Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Une fois, elle raconta : « Elle interrogea ‘Uthmân : “Pourquoi le Messager de Dieu (ﷺ) t’a-t-il appelé ?” » Il répondit : « Lorsque je suis entré dans la Maison (Ka‘ba), j’ai aperçu les deux cornes du bélier, et j’ai oublié de te demander de les recouvrir. Couvre-les donc, car il ne convient pas qu’il y ait dans la Maison quoi que ce soit qui distraie celui qui prie. » Sufyân dit : « Les deux cornes du bélier ne cessèrent de se trouver dans la Maison jusqu’à l’incendie de celle-ci, où elles furent brûlées. »

Cela fut rapporté également d’après Ibn ‘Abbâs : la tête du bélier resta suspendue auprès du déversoir (mîzâb) de la Ka‘ba jusqu’à ce qu’elle fût complètement desséchée. Ce fait, à lui seul, prouve que l’enfant à sacrifier était Ismâ‘îl, car c’est lui qui résidait à La Mecque, tandis qu’on ne sait pas qu’Ishâq y soit jamais venu dans son enfance. Dieu sait mieux. C’est également ce qui ressort clairement du Coran : il semble même que le texte y soit explicite quant au fait que l’enfant sacrifié soit Ismâ‘îl, car le récit du sacrifice y est mentionné, puis Dieu dit ensuite : « Nous lui annonçâmes [la naissance] d’Ishâq, prophète d’entre les gens de bien » (Coran 37:112).

Quant à ceux qui ont voulu y voir une situation contemporaine (où Ishâq aurait déjà existé), ils se sont imposé une interprétation forcée. Leur argument pour soutenir qu’il s’agit d’Ishâq provient des traditions israélites (isrâ’îliyyât), dont les Écritures sont altérées, plus particulièrement sur ce point précis. En effet, chez eux, Dieu aurait ordonné à Ibrâhîm de sacrifier son « fils unique », et, dans une version de la traduction arabisée, son « premier-né Ishâq ». L’insertion du nom d’« Ishâq » à cet endroit est un ajout mensonger et fallacieux, car il n’était ni l’unique fils ni le premier-né ; celui-ci était Ismâ‘îl. Ce qui les a incités à cette falsification, c’est leur jalousie à l’égard des Arabes, parce qu’Ismâ‘îl est le père des Arabes du Hijâz, parmi lesquels se trouve le Messager de Dieu (ﷺ). Ishâq, lui, est le père de Ya‘qûb (Israël), dont ils tirent leur ascendance. Ils ont donc voulu ramener à eux cet honneur en déformant la Parole de Dieu et en y ajoutant des éléments. Ce sont des gens de mensonge (1), qui n’ont pas reconnu que la grâce appartient à Dieu, et qu’Il la confère à qui Il veut.

Nombreux sont les pieux ancêtres (salaf) et d’autres qui ont affirmé qu’il s’agissait d’Ishâq, mais – Dieu sait mieux – ils ont probablement tiré cela de Ka‘b al-Ahbâr ou de recueils appartenant aux Gens du Livre. Il n’existe cependant aucun hadith authentique émanant du Prophète (ﷺ) qui nous obligerait à délaisser le sens apparent du Noble Coran. Bien au contraire, le Livre saint ne suggère pas qu’il s’agisse d’Ishâq ; tout indique même, de façon explicite après examen, qu’il s’agit d’Ismâ‘îl.

Quel bel argument que celui de Muhammad ibn Ka‘b al-Qurazî (2) en faveur d’Ismâ‘îl plutôt qu’Ishâq, tiré de ce verset : « Nous l’avons annoncée [la naissance] d’Ishâq, et après Ishâq [celle] de Ya‘qûb » (Coran 11:71). Comment cette annonce d’Ishâq et de Ya‘qûb s’accorde-t-elle avec le fait qu’on ordonne ensuite le sacrifice d’Ishâq alors qu’il est encore enfant, avant même la naissance de Ya‘qûb ? Cela est impossible, car cela irait à l’encontre de la bonne nouvelle précédente. Dieu sait mieux.

(1) Buhut (bûht) : terme signifiant « mensonge » ou « calomnie ».
(2) Muḥammad ibn Ka‘b al-Qurazî : un savant musulman réputé pour ses interprétations scripturaires.

(1) « Baht » : faux. (2) Rapporté par Ibn Jarir de Ibn Ishaq (10/ 513).
وقالت مرَّة: إنَّها سألتْ عثمانَ: لِمَ دعاكَ رسولُ اللّه ﷺ ؟ قال: "إنِّي كنتُ رأيتُ قَرْني الكبش حين دخلتُ البيتَ، فنسيتُ أنْ آمرَك أنْ تُخَمِّرَهُما فَخَمِّرْهُما، فإنَّه لا ينبغي أن يكونَ في البيت شيءٌ يَشغلُ المصلِّي" . قال سفيان: لم تزلْ قرنا الكبش في البيت حتَّى احترقَ البيتُ فاحترَقا. وهذا رُوي عن ابن عبَّاس: أنَّ رأسَ الكَبْش لم يزلْ مُعلَّقًا عند ميزاب الكعبة قد يبسَ. وهذا وحده دليلٌ على أنَّ الذبيحَ إسماعيلُ، لأنه كانَ هو المقيمُ بمكَّةَ، وإسحاقُ لا نعلمُ أنَّه قدمها في حال صِغَره، واللّه أعلم. وهذا هو الظاهر من القرآن، بل كأنَّه نصٌّ على أنَّ الذبيحَ هو إسماعيلُ، لأنه ذكرَ قِصَّةَ الذبيح، ثم قال بعده: ﴿وَبَشَّرْنَاهُ بِإِسْحَاقَ نَبِيًّا مِنَ الصَّالِحِينَ﴾ [الصافات: ١١٢] ومنْ جعله حالًا فقد تكلَّف، ومستنده أنَّه إسحاق إنما هو إسرائيليات، وكتابُهم فيه تحريفٌ، ولاسيما هاهنا قطعًا لا محيدَ عنه، فإنَّ عندهم أنَّ اللّه أمرَ إبراهيمَ أنْ يذبحَ ابنَه وحيدَه، وفي نسخة من المعرَّبة: بكْرَه إسحاق. فلفظة إسحاق هاهنا مقحمةٌ مكذوبةٌ مفتراة، لأنه ليس هو الوحيدُ ولا البِكْرُ، ذاكَ إسماعيل. وإنما حملَهم على هذا حَسْدُ العربِ، فإنَّ إسماعيلَ أبو العرب الذين يسكنون الحجازَ، الذين منهم رسولُ اللّه ﷺ ، وإسحاقُ والد يعقوب، وهو إسرائيل، الذين ينتسبونَ إليه، فأرادوا أنْ يجرّوا هذا الشرفَ إليهم، فحرَّفوا كلامَ اللّه، وزادُوا فيه، وهم قومٌ بُهْتٌ (١) ، ولم يُقرُّوا بأنَّ الفضلَ بيد الله يُؤتيه من يشاءُ. وقد قال بأنَّه إسحاق طائفةٌ كثيرةٌ من السَّلف، وغيرهم، وإنما أخذوه - واللّه أعلم - من كعب الأحبار، أو صُحُف أهل الكتاب، وليس في ذلك حديثٌ صحيحٌ عن المعصوم حتَّى نتركَ لأجله ظاهرَ الكتاب العزيز، ولا يُفهم هذا من القرآن بل المفهومُ، بل المنطوقُ، بل النَّصُّ عند التَّأمُّل على أنه إسماعيل. وما أحسن ما استدلَّ محمَّدُ بن كعب القرظي (٢) على أنه إسماعيل، وليس بإسحاق، من قوله: ﴿فَبَشَّرْنَاهَا بِإِسْحَاقَ وَمِنْ وَرَاءِ إِسْحَاقَ يَعْقُوبَ﴾ [هود: ٧١] قال: فكيفَ تقعُ البشارةُ بإسحاق، وأنَّه سيولدُ له يعقوب، ثم يُؤمرُ بذبح إسحاق وهو صغيرٌ قبلَ أن يُولد له، هذا لا يكون، لأنَّه يُناقضُ البشارةَ المتقدِّمة، والله أعلم.
(١) "بهت": باطل. (٢) أخرجه ابن جرير عن ابن إسحاق (١٠/ ٥١٣).

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