Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

« Votre nombre a augmenté, mais qu’il ne vous trompe pas à notre sujet. Si la nécessité vous a poussés, nous vous avons alloué de quoi vous nourrir jusqu’à ce que vous rejoigniez vos terres fertiles, nous avons honoré vos visages, vous avons vêtus et avons établi sur vous un roi qui vous traite avec bonté. » À ces mots, tous gardèrent le silence.

Alors al-Mughīra ibn Shu‘ba se leva et dit : « Ô Roi, ceux-ci sont les chefs et les notables des Arabes. Ils sont de haute lignée (1), et il sied aux nobles de faire preuve de respect réciproque et d’honorer leurs semblables. Tous les points qu’ils ont à cœur ne te sont pas nécessairement parvenus, et ils n’ont pas répondu à tout ce que tu as dit (2). Ils ont agi au mieux et il ne convient qu’aux gens de leur rang d’agir ainsi. Laisse-moi te répondre et je serai celui qui te rapportera leurs propos, tandis qu’ils en témoigneront. Tu nous as décrits d’une façon que tu ne connaissais pas. Quant à l’état misérable dont tu as parlé, nul n’était plus misérable que nous. Au sujet de notre faim, elle n’avait pas d’égal : nous mangions des coléoptères, des scarabées, des scorpions et des serpents, considérant cela comme notre nourriture. Nos demeures n’étaient rien d’autre que la surface de la terre, et nos vêtements se limitaient à ce que nous tissions à partir des poils de chameaux et des toisons de moutons. Notre religion nous poussait à nous entretuer et à commettre des injustices les uns envers les autres, au point que l’un d’entre nous pouvait enterrer sa propre fille vivante, par crainte qu’elle ne partage sa nourriture.

« Telle était notre condition auparavant, comme je te l’ai décrite, et devait le rester à l’avenir, selon le même principe. Alors Dieu nous a envoyé un homme que nous connaissions bien : nous connaissions sa lignée, son visage et son lieu de naissance. Il venait de la meilleure de nos contrées, de la plus noble de nos ascendances, la plus honorable de nos familles et la plus valeureuse de nos tribus, et il était lui-même le meilleur d’entre nous à son époque, le plus véridique et le plus sage. Il nous appela à une voie, mais nul ne lui répondit d’abord. Le tout premier proche parent qu’il eut, le calife qui lui succéda, fut le seul à le suivre. Il parlait, nous répondions, il disait vrai, nous mentions, il ajoutait, nous retranchions. Jamais il n’annonça chose qui ne se réalisât, si bien que Dieu fit naître en nos cœurs la foi en ses paroles et l’adhésion à ses préceptes. Il devint ainsi l’intermédiaire entre nous et le Seigneur des mondes : ce qu’il nous dit est Parole de Dieu, et ce qu’il nous ordonne est Ordre de Dieu.

« Il nous déclara : “Votre Seigneur dit : ‘En vérité, Je suis Dieu, l’Unique, sans associé. J’étais alors qu’il n’y avait rien, et toute chose périt hormis Mon Visage. C’est Moi qui ai créé toute chose, et vers Moi tout retourne. Ma miséricorde vous a atteints et J’ai envoyé vers vous cet homme pour vous montrer la voie par laquelle Je vous sauverai après la mort de Mon châtiment, et pour que Je vous accueille dans Mon Demeure, la Demeure de la Paix. Nous attestons donc qu’il est venu avec la vérité, de la part de la Vérité.’”

« Il a dit encore : “Celui qui vous suit dans cette voie partage vos droits et vos devoirs. Quant à celui qui refuse, proposez-lui la jizya, puis protégez-le comme vous vous protégez vous-mêmes. S’il s’y oppose, combattez-le, car Je suis le Juge entre vous : quiconque parmi vous est tué, Je l’introduirai dans Mon Paradis ; et celui qui demeure en vie recevra la victoire contre ses ennemis.” Choisis donc : ou bien tu paies la jizya en état d’humiliation, ou bien tu prends les armes, à moins que tu n’embrasses l’islam, afin de sauver ta propre personne. »

Yazdegerd répliqua : « Tu m’adresses pareils propos dès l’entrée en matière ? »

Al-Mughīra répondit : « Je n’ai fait qu’adresser mes propos à celui qui s’est adressé à moi. Si quelqu’un d’autre m’avait parlé en premier, je ne t’aurais pas tenu ce discours. »

Yazdegerd s’indigna : « Si les émissaires n’étaient pas protégés, je vous aurais fait exécuter. Vous n’obtiendrez rien de moi. » Et il ajouta : « Apportez-moi un panier de terre. »

(1) Dans le manuscrit : « et les nobles ». (2) Dans le manuscrit : « de lui ». (3) Dans le manuscrit : « semblable ». (4) Dans le manuscrit : « il change ». (5) Dans le manuscrit : « et sa terre ».
كان عددكم كَثُرَ فلا يغرَّنكم منا، وإن كان الجهْدُ دعاكم فرضنا لكم قوتًا (إلى) خصبكم وأكرمنا وجوهكم وكسوناكم وملَّكنا عليكم ملكًا يرفق بكم. فأسكت القوم. فقام المغيرة بن شعبة فقال: أيها الملك إن هؤلاء رؤوسُ العرب ووجوهُهم، (وهم) أشراف (١) يستحيون من الأشراف، وإنما يكرم الأشراف الأشراف، ويعظم حقوق الأشراف الأشراف، وليس كل ما أرسلوا له جمعوه لك، ولا كل ما تكلمت به أجابوك عليه (٢) ، وقد أحسنوا ولا يحسن بمثلهم إلا ذلك، فجاوبني فأكون (أنا) الذي أبلغك ويشهدون على ذلك. إنك قد وصفتنا صفةً لم تكن بها عالمًا، فأما ما ذكرت من سوء الحال، فما كان أسوأ حالًا منا، وأما جوعنا، فلم يكن يشبه (٣) الجوع، كنا نأكل الخنافس والجعلان والعقارب والحيات، ونرى ذلك طعامنا، وأما المنازل فإنما هي ظهر الأرض، ولا نلبس إلا ما غزلنا من أوبار الإبل وأشعار الغنم. ديننا أن يقتل بعضنا بعضًا، وأن يبغي (٤) بعضنا على بعض، وإن كان أحدنا ليدفن ابنته وهي حية كراهية أن تأكل من طعامه، وكانت حالنا قبل اليوم على ما ذكرتُ لك وفي المعاد على ما ذكرتُ لك، فبعث الله إلينا رجلًا معروفًا نعرف نسبَه ونعرفُ وجهَه ومولدَه، فأرضه (٥) خير أرضنا، وحَسَبُه خيرُ أحسابنا، وبيتُه خيرُ بيوتنا، وقبيلتُه خيرُ قبائنا، وهو نفسه كان خيرَنا في الحال التي كان فيها أصدقنا وأحلمنا، فدعانا إلى أمرٍ فلم يجبْه أحدٌ. أول تربٍ كانَ له الخليفة من بعده، فقال وقلنا، وصدق وكذبنا، وزاد ونقصنا، فلم يقل شيئًا إلا كان، فقذف الله في قلوبنا التصديقَ له واتّباعه، فصار فيما بيننا وبين ربِّ العالمين. فما قالَ لنا فهو قولُ الله، وما أمرنا فهو أمرُ الله، فقال لنا: إن ربَّكم يقول: [إني] أنا اللهُ وحدي لا شريكَ لي، كنتُ إذ لم يكن شيءٌ، وكل شيءٍ هالك إلا وجهي، وأنا خلقتُ كل شيءٍ، وإليَّ يصيرُ كل شيء، وإنَّ رحمتي أدركَتْكُم فبعثتُ إليكم هذا الرجلَ لأدلَّكم على السبيل التي أنجيكم بها بعد الموت من عذابي، ولأحلَّكُمْ داري، دارَ السلام. فنشهد عليه أنه جاءَ بالحق من عند الحق. وقال: منْ تابعكم على هذا فله ما لكم وعليه ما عليكم، ومنْ أبَى فاعْرِضُوا عليه الجزيةَ، ثم امنعوه ممَّا تمنعون منه أنفسَكمِ، ومنْ أبى فقاتلوه فأنا الحكمُ بينكم، فمنْ قُتل منكم أدخلته جنَّتي، ومنْ بقيَ منكم أعقبته النصر على منْ ناوأه. فاخْتَرْ إنْ شئتَ الجزيةَ وأنت صاغرٌ، وإن شئت فالسيفُ، أو تُسْلم فتُنْجي نفسَكَ. فقال يَزْدَجِرْدُ: استقبلتني بمثل هذا؟ فقال: ما استقبلت إلَّا منْ كلَّمني، ولو كلَّمني غيرُك لم أستقبلك به. فقال: لولا أن الرسل لا تُقْتلُ لقتلتكم، لا شيء لكم عندي. وقال: ائتوني بوقْرٍ من تُراب
(١) في أ: والأشراف. (٢) في أ: عنه. (٣) في أ: شبه. (٤) في أ: يغير. (٥) في أ: وارضه.

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