Observez donc l’opinion, la parole et la conduite : les Arabes se soucient peu des vêtements et de la nourriture, mais ils préservent l’honneur de leur lignée. Puis, le deuxième jour, ils envoyèrent chercher un homme ; on leur envoya donc Hudhayfa ibn Muḥṣin, qui tint des propos semblables à ceux de Rib‘ī. Au troisième jour, ce fut al-Mughīra ibn Shu‘ba, qui s’exprima longuement et avec éloquence.
Rustum s’adressa alors à al-Mughīra et lui dit : « Votre situation en entrant sur nos terres est comparable à celle d’une mouche qui aperçoit le miel. Elle demande : “Qui m’y conduit ? Je lui donnerai deux dirhams.” Quand elle s’y est posée, elle s’y est noyée et, voulant s’en sortir, elle ne le put pas. Elle dit alors : “Qui me sauvera ? Je lui donnerai quatre dirhams !” De même, vous êtes comparables à un renard chétif qui est entré dans un terrier, dans une vigne. Quand le propriétaire de la vigne l’a vu faible, il a eu pitié de lui et l’a laissé. Or, lorsqu’il se mit à engraisser, il endommagea beaucoup de choses, si bien que le propriétaire revint avec son armée et s’aida de ses valets pour le prendre. Le renard voulut sortir, mais, devenu trop gras, il ne le put, et on le frappa jusqu’à le tuer. Ainsi sortirez-vous de notre pays ! » Puis, fou de rage, il jura par le soleil : « Je vous tuerai demain ! » Al-Mughīra répliqua : « Tu sauras bientôt. »
Rustum dit encore à al-Mughīra : « J’ai ordonné qu’on vous offre des vêtements, et pour votre chef mille dinars, un habit et une monture, après quoi vous vous en retournerez loin de nous. » Al-Mughīra répondit : « Ensuite que ferons-nous, après avoir ébranlé votre royaume et affaibli votre puissance ? Nous poursuivrons notre progression jusqu’à vos territoires et vous nous paierez la jizya de vos mains, humiliés, puis vous deviendrez nos serviteurs malgré vous ! » Lorsqu’al-Mughīra prononça ces paroles, Rustum entra dans une grande colère.
Ibn Jarîr (2) rapporte : Muḥammad ibn ‘Abd Allāh ibn Ṣafwān al-Thaqafī m’a relaté, disant : Umayya ibn Khālid nous a transmis, d’après Abū ‘Awāna, d’après Ḥuṣayn ibn ‘Abd al-Raḥmān. Abū Wāʾil raconta : « Sa‘d arriva jusqu’à al-Qādisiyya, accompagné de ses hommes. Je ne sais pas, peut-être n’étions-nous pas plus de sept ou huit mille, tandis que les polythéistes étaient au nombre de trente mille ou semblable. Ils nous dirent : “Vous n’avez ni puissance ni moyen, ni armes. Qu’êtes-vous donc venus faire ? Retournez d’où vous venez.” Nous répondîmes : “Nous ne rebrousserons pas chemin.” Alors ils se mirent à railler nos flèches (3), en disant : “Dūk, dūk !” en les comparant à des fuseaux. Comme nous refusions toujours de partir, ils nous dirent : “Envoyez-nous un homme de vos sages qui nous explique ce qui vous amène.” Al-Mughīra ibn Shu‘ba déclara : “J’irai.” Il traversa donc vers eux et s’assit avec Rustum sur son lit, ce qui les fit grogner (4) et s’écrier. Al-Mughīra dit : “Cela ne m’élève pas davantage et ne diminue pas votre chef.” Rustum concéda : “Il dit vrai. Pourquoi êtes-vous venus ?” Al-Mughīra répondit : “Nous étions un peuple en pleine ignorance et dans l’erreur. Dieu nous a envoyé un Prophète, qui nous a guidés, et par lequel Il nous a accordé Ses bienfaits. Parmi ces bienfaits se trouve une graine qui pousse précisément sur cette terre. Quand nous en avons mangé et que nous en avons fait manger nos familles, elles nous ont affirmé ne pouvoir s’en passer. Elles nous ont dit : ‘Faites-nous descendre dans ce pays afin que nous puissions consommer cette graine.’” Rustum objecta : “Dans ce cas, nous vous tuerons.” Al-Mughīra répondit : “Si vous nous tuez, nous irons au Paradis ; si nous vous tuons, vous irez en Enfer, et vous nous paierez la jizya.” (Quand il évoqua le paiement de la jizya) ils ricanèrent (5) et s’écrièrent : “Il n’y aura pas de trêve entre nous et vous !” Al-Mughīra proposa : “Soit vous traversez jusqu’à nous, soit nous venons à vous.” Rustum déclara : “Nous allons franchir le fossé jusqu’à vous.” Les Musulmans se rangèrent en retrait pour les laisser passer, puis lancèrent l’assaut et les mirent en déroute.