Dans un autre récit, on rapporte que Rostom commandait cent vingt mille hommes, suivis de quatre-vingt mille autres. Il avait avec lui trente-trois éléphants, parmi lesquels se trouvait un éléphant blanc qui appartenait à Sabour : c’était le plus ancien et le plus imposant, et les autres éléphants lui étaient familiers. Puis Saʿd envoya un groupe de notables — parmi lesquels An-Nuʿmān ibn Muqarrin, Furāt ibn Ḥayyān, Ḥanẓala ibn al-Rabīʿ at-Tamīmī, ʿAṭṭārid ibn Ḥājib, al-Ashʿath ibn Qays, al-Mughīra ibn Shuʿba et ʿAmr ibn Maʿdī Karib — afin d’appeler Rostom à Dieu.
Rostom leur demanda : « Qu’est-ce qui vous amène ? » Ils répondirent : « Nous sommes venus pour le rendez-vous que Dieu nous a promis : prendre vos terres, faire prisonnières vos femmes (et vos enfants), et nous emparer de vos biens. Nous en sommes certains. » Rostom avait vu en songe un roi descendu du ciel, qui apposa un sceau sur toutes les armes des Perses et les remit au Messager de Dieu (paix et salut sur lui). Puis le Messager de Dieu (paix et salut sur lui) les transmit à ʿUmar.
Seyf ibn ʿUmar (1) a rapporté que Rostom fit traîner la rencontre avec Saʿd depuis le moment où il quitta al-Madāʾin jusqu’à ce qu’il le rejoigne à al-Qādisiyya, retard qui dura quatre mois. Il souhaitait ainsi lasser Saʿd et ses hommes (2) afin qu’ils rebroussent chemin. Sans l’empressement du roi, il ne l’aurait pas affronté, car il savait que les musulmans les vaincraient, notamment à cause de son rêve, de ce qu’il pressentait, de ce qu’il avait entendu d’eux, et de ses connaissances en astrologie, qu’il considérait fiables grâce à sa longue pratique de cet art.
Lorsque l’armée de Rostom se rapprocha de celle de Saʿd, ce dernier voulut s’assurer de leurs dispositions de manière précise. Il dépêcha alors une troupe chargée de capturer un homme parmi les Perses. Dans cette troupe se trouvait Ṭulayḥa al-Asadī, qui avait autrefois prétendu à la prophétie avant de se repentir. Al-Ḥārith avança avec ses compagnons et revint. Après le départ de la troupe, Ṭulayḥa perça les rangs adverses, traversa leurs lignes, abattit plusieurs champions et finit par faire prisonnier l’un d’eux, qu’il ramena alors qu’il avait perdu toute résistance. Saʿd interrogea le captif sur l’état des troupes, mais ce dernier ne cessa d’abord de louer le courage de Ṭulayḥa. Saʿd lui dit : « Laisse cela et parle-nous de Rostom. » Il répondit : « Il est à la tête de cent vingt mille hommes, suivis d’une armée équivalente. » L’homme se convertit ensuite à l’islam sur-le-champ (– qu'Allah lui fasse miséricorde –).
[« Rostom et al-Mughīra ibn Shuʿba »]
Seyf (3) rapporte de la bouche de ses maîtres : Lorsque les deux armées se firent face, Rostom envoya dire à [Saʿd] de lui envoyer quelqu’un de sage et de bien informé pour répondre à ses questions. Saʿd dépêcha donc al-Mughīra ibn Shuʿba (qu’Allâh l’agrée). À son arrivée, Rostom lui dit : « Vous êtes nos voisins, et nous avons toujours bien agi envers vous, en vous épargnant tout mal. Retournez donc dans vos terres et nous n’empêcherons pas vos marchandises d’entrer dans notre pays. » Al-Mughīra lui répondit : « Nous ne recherchons pas les biens de ce monde : notre préoccupation (5) et notre ambition se tournent vers l’au-delà. Dieu nous a envoyé un Messager à qui Il a dit : “J’ai donné pouvoir à ce groupe sur ceux qui ne pratiquent pas Ma religion (et c’est ainsi par eux) que Je me venge, et Je leur accorde…” »