Il plaça Khâlid ibn ‘Arfata, et établit Jarîr ibn ‘Abd Allâh al-Bajalî à l’aile droite et Qays ibn Makshûh à l’aile gauche. Qays et al-Mughîra ibn Shu‘ba étaient arrivés auprès de Sa‘d en renfort depuis la Syrie, envoyés par Abû ‘Ubayda, après avoir pris part à la bataille d’al-Yarmûk.
Ibn Isḥâq rapporte que les troupes musulmanes se situaient entre sept et huit mille hommes, tandis que Rustum en aurait aligné soixante mille (1). Sa‘d dirigea la prière de midi pour les soldats, puis il prononça un sermon pour les exhorter et leur récita cette Parole divine :
« Et Nous avons certes écrit dans le Zabur, après le Rappel, que la terre sera héritée par Mes serviteurs pieux » (Les Prophètes, 21 : 105).
Les récitants (qurrâ’) lurent ensuite des versets relatifs au combat (jihâd) et en récitèrent les sourates, puis Sa‘d proclama quatre takbîrs. Après la quatrième acclamation, les musulmans chargèrent, et le combat se poursuivit jusqu’à la nuit, moment où les deux camps se séparèrent, ayant chacun perdu un grand nombre de combattants. Le lendemain, ils reprirent leurs positions et se battirent toute la journée et la plus grande partie de la nuit. Au matin, ils se retrouvèrent (comme la veille) (2) à leurs emplacements respectifs et se livrèrent à nouveau bataille jusqu’à la tombée de la nuit. Le troisième jour se déroula de manière semblable, et cette nuit-là fut appelée la « nuit du hurlement » (Laylat al-Harîr). Au quatrième jour, un intense affrontement eut lieu. Les musulmans subirent de graves difficultés à cause des éléphants auxquels les chevaux arabes se montraient nerveux, mais ils parvinrent à exterminer les éléphants et ceux qui les montaient, jusqu’à leur crever les yeux.
En ces jours, nombre de valeureux combattants se distinguèrent par leur bravoure : Ṭulayḥa al-Asadî, ‘Amr ibn Ma‘dî Karib, al-Qa‘qâ‘ ibn ‘Amr, Jarîr ibn ‘Abd Allâh al-Bajalî, Ḍirâr ibn al-Khaṭṭâb, Khâlid ibn ‘Arfata et d'autres de même envergure. Vers l’heure de la zénith de ce jour, appelé « jour d’al-Qâdisiyya », qui tomba un lundi de muḥarram de l’an 14 de l’Hégire selon Sîf ibn ‘Umar al-Tamîmî, un vent violent se leva, souleva les tentes de l’armée perse et renversa le trône élevé de Rustum. Celui-ci s’empressa de monter une mule pour fuir, mais fut rattrapé et tué par les musulmans. Ils abattirent aussi Jâlînûs, le chef des avant-gardes, et les Perses prirent la fuite en masse. Louange et grâce à Dieu ! Les musulmans les poursuivirent de près, et ce jour-là, les « muselés » (al-musalsalûn) au complet – au nombre de trente mille – furent anéantis, tandis que dix mille autres rejoignirent les rangs des morts, sans compter ceux qui étaient déjà tombés auparavant.
De leur côté, les musulmans perdirent deux mille cinq cents hommes durant ces journées, (– qu'Allah soit satisfait d'eux –). Ils poursuivirent ensuite les fuyards jusqu’à pénétrer avec eux dans la cité royale, al-Madâ’in, où se trouvait l’iwan (la grande salle) du roi. Cela se passa comme nous l’avons déjà décrit, pour ceux que nous avons mentionnés. Les musulmans recueillirent un butin énorme d’armes et de biens lors de la bataille d’al-Qâdisiyya ; ce butin fut partagé après prélèvement des dépouilles et un cinquième en fut envoyé, avec l’annonce de la victoire, à l’émir des croyants, ‘Umar ibn al-Khaṭṭâb (qu’Allah l’agrée).
Il est rapporté que ‘Umar (qu’Allah l’agrée) s’enquérait constamment de l’issue de la bataille d’al-Qâdisiyya auprès de tous ceux qu’il rencontrait, sortant même de Médine en direction de l’Irak, espérant y surprendre des nouvelles. Un jour, l’on raconte qu’il aperçut un cavalier au lointain et se porta à sa rencontre ; lorsque ‘Umar l’interrogea, le voyageur lui annonça que Dieu avait accordé la victoire aux musulmans à al-Qâdisiyya et qu’ils avaient obtenu d’immenses dépouilles .