La domination leur est acquise tant qu’ils reconnaissent ce principe, car c’est la religion de vérité : quiconque s’en détourne sera humilié, et quiconque s’y attache sera honoré.
Rustum lui dit : « Qu’est-ce donc ? » Il répondit : « Son fondement, sans lequel rien ne saurait être valide, est l’attestation qu’il n’est de divinité que Dieu et que Muhammad est le Messager de Dieu, ainsi que la reconnaissance de tout ce qui provient de Lui. » Rustum lui répondit : « Comme cela est beau ! Et quoi d’autre ? » Il dit : « Faire sortir les hommes de l’adoration de leurs semblables pour les emmener à l’adoration de Dieu. » Il dit alors : « C’est également beau. Quoi d’autre ? » Il répondit : « Les hommes sont tous les fils d’Adam : ils sont frères par leur père et leur mère. » Il dit : « C’est encore beau. » Puis Rustum reprit : « Et si nous entrons dans votre religion, vous retirerez-vous de notre territoire ? » Il répondit : « Oui, par Dieu ; et nous ne nous en approcherons plus, sauf pour le commerce ou pour un besoin. » — « C’est aussi très bien. »
Lorsque al-Mughīra quitta l’assemblée, Rustum parla de l’islam aux notables de son peuple, mais ils s’enorgueillirent et rejetèrent l’idée d’y entrer — que Dieu les couvre d’ignominie, et Il l’a fait.
On rapporte ensuite que Sa‘d envoya un autre messager à Rustum, à sa propre demande : il s’agissait de Rib‘ī ibn ‘Āmir. Ce dernier pénétra chez Rustum, qui avait orné son salon de coussins dorés et de tapis de soie, et disposé à la vue de tous des rubis, des perles précieuses et une somptueuse décoration. Il se tenait sur un trône d’or. Rib‘ī entra vêtu d’un habit rugueux, avec son épée, son bouclier et chevauchant une petite monture. Il ne mit pied à terre qu’après avoir posé les sabots de sa monture sur le bord du tapis, puis il descendit et l’attacha à l’un des coussins. Il avança, gardant sur lui ses armes, son armure et son casque.
On lui dit : « Dépose ton armement. » Il répondit : « Ce n’est pas moi qui suis venu de moi-même, c’est vous qui m’avez fait venir. Si vous m’acceptez ainsi, je reste ; sinon, je m’en retourne. » Rustum déclara : « Laissez-le faire. » Rib‘ī avança alors en s’appuyant sur sa lance, trouant nombre de coussins sur son passage. On lui demanda : « Qu’est-ce qui vous amène ? » Il répondit : « Dieu nous a envoyés pour faire sortir qui Il veut de l’adoration des hommes vers l’adoration de Dieu, des étroitesses de ce monde vers son immensité et de l’injustice des religions vers la justice de l’islam. Il nous a envoyés avec Sa religion afin d’appeler Sa création à L’adorer. Celui qui accepte, nous l’admettons et nous le quittons. Celui qui refuse, nous le combattons sans relâche, jusqu’à ce que nous atteignions la promesse de Dieu. »
Ils demandèrent : « Quelle est la promesse de Dieu ? » Il répondit : « Le Paradis pour celui qui meurt en combattant ceux qui refusent, et la victoire pour celui qui survit. » Rustum dit : « J’ai entendu tes propos. Seriez-vous prêts à différer un peu cette affaire, pour que nous y réfléchissions et vous aussi ? » Il répondit : « Oui. Combien de temps vous conviendrait-il ? Un jour ou deux ? » Il dit : « Non, plutôt le temps de consulter nos dignitaires et les notables de notre peuple. » Rib‘ī reprit : « Le Messager de Dieu (ﷺ) ne nous a pas enseigné de laisser plus de trois jours de répit à un ennemi au moment de l’affronter. Réfléchis donc, toi et les tiens, et choisis l’une de ces trois options avant l’expiration du délai. » Rustum demanda : « Es-tu leur chef ? » Il répondit : « Non. Toutefois, chez les musulmans, ils ne forment qu’un seul corps : le plus humble d’entre eux peut accorder la protection à tous. »
Rustum consulta ensuite les notables de son peuple : « Avez-vous déjà entendu parole plus solide et plus judicieuse que celle de cet homme ? » Ils répondirent : « À Dieu ne plaise que tu te laisses aller à cette idée et que tu délaisses ta religion au profit de celle de ce chien ! Ne vois-tu pas ses vêtements ? » Rustum s’écria : « Malheur à vous ! Ne regardez pas à ses habits. »