Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Emportez-le sur le plus noble de ces hommes, puis conduisez-le jusqu’à ce qu’il sorte des maisons (1) d’al-Madā’in. Retournez ensuite auprès de votre chef et informez-le que je vais lui envoyer Rustum pour l’enterrer (2) avec son armée dans le fossé d’al-Qādisiyya et sévir contre lui ainsi que contre vous par la suite, avant de le mener dans votre pays afin de vous imposer une épreuve plus rude encore que ce que vous a fait subir Sābūr.

Puis il dit : « Qui est le plus noble parmi vous ? » Le groupe garda le silence. Alors ʿĀsim ibn ʿAmr prit les devants (3) pour saisir la terre en déclarant : « Je suis le plus noble d’entre eux, je suis leur chef. Confiez-la-moi. » Il lui demanda : « Est-ce vrai ? » Ils répondirent : « Oui. » Il plaça donc cette terre sur son cou et sortit de l’iwan (la grande salle) et de la demeure jusqu’à atteindre sa monture, sur laquelle il la déposa. Puis il se mit en route, et tous (4) se rendirent ensuite auprès de Saʿd. ʿĀsim les précéda et passa par la porte de Qudays (5), qu’il franchit (6) en disant : « Annoncez à l’émir la bonne nouvelle de la victoire : si Dieu – Exalté soit-Il – le veut, nous avons triomphé. » Il poursuivit son chemin, déposa la terre dans le ḥijr, puis retourna auprès de Saʿd pour le mettre au courant de la situation. Saʿd dit alors : « Réjouissez-vous ! Par Dieu, Il nous a donné les clés de leur royaume. » Ils y virent un bon présage pour la conquête de leur pays.

Dès lors, chaque jour, l’influence des Compagnons ne cessa de grandir en honneur, en prestige et en élévation, tandis que les Perses s’enfonçaient dans la faiblesse, l’humiliation et l’abaissement. Quand Rustum revint auprès du roi, celui-ci (7) l’interrogea sur l’état de ceux qu’il avait rencontrés parmi les musulmans. Rustum décrivit leur intelligence, leur éloquence, la vivacité de leurs réponses et le but qu’ils s’apprêtaient à atteindre. Il mentionna aussi l’ordre donné à celui qu’ils avaient présenté comme le plus noble parmi eux de porter la terre sur sa tête, jugeant cet acte insensé, car s’il l’avait voulu, il aurait pu imposer à quelqu’un d’autre de la porter à sa place, à l’insu de Rustum.

Rustum répondit : « Cet homme n’est pas insensé, et il n’est pas non plus le plus noble d’entre eux ; il a simplement voulu se sacrifier pour sauver les siens. Mais, par Dieu, ils sont partis avec les clés de notre terre. » Or Rustum était astrologue. Il dépêcha donc un homme à leur suite avec cette consigne : « Si tu parviens à récupérer la terre, nous pourrons peut-être encore arranger les choses. Mais si elle parvient jusqu’à leur émir, ils seront vainqueurs dans notre contrée. » L’homme se hâta de poursuivre le groupe, sans parvenir à les rejoindre, car ils avaient déjà apporté la terre à Saʿd. Les Perses furent très contrariés par cet échec et s’irritèrent énormément, estimant que la décision du roi avait été inconsidérée.

[Fasl]
La bataille d’al-Qādisiyya fut d’une ampleur extraordinaire, sans équivalent en Irak. Lorsque les deux armées se firent face, Saʿd – que Dieu l’agrée – souffrait d’une sciatique et de furoncles qui l’empêchaient de monter à cheval. Il se trouvait dans un palais, allongé sur la poitrine (appuyé sur) un coussin, observant l’armée et la dirigeant, tout en confiant le commandement des opérations à Khālid ibn

(1) Dans l’Histoire de Ṭabarī : chapitre. (2) Dans l’Histoire de Ṭabarī : « jusqu’à ce qu’il vous enterre et qu’il soit enterré ». (3) Ifta't : inventé. Al-Lisān (fait dériver de « fāt »). (4) Dans Ṭ : « qu’ils viennent ». (5) Qudays : un lieu près de Qādisiyyah où Saʿd descendit lorsqu’il arriva à Qādisiyyah, tandis que Zuhrah descendit près du pont ʿAtīq, lieu de l’actuelle Qādisiyyah. Voir Maʿjam al-Buldān (4/314). (6) Dans Ṭ : « et il dit ». (7) Dans A : « il lui demanda ».
فاحملوه على أشرف هؤلاء، ثم سوقوه حتى يخرج من أبيات (١) المدائن. أرجعوا إلى صاحبكم فأعلموه أني مرسلٌ إليه رستم حتى يدفنه (٢) وجنده في خندق القادسية وينكِّل به وبكم من بعد، ثم أورده بلادكم حتى أشغلكم في أنفسكم بأشدّ مما نالكم من سابور. ثم قال: من أشرفُكم؟ فسكتَ القوم، فقال عاصم بن عمرو وافْتأَتَ (٣) ليأخذ التراب: أنا أشرفهم، أنا سيدُ هؤلاء فحمّلنيه، فقال: أكذلك؟ قالوا: نعم. فحمله على عنقه، فخرج به من الإيوان والدار حتى أتى راحلته فحمله عليها، ثم انجذب في السير فأتوا (٤) به سعدًا وسبقهم عاصم فمر بباب قُدَيْس (٥) فطواه فقال (٦) بَشِّروا الأمير بالظفر، ظفرنا إن شاء الله (تعالى، ثم مضى حتى جعل التراب في الحِجْر، ثم رجع فدخل على سعد، فأخبره الخبر. فقال: أبشروا) فقد واللّه أعطانا الله أقاليد ملكهم. وتفاءلوا بذلك أخذ بلادهم. ثم لم يزل أمر الصحابة يزداد في كلّ يومٍ عُلوًّا وشَرَفًا ورفعةً، وينحط أمرُ الفرس سُفلًا وذُلًا ووهنًا. ولما رجعَ رستم إلى الملك يسأله (٧) عن حال من رأى من المسلمين؟ فذكر (له) عقلهم وفصاحتهم وحدَّةَ جوابهم، وأنهم يرومون أمرًا يوشك أن يدركوه. وذكر ما أمر به أشرفهم من حمل التراب وأنه استحمق أشرفهم في حمله التراب على رأسه، ولو شاء اتقى بغيره وأنا لا أشعر. فقال له رستم: إنه ليس أحمق، وليس هو بأشرفهم، إنما أراد أن يفتدي قومه بنفسه، ولكن والله ذهبوا بمفاتيح أرضنا. وكان رستم مُنجِّمًا، ثم أرسل رجلا وراءهم وقال: إن أدرك التراب فردَّه تداركنا أمرنا، وإن ذهبوا به إلى أميرهم غلبونا على أرضنا. قال: فساق وراءهم فلم يدركهم بل سبقوه إلى سعد بالتراب. وساء ذلك فارس وغضبوا من ذلك أشدَّ الغضب واستهجنوا رأي الملك. [فصل] كانت وقعةُ القادسية وقعةً عظيمة لم يكن بالعراق أعجبَ منها، وذلك أنه لما تواجه الصفان كان سعد (رضي الله عنه) قد أصابه عِرْقُ النَّسا، ودمامل في جسده، فهو لا يستطيع الركوب، وإنما هو في قصر متكئ على (صدره فوق) وسادة وهو ينظر إلى الجيش ويدبّر أمره، وقد جعل أمر الحرب إلى خالد بن
(١) في تاريخ الطبري: باب. (٢) في تاريخ الطبري: حتى يدفنكم ويدفنه. (٣) افتأت: اختلق. اللسان (فأت). (٤) في ط: ليأتوا. (٥) قُدَيْس: موضع بناحية القادسية نزله سعد لما قدم القادسية بينما نزل زُهرة حيال قنطرة العتيق وموضع القادسية اليوم. معجم البلدان (٤/ ٣١٤). (٦) في ط: وقال. (٧) في أ: سأله.

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