Sif (1) mentionne que Saʿd souffrait ce jour-là du “ʿirq an-nasā” (la sciatique). Il prononça alors un prêche devant les gens et récita la parole du Très-Haut : « Et certes, Nous avons inscrit dans le Zabur, après le Rappel, que la terre serait héritée par Mes serviteurs vertueux » [Al-Anbiyāʾ : 105]. Puis il dirigea la prière de dhur (midi) avec les fidèles, prononça quatre takbîrs, et ils lancèrent l’assaut après qu’il leur eut ordonné de dire : « La ḥawla wa lā quwwata illā bi-llāh » (Il n’y a de force ni de puissance qu’en Dieu) pour les repousser et les mettre à mort. Ils épiaient l’ennemi à chaque passage, l’assiégeaient parfois dans certains lieux, au point que ceux-ci en vinrent à manger des chiens et des chats. Et ils ne refoulèrent les fuyards qu’une fois arrivés à Nahâwand. La plupart se réfugièrent alors à al-Madâʾin et les musulmans les poursuivirent jusqu’aux portes de la ville.
Or, Saʿd avait dépêché un groupe de ses compagnons auprès de Kisrâ, afin de l’appeler à Dieu avant la bataille. Ils demandèrent audience au souverain, qui la leur accorda. Les habitants sortirent pour observer leurs allures : ils portaient des manteaux sur les épaules, des fouets à la main, des sandales aux pieds et chevauchaient de frêles montures dont les sabots heurtaient le sol. Les gens s’en étonnèrent à l’extrême : comment de tels hommes pouvaient-ils soumettre leurs armées si nombreuses et si bien équipées ?
Lorsqu’ils eurent obtenu l’autorisation de se présenter devant le roi Yazdegerd, il les fit asseoir en sa présence avec hauteur et manque de courtoisie, puis il commença à les interroger sur le nom de ces vêtements, de ces manteaux, de ces sandales et de ces fouets. Chaque fois qu’ils lui répondaient, il y voyait un mauvais présage, mais Dieu détourna sur lui l’augure qu’il avait formulé. Il leur dit : « Pour quelle raison êtes-vous venus dans ces contrées ? Pensez-vous qu’en nous voyant occupés par nos propres affaires, vous puissiez vous autoriser à nous attaquer ? »
Alors, an-Nuʿmân ibn Muqarrin lui répondit : « Dieu a eu pitié de nous ; Il nous a envoyé un Messager pour nous guider vers le bien et nous enjoindre de le suivre, nous enseigner le mal et nous le prohiber. Il nous a promis la félicité d’ici-bas et de l’au-delà si nous répondions à son appel. Il n’a appelé aucune tribu sans qu’elle ne forme deux groupes : l’un qui s’en rapproche, l’autre qui s’en éloigne. Seuls des gens d’élite sont entrés dans sa religion. Il demeura ainsi, le temps que Dieu voulut, puis il ordonna d’attaquer ceux des Arabes qui s’étaient dressés contre lui, à commencer par eux. Nous le fîmes si bien qu’ils finirent par le rejoindre, certains y ayant été forcés mais s’en trouvant heureux, d’autres par libre adhésion, y trouvant un surcroît de bien. Nous reconnûmes tous la supériorité de ce qu’il apportait, comparé à la haine et à l’étroitesse qui régnaient auparavant parmi nous. Il nous ordonna alors de commencer par les nations qui nous étaient les plus proches pour les inviter à l’équité. Nous vous appelons donc à notre religion, l’islam, qui honore toute chose bonne et condamne toute chose mauvaise. Si vous refusez, alors nous opterons pour une alternative moins funeste que la pire de toutes : la capitation (jizya). Si vous la rejetez, il ne nous restera que l’affrontement. Mais si vous embrassez notre religion, nous laisserons parmi vous le Livre de Dieu et nous vous établissons selon Ses jugements, puis nous nous retirons, vous laissant vos affaires et vos terres. Si vous nous acquittez la jizya, nous vous protégerons ; sinon, nous vous combattrons. »
Yazdegerd prit alors la parole : « Je n’ai jamais connaissance d’une nation sur cette terre qui ait été plus misérable, moins nombreuse et plus divisée que vous. Nous avions coutume de confier aux villages périphériques le soin de vous tenir en respect, si bien que l’armée perse n’avait même pas à vous combattre, et vous n’imaginiez guère pouvoir lui faire face. »