Renonce à rechercher l’affection, car même les prophètes ont imploré que leur amour soit accordé. En vérité, si Dieu aime un serviteur, Il le rend aimable, et s’Il en hait un, Il le rend haïssable. Considère donc ta place auprès de Dieu à l’aune de ta place auprès des hommes.
Ils rapportent alors que Saʿd se mit en route vers l’Irak à la tête de quatre mille hommes : trois mille venant du Yémen et mille d’autres contrées. Certains ont avancé le chiffre de six mille. ʿUmar les accompagna depuis Ṣirār jusqu’à al-Aʿwāṣ(1). Là, ʿUmar prit la parole et déclara :
« En vérité, Dieu vous propose des paraboles et varie les propos afin que, par elles, les cœurs revivent ; car les cœurs sont morts dans les poitrines jusqu’à ce que Dieu leur rende la vie. Que celui qui détient un savoir en profite. La justice possède des signes et des signes annonciateurs. Parmi ses signes figurent la pudeur, la générosité, la douceur et la souplesse, et parmi ses signes annonciateurs se trouve la miséricorde. Dieu a fait pour chaque chose une porte, et pour chaque porte un moyen de l’ouvrir. La porte de la justice est la réflexion, et sa clé est l’ascèse (zuhd). La réflexion consiste à se rappeler la mort et à se préparer en offrant ses biens. Quant à l’ascèse, elle est le fait de prendre son dû de chacun et de se satisfaire du strict nécessaire, car si le strict nécessaire ne suffit pas à un homme, rien ne pourra jamais l’enrichir.
Je me tiens entre vous et Dieu, et il n’existe personne entre Lui et moi. Dieu m’a chargé de détourner de Lui l’appel (de détresse) qui Lui est adressé. Déposez donc vos plaintes auprès de nous ; et si vous ne le pouvez pas, adressez-vous à qui peut nous les transmettre, afin que nous rendions justice sans hésiter. »
Après quoi, Saʿd se dirigea vers l’Irak, tandis que ʿUmar retourna à Médine avec ceux qui l’accompagnaient parmi les musulmans. Lorsque Saʿd parvint près du fleuve Zarūd, il ne lui restait plus qu’une courte distance pour rejoindre al-Muthannā ibn Ḥāritha, chacun aspirant à retrouver l’autre. Toutefois, la blessure qu’al-Muthannā avait subie lors de la bataille du Pont se rouvrit, et il mourut — que Dieu lui fasse miséricorde et l’agrée. Il désigna Bashīr ibn al-Khaṣāṣiyya pour diriger l’armée en son absence. Lorsque la nouvelle de sa mort parvint à Saʿd, celui-ci invoqua la miséricorde divine pour lui, puis épousa sa veuve, Salmā.
Lorsque Saʿd arriva au campement des armées, les rênes du commandement lui revinrent. Il ne subsista plus nul chef notable parmi les Arabes en Irak qui ne fût sous son autorité, et ʿUmar le renforça par de nouveaux contingents. Ainsi, lors de la bataille d’al-Qādisiyya(5), ses troupes atteignirent trente mille hommes, voire trente-six mille selon certains.
ʿUmar déclara : « Par Dieu, je lancerai les rois de l’Arabie contre les rois de la Perse. » Il écrivit à Saʿd pour lui ordonner d’établir des émirs sur chaque tribu, et de désigner, pour chaque groupe de dix hommes(6), un ‘arīf (chef de groupe) au sein de l’armée, en leur donnant rendez-vous à al-Qādisiyya. Saʿd se conforma aux directives : il désigna les chefs de groupe, plaça des émirs sur les tribus, et nomma des responsables pour l’avant-garde, les positions principales, les deux ailes, l’arrière-garde, les fantassins et les cavaliers, conformément aux instructions du Commandeur des Croyants, ʿUmar.
Selon le récit de Sīf(7) par la chaîne de ses maîtres, ʿUmar nomma ensuite ʿAbd al-Raḥmān ibn Rabīʿa al-Bāhilī comme juge (qâḍî) auprès des troupes.