Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Ils acquirent ainsi de nombreux biens – louange à Dieu et reconnaissance pour Ses bienfaits – et mirent en déroute Jalînûs, venu soutenir Jâbân. Ils s’emparèrent de son armée et de ses richesses, le contraignant à fuir vers les siens dans l’humiliation et la honte.

La bataille du pont d’Abû ‘Ubayd et la mise à mort de l’émir des musulmans ainsi que de nombreux autres parmi eux :

Lorsque Jalînûs revint en fuyant après ce qu’il avait subi de la part des musulmans, les Perses se mirent à se blâmer mutuellement. Ils se réunirent auprès de Rustum, qui dépêcha vers eux une armée considérable sous le commandement de Dhâ-l-Hâjib, « Bahman Jâdhûyeh » (3). Il lui remit l’étendard d’Afrîdûn, appelé Dirafsh Kâyân, dont les Perses tiraient bon augure. Ils emportèrent aussi la bannière de Kisrâ, faite de peaux de tigres, large de huit coudées. Ils arrivèrent face aux musulmans, séparés par un fleuve sur lequel se trouvait un pont.

Ils lancèrent alors cet ultimatum : « Ou bien vous traversez vers nous, ou bien nous traversons vers vous. » Les musulmans dirent à leur émir, Abû ‘Ubayd : « Ordonne-leur de venir à nous. » Il répondit : « Ils ne sont pas plus téméraires face à la mort que nous. » Il se précipita donc vers eux, et ils se retrouvèrent tous dans un espace exigu. Un violent combat, d’une intensité jamais vue, s’ensuivit. Les musulmans, environ dix mille, faisaient face à une armée perse soutenue par un grand nombre d’éléphants porteurs de clochettes, destinées à effrayer les chevaux des musulmans. À chaque assaut de ces bêtes, les montures prenaient la fuite pour échapper aux éléphants et au bruit des clochettes. Seuls quelques chevaux, contraints péniblement, tenaient bon. Lorsque les musulmans s’élançaient à l’attaque, leurs chevaux refusaient d’avancer sur les éléphants. De leur côté, les Perses criblaient de flèches les hommes d’Abû ‘Ubayd, causant de lourdes pertes dans leurs rangs. Malgré cela, les musulmans tuèrent six mille ennemis.

Abû ‘Ubayd ordonna alors aux musulmans de s’en prendre d’abord aux éléphants. Ils les encerclèrent et les abattirent jusqu’au dernier. Or, les Perses avaient mis en avant un éléphant blanc de grande taille. Abû ‘Ubayd s’avança pour le frapper de son sabre et lui trancha la queue (5). L’éléphant, furieux, poussa un cri terrible, chargea et écrasa Abû ‘Ubayd sous ses pattes, le tuant sur le coup en restant planté sur lui. Le successeur d’Abû ‘Ubayd, désigné par ses dispositions, se rua à son tour sur l’éléphant et fut tué. Il en alla de même pour le suivant, puis encore un autre, jusqu’à ce que sept hommes de Thaqîf, nommés par Abû ‘Ubayd pour lui succéder l’un après l’autre, tombent ainsi. Finalement, le commandement revint à al-Muthannâ ibn Hâritha, conformément aux dernières volontés d’Abû ‘Ubayd.

Par ailleurs, Dawmah, l’épouse d’Abû ‘Ubayd, avait fait un songe (6) qui annonçait exactement ce qui advint. Quand les musulmans furent témoins de ces événements, ils s’affaiblirent et… (le texte s’interrompt ici).

(1) Ceci est la première expression de la feuille (173 et 174) sur laquelle les lettres et les mots ne sont pas lisibles à cause de l'encre. (2) Les polythéistes se sont reprochés mutuellement : c’est-à-dire qu’ils se sont blâmés pour avoir manqué une occasion, et cela peut aussi signifier qu’ils se sont incités à combattre. Voir al-Lisān : « ذمر ». (3) Dans la tradition : avec un chuchotement « حادويه ». Ce passage se trouve également chez al-Ṭabarī (3/454) et Ibn al-ʿAthīr (2/438). (4) « احتوش القوم على فلان » : ils l’ont placé au milieu d’eux. Voir al-Lisān : « حوش ». (5) Je ne l’ai pas trouvé dans les livres de langue, et dans « Tāj al-ʿArūs » : « زلم أنفه » signifie qu’il l’a coupé ; « ازدلم أنفه » signifie qu’il l’a arraché ; et « ازدلم رأسه » qu’il l’a tranché. Dans la narration d’al-Ṭabarī (3/457) : « مِشفره ». (6) Dawmā, femme d’Abū ʿUbayd, a vu un homme descendre du ciel avec un récipient contenant une boisson, destinée à la guerre d’Abū ʿUbayd, et un secours pour certains membres de sa famille. Elle en informa Abū ʿUbayd qui dit : ceci est le témoignage et la promesse d’Abū ʿUbayd aux gens. Il dit : « Si je suis tué, la réparation incombera aux gens ; si le tueur est tué, alors ce sera à vous, untel, jusqu’à ce que ceux qui ont bu de ce récipient témoignent d’allégeance ». Puis il ajouta : « Si Abū al-Qāsim est tué, la responsabilité incombera à al-Muthannā ». Reporté par al-Ṭabarī (3/456).
الأموال (١) الجزيلةَ ولله الحمد والمنة، وكسروا الجالينوس الذي جاء لنصرة جابان وغنموا جيشه وأمواله، وكرَّ هاربًا إلى قومه حقيرًا ذليلًا. وقعة جسر أبي عُبَيْدٍ ومَقْتلُ أمير المُسلمين وخلق كثير منهم لما رجع الجالينوس هاربًا مما لقي من المسلمين تذامرت (٢) الفرس بينهم واجتمعوا إلى رستم فأرسل جيشًا كثيفًا عليهم ذا الحاجب "بَهْمَن (٣) جاذويه" وأعطاه راية أفريدون وتسمى دِرفْش كابيان، وكانت الفرس تتيمَّن بها. وحملوا معهم راية كسرى وكانت من جلودِ النمور، عرضُها ثمانية أذرع. فوصلوا إلى المسلمين وبينهم النهر وعليه جسر، فأرسلوا: إما (أن) تعبروا إلينا وإما أن نعبر إليكم. فقال المسلمون لأميرهم أبي عبيد: أُؤْمُرْهُمْ فليعبروا هم إلينا. فقال: ما هُم بأجرأ على الموت منّا، ثم اقتحمَ إليهم فاجتمعوا في مكانٍ ضيّقٍ هنالك، فاقتتلوا قتالًا شديدًا لم يعهدْ مُثْله، والمسلمون في نحو من عشرة آلاف، وقد جاءت الفرسُ معهم بأفيلةٍ كثيرةٍ عليها الجلاجلُ، قائمة لتذعر خيولَ المسلمين، فجعلوا كلما حملوا على المسلمين فرَّت خيولُهم من الفيلةِ ومما تَسْمعُ من الجلاجل التي عليها، ولا يثبت منها إلا القليل على قسْر، وإذا حمل المسلمون عليهم لا تقدم خيولُهم على الفيلة، وَرَشَقَتْهُم الفرسُ بالنبل، فنالوا منهم خلقًا كثيرًا وقتلَ المسلمون منهم مع ذلك ستةَ آلاف. وأمر أبو عُبَيْد المسلمين أن يقتلوا الفيلة أولًا، فاحتوشوها (٤) فقتلوها عن آخرها، وقد قدَّمتِ الفرسُ بين أيديهم فيلًا عظيمًا أبيض، فتقدَّم إليه أبو عُبيد فضربَهُ بالسيف فقطع ذلومه (٥) فحمي الفيل، وصاح صيحةً هائلةً وحمل فتخبطه برجليه فقتله ووقفَ فوقه، فحمل على الفيل خليفة أبي عبيد الذي كان أوصى أن يكون أميرًا بعده فقتل، ثم آخر، ثم آخر، حتى قتل سبعة من ثقيف كان قد نصَّ أبو عُبيد عليهم واحدًا بعد واحد، ثم صارت إلى المُثنَّى بن حارثة بمُقْتضى الوصية أيضًا. وقد كانت دَوْمةُ امرأةُ أبي عبيد رأت منامًا (٦) يدل على ما وقع سواء بسواء. فلما رأى المسلمون ذلك وَهَنوا عند ذلك، ولم يكن
(١) هذه أول لفظة من الورقة (١٧٣ و ١٧٤) التي لا تبين فيها الحروف والكلمات بسبب الحبر. (٢) تذامر المشركون: أي تلاوموا على ترك الفرصة، وقد تكون بمعنى تحاضوا على القتال. اللسان "ذمر". (٣) في ط: بهمس حادويه. وما هنا عن أو الطبري (٣/ ٤٥٤) وابن الأثير (٢/ ٤٣٨). (٤) احتوش القوم على فلان: جعلوه وسطهم. اللسان (حوش). (٥) لم أجدها في كتب اللغة، وفي "تاج العروس": زلم أنفه: إذا قطعه، وازدلم أنفه: استأصله، وازدلم رأسه: قطعه. - ورواية الطبري (٣/ ٤٥٧): مِشفره -. (٦) رأت دَوْمة - امرأة أبي عبيد - أن رجلًا نزل من السماء بإناءٍ فيه شراب لحرب أبو عبيد وجَبْر في أناس من أهله، فأخبرت بها أبا عيد فقال: هذه الشهادة، وعهد أبو عبيد إلى الناس، فقال: إن قتلت فعلى الناس جبر، فإن قتل فعليكم فلان حتى أمَّر الذين شربوا من الإناء على الولاء من كلامه. ثم قال: إن قتل أبو القاسم فعليكم المثنى. الطبري (٣/ ٤٥٦).

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