva satisfait puis le libéra (qu’Allah l’agrée).