Il quitta Médine et s’arrêta près d’un point d’eau appelé « Ṣirâr ». Là, il établit son camp, résolu à aller en Irak en personne. Il laissa Ali ibn Abi Tâlib comme gouverneur de Médine et emmena avec lui ‘Uthmân ibn ‘Affân ainsi que les notables parmi les Compagnons. Ensuite, il convoqua un conseil pour consulter les Compagnons sur l’entreprise qu’il projetait, et on proclama : « La prière est un rassemblement ! » (as-salât jâmi‘a). Il fit appeler Ali depuis Médine, puis se consulta avec eux, et tous approuvèrent son intention de partir en Irak, à l’exception de ‘Abd ar-Raḥmân ibn ‘Awf, qui lui dit : « Je crains que, si tu subis un revers, les musulmans s’en trouvent affaiblis dans toutes les contrées. Je pense donc qu’il vaut mieux que tu envoies quelqu’un et que tu retournes, quant à toi, à Médine. » ‘Umar et tous ceux qui étaient présents en furent peinés, mais ils jugèrent sage l’avis d’ibn ‘Awf.
‘Umar demanda alors : « Qui suggères-tu d’envoyer en Irak ? » Ibn ‘Awf répondit : « Je l’ai trouvé. » — « De qui s’agit-il ? » lui demanda ‘Umar. Il répliqua : « Du lion dans son antre : Sa‘d ibn Mâlik az-Zuhri. » ‘Umar apprécia ce choix, fit venir Sa‘d, le nomma à la tête de l’armée destinée à l’Irak et lui adressa ses recommandations en ces termes :
« Ô Sa‘d ibn Wahib, que le fait d’être appelé “l’oncle maternel du Messager de Dieu (ﷺ) et son Compagnon” ne te trompe pas. En effet, Dieu n’efface pas le mal par un autre mal, mais Il efface le mal par la bonne action. Et Dieu n’a de lien de parenté avec personne, si ce n’est par l’obéissance envers Lui. Ainsi, qu’ils soient nobles ou humbles, tous les hommes sont égaux devant Dieu, leur Seigneur, et ils ne se distinguent que par la piété ; ils n’obtiennent ce qui est auprès de Dieu que par l’obéissance. Réfléchis à ce que tu as vu du Messager de Dieu (ﷺ) depuis qu’il fut envoyé jusqu’au moment où il nous quitta : reste fermement attaché à cette voie, car c’est la bonne direction. Voilà mon conseil pour toi : si tu l’abandonnes et que tu t’en détournes, ton œuvre sera vaine et tu compteras parmi les perdants. »
Au moment de le quitter, il lui dit encore : « Tu t’apprêtes à faire face à une tâche ardue. Fais donc preuve de patience devant ce qui t’atteindra et t’éprouvera : tu y trouveras la crainte de Dieu (taqwâ). Sache que la crainte de Dieu repose sur deux choses : Lui obéir et éviter de Lui désobéir. Or, celui qui obéit à Dieu le fait par aversion pour ce bas-monde et par amour pour l’au-delà, tandis que celui qui Le désobéit demeure attaché à ce bas-monde et déteste l’au-delà. Les cœurs ont des réalités que Dieu fait naître : certaines relèvent de l’intériorité, d’autres de l’extériorité. Quant à l’extériorité, elle consiste à traiter de la même manière, en toute vérité, la louange et le blâme. Quant à l’intériorité, on la reconnaît à l’apparition de la sagesse que porte le cœur sur la langue et à l’amour des gens. Mais en ce qui concerne l’amour des gens, alors non… »