Il ne restait plus que la victoire sur les Perses : leur force s’affaiblit, leur élan s’éteignit et ils s’en allèrent en tournant le dos. Les Perses se mirent alors à leur poursuite, tuant un grand nombre d’hommes et dispersant les rangs (ce fut une situation critique). Ils parvinrent au pont, où certains arrivèrent à passer. Puis le pont se rompit, si bien que les Perses purent s’emparer de ceux qui se trouvaient encore de l’autre côté ; ils tuèrent parmi les musulmans et près de quatre mille se noyèrent dans l’Euphrate. « Nous sommes à Dieu et c’est à Lui que nous retournons. »
Al-Mouthannâ ibn Hâritha se dirigea ensuite vers le pont par lequel ils étaient venus. Lorsque les troupes musulmanes s’étaient enfuies, certains s’étaient jetés dans l’Euphrate et s’y étaient noyés. Alors, Al-Mouthannâ s’écria : « Ô gens, calmez-vous ! Je me tiens à l’entrée du pont et ne le franchirai pas tant que personne ne sera resté de ce côté-ci. » Lorsqu’il eut fait traverser les rescapés de l’autre côté, Al-Mouthannâ se mit en marche, puis il installa son camp à la première halte. Il veillait lui-même à la garde des troupes, aidé par les valeureux parmi les musulmans ; la plupart étaient blessés et à bout de forces. Certains, égarés, s’enfoncèrent dans le désert sans qu’on sût où ils étaient partis ; d’autres rentrèrent à Médine, affolés.
C’est ‘Abd Allâh ibn Zayd ibn ‘Âsim al-Mâzinî qui alla porter la nouvelle à ‘Umar ibn al-Khattâb et le trouva sur le minbar (la chaire). Alors ‘Umar lui demanda : « Quelle nouvelle apportes-tu, ô ‘Abd Allâh ibn Zayd ? » Il répondit : « Ô Commandeur des croyants, je t’apporte la vérité même. » Le messager monta ensuite vers lui et lui livra la nouvelle en privé. On rapporte également que le premier à apporter la nouvelle du sort des musulmans fut ‘Abd Allâh ibn Yazîd (1) ibn al-Husayn al-Khatmî (2). Dieu sait mieux.
Selon Saïf ibn ‘Umar, cette bataille eut lieu au mois de Sha‘bân de l’an treize (de l’Hégire), quarante jours après la bataille d’al-Yarmouk. Dieu sait mieux.
Les musulmans se rallièrent les uns aux autres, et certains s’enfuirent jusqu’à Médine. Toutefois, ‘Umar ne leur adressa aucun reproche, et déclara : « Je suis votre butin. » Dieu occupa alors les mages (Perses) en les troublant par l’affaire de leur roi (3) : en effet, les habitants d’al-Madâ’in (Ctésiphon) se révoltèrent contre Rostam, le destituèrent, puis le rétablirent tout en lui adjoignant Fayrouzân. Divisés en deux factions, les Perses partirent alors pour al-Madâ’in, et Al-Mouthannâ ibn Hâritha, accompagné de quelques musulmans, les rattrapa. Deux de leurs chefs, à la tête d’une armée, vinrent à sa rencontre ; il les captura, prit avec eux un grand nombre de prisonniers et fit trancher leurs cous. Al-Mouthannâ envoya ensuite des demandes de renfort aux chefs musulmans présents en Irak ; ils lui envoyèrent des troupes supplémentaires, tandis que ‘Umar ibn al-Khattâb dépêchait un important contingent qui comptait notamment Jarîr ibn ‘Abd Allâh al-Bajalî avec tout son clan Bajîlah, ainsi que d’autres notables musulmans, jusqu’à ce que son armée fût nombreuse.