Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

La bataille de Buwayb, au cours de laquelle les musulmans prirent leur revanche sur les Perses. Lorsque les chefs perses en eurent vent et qu’ils apprirent l’importance des armées d’al-Muthannā, ils envoyèrent une nouvelle armée sous les ordres d’un homme nommé Mihrān. Ils se retrouvèrent ainsi tous à un endroit appelé « al-Buwayb »(1), proche du site actuel de Koufa, avec l’Euphrate qui les séparait.

Ils dirent alors : « Soit vous traversez vers nous, soit nous traversons vers vous. » Les musulmans répondirent : « Traversez plutôt vers nous. » Les Perses passèrent donc de leur côté, et ils se défendirent mutuellement. Cela eut lieu au cours du mois de Ramaḍān. Al-Muthannā ordonna alors aux musulmans de rompre leur jeûne, et ils y consentirent tous afin d’être plus forts. L’armée fut disposée pour la bataille, tandis qu’il passait devant chaque bannière, celles des émirs et de leurs tribus, pour les exhorter au jihād, à la patience et au silence. Parmi eux se trouvait Jarīr ibn ʿAbd Allāh al-Bajalī, accompagné d’un groupe de notables musulmans.

Al-Muthannā leur dit : « Je vais prononcer trois takbīr, préparez-vous. Lorsque j’élèverai la quatrième, lancez l’assaut. » Ils répondirent avec obéissance et acceptation. Lorsque résonna le premier takbīr, l’armée perse les devança et chargea jusqu’au corps-à-corps. Ils engagèrent alors un combat acharné. Al-Muthannā remarqua une brèche dans une de ses unités et envoya un émissaire leur dire : « L’émir vous passe le salut et vous dit : ‘Ne couvrez pas les Arabes de honte en ce jour.’ » Ils se ressaisirent alors. Voyant cela, et qu’il s’agissait des Banū ʿAjl, il en fut satisfait et sourit.

Al-Muthannā appela ensuite : « Ô musulmans, reprenez vos habitudes, soutenez la cause de Dieu afin qu’Il vous accorde la victoire. » Al-Muthannā et les musulmans invoquèrent le secours et le triomphe divins. Comme la bataille s’éternisait, al-Muthannā réunit un groupe de compagnons valeureux pour protéger ses arrières, puis il chargea directement Mihrān et le repoussa de sa position, pénétrant ainsi dans le flanc droit de l’armée ennemie. Un jeune serviteur chrétien issu des Banū Taghlib porta alors un coup fatal à Mihrān et s’empara de sa monture, d’après le récit de Sīf ibn ʿUmar(3).

Selon Muḥammad ibn Isḥāq, c’est plutôt al-Mundhir ibn Ḥassān ibn Ḍirrār al-Ḍabbī qui le chargea et le transperça, avant que Jarīr ibn ʿAbd Allāh al-Bajalī ne lui tranche la tête(4). Tous deux se disputèrent son butin : Jarīr prit ses armes et al-Mundhir sa ceinture. Les Mages (zoroastriens) prirent alors la fuite et les musulmans les poursuivirent sans relâche. Al-Muthannā se hâta vers le pont pour empêcher les Perses de s’enfuir, permettant ainsi aux musulmans de continuer la poursuite ce jour-là et la nuit suivante, jusqu’à ceux qui s’étaient enfuis au loin à la faveur de l’obscurité.

On rapporte qu’environ cent mille hommes des rangs perses furent tués ou noyés ce jour-là, louange et gratitude à Dieu. Les musulmans amassèrent un butin et des provisions considérables, et envoyèrent à ʿUmar (qu’Allah l’agrée) l’heureuse nouvelle et le cinquième de ces prises. Toutefois, de nombreux notables musulmans périrent également lors de cette bataille. Grâce à cet affrontement, les Perses furent humiliés et les Compagnons purent mener des raids sur leurs territoires, entre l’Euphrate et le Tigre, s’emparant d’un butin immense qu’il serait impossible de dénombrer. C’est ainsi que les événements se déroulèrent.

(1) Dans l’édition al-Buyaïthī, c’est une altération. Al-Buwayb est une rivière en Irak, lieu de Koufa, où eut lieu une bataille durant les conquêtes entre les musulmans et les Perses. Voir Muʿjam al-Buldān (1/512). (2) Dans l’Histoire de Ṭabarī (3/465) : ils les mélangèrent. (3) Histoire de Ṭabarī (4/466). (4) Dans l’Histoire de Ṭabarī : son arme. Le terme as-salb (avec la vocalisation) signifie « ce qui est enlevé ». Voir al-Qāmūs (s-l-b).
وقْعةُ البُوَيْبِ التي اقْتَصَّ فيها المسلمون من الفرس فلما سمعَ بذلك أمراءُ الفرس، وبكثرةِ جيوشِ المُثَنَّى، بعثوا إليه جيشًا آخر مع رجلٍ يقال له مِهْران فتوافَوْا هم وإياهم بمكان يُقال له: "البُوَيْب" (١) قريب من مكانِ الكوفةِ اليوم وبينهما الفرات. فقالوا: إما أن تعبروا إلينا، أو نعبر إليكم. فقال المسلمون: بل اعبروا إلينا. فعبرتِ الفرسُ إليهم فتوافقوا، وذلك في شهرِ رمضان. فعزمَ المُثَنَّى على المسلمين في الفطر فأفطروا عن آخرهم ليكون أقوى لهم، وعُبي الجيش، وجعلَ يمرُّ على كلِّ رايةٍ من راياتِ الأمراءَ على القبائلِ ويعظهم ويحثُّهم على الجهاد والصبر والصمت. وفي القوم جرير بن عبد الله البجلي في بَجِيلة وجماعة من سادات المسلمين. وقال المثنى لهم: إني مُكَبِّر ثلاثَ تكبيرات فتهيَّؤوا، فإذا كَبَّرْتُ الرابعةَ فاحملوا. فقابلوا قوله بالسمع والطاعة والقبول. فلما كبَّر أولَ تكبيرة عاجلتهم الفرس فحملوا حتى غالقوهم (٢) ، واقتتلوا قتالًا شديدًا، ورأى المُثَنّى في بعض صفوفه خللًا، فبعث إليهم رجلًا يقول: الأمير يقرأ عليكم السلام ويقول لكم: لا تفضحوا العرب اليوم فاعتدلوا. فلما رأى ذلك منهم - وهم بنو عجل - أعجبه وضحك. وبعث إليهم يقول: يا معشر المُسلمين عاداتكم، انصروا الله ينصركُمْ. وجعلَ المُثَنّى والمسلمون يدعون اللهَ بالظَّفَر والنصر. فلما طالت مدة الحرب جمع المُثَنّى جماعة من أصحابه الأبطال يحمون ظهره، وحمل على مِهران فأزاله عن موضعه حتى دخل الميمنةَ، وحمل غلامٌ من بني تغلب نصراني فقتلَ مِهْران وركب فرسه. كذا ذكره سيف بن عمر (٣) . وقال محمد بن إسحاق: بل حمل عليه المُنْذِر بن حسَّان بن ضرار الضّبّي فطعنه واحتزَّ رأسه جرير بن عبد الله البجلي، واختصما في سَلَبِهِ (٤) ، فأخذ جرير السلاح، وأخذ المنذر مِنْطقته. وهربتِ المجوسُ وركبَ المسلمون أكتافهم يفصلونهم فصلًا. وسبق المثنى بن حارثة إلى الجسر فوقف عليه ليمنعَ الفرسَ من الجواز عليه ليتمكَّن منهم المسلمون. فركبوا أكتافَهم بقيةَ ذلك اليوم وتلك الليلة، ومن أبعد إلى الليل، فيُقال: إنه قتل منهم يومئذ، وغرق قريبٌ من مئة ألفِ، ولله الحمد والمنة. وغنمَ المسلمون مالًا جزيلًا وطعامًا كثيرًا، وبعثوا بالبشارة والأخماس إلى عمر (رضي الله عنه) . وقد قُتل من سادات المسلمين في هذا اليوم بَشَرٌ كثيرٌ أيضًا. وذلَّتْ لهذه الوقعة رقابُ الفُرْس وتمكن الصحابةُ من الغارات في بلادهم فيما بين الفرات ودجلة، فغنموا شيئًا عظيماَ لا يمكن حصره. وجرت
(١) في ط: البويث، تحريف. والبويب: نهر كان بالعراق موضع الكوفة، كان عنده وقعة أيام الفتوح بين المسلمين والفرس. معجم البلدان (١/ ٥١٢). (٢) في تاريخ الطبري (٣/ ٤٦٥): خالطوهم. (٣) تاريخ الطبري (٤/ ٤٦٦). (٤) في تاريخ الطبري: سلاحه. والسَّلَبُ - بالتحريك - ما يسلب. القاموس (سلب).

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