Celui qui l’avait capturé l’avait finalement relâché, mais les musulmans s’en emparèrent et refusèrent de le libérer, en disant : « C’est l’émir ! » Ils l’emmenèrent donc auprès d’Abou ‘Ubaid et déclarèrent : « Tue-le, car il est l’émir ! » Il répondit : « Même s’il est l’émir, je ne le tuerai pas, car un homme parmi les musulmans lui a accordé sa protection. »
Par la suite, Abou ‘Ubaid poursuivit (1) ceux qui avaient fui. Ces derniers s’étaient réfugiés dans la ville de Kaskar (2), possédée par le cousin maternel de Kisra, nommé Narsi. Celui-ci leur apporta son aide pour combattre Abou ‘Ubaid, mais ce dernier les vainquit (3), s’empara de nombreux biens et d’importantes provisions, louange à Dieu. Il envoya le cinquième de ce qu’il avait saisi en richesses et en vivres à ‘Oumar ibn al-Khattab à Médine.
À ce propos, un homme parmi les musulmans (4) composa les vers suivants (mètre at-ṭawīl) :
« Par ma vie, et ma vie n’est point pour moi chose négligeable,
ils se sont réveillés dans la honte, ô habitants de an-Namâriq,
sous la main d’hommes ayant émigré vers leur Seigneur,
les traquant depuis Durta (5) jusqu’à Bâriq (6).
Nous les avons tués de la plaine fortifiée (7)
jusqu’aux confins de al-Hawâfî (8) sur la route de l’assaut (9). »
Ils se rencontrèrent alors en un lieu situé entre Kaskar et as-Saqâṭiyya (10). Narsi occupait l’aile droite et, à sa gauche, se tenaient ses deux cousins Bindowayh et Tîrawayh (11), fils de Nizhâm (12). Rostam avait fourni des troupes sous le commandement de al-Jâlînous (13). Lorsque cette nouvelle parvint à Abou ‘Ubaid, il précipita l’affrontement avec Narsi avant leur arrivée ; ils livrèrent alors un rude combat, et les Perses furent défaits. Narsi et al-Jâlînous s’enfuirent à al-Madâ’in, après une bataille opposant Abou ‘Ubaid à al-Jâlînous en un lieu nommé Barousamâ.
Abou ‘Ubaid dépêcha ensuite al-Muthannâ ibn Hâritha et d’autres détachements vers les confins de cette région, tels que le fleuve Nahr Jor (14) et ses environs, qu’ils réussirent à soumettre par traité ou par la force. Ils imposèrent la jizya et le kharâj et s’emparèrent de butin.