Le Véridique (as-Siddîq) avait ordonné à ʿUmar de mobiliser les gens pour combattre les habitants de l’Irak. Lorsque as-Siddîq mourut et fut enterré dans la nuit du mardi, ʿUmar se leva le matin, appela les gens et les exhorta à combattre les habitants de l’Irak ; il les stimula et les encouragea à rechercher la récompense (divine) pour ce combat. Cependant, personne ne se présenta, car les gens répugnaient à affronter les Perses en raison de leur grande puissance et de la violence de leurs combats. Puis il renouvela l’appel le deuxième jour et le troisième jour, sans qu’aucun ne réponde.
(1) Al-Muthannā ibn Ḥāritha prit alors la parole de façon éloquente et expliqua ce que Dieu – Exalté soit-Il – avait accordé comme conquêtes entre les mains de Khālid, s’agissant de la majeure partie du territoire irakien, de ses biens, de ses propriétés, de ses fournitures et de ses provisions. Pourtant, personne ne se présenta non plus le troisième jour.
Au quatrième jour, le premier à répondre à l’appel parmi les musulmans fut Abū ʿUbayd ibn Masʿūd ath-Thaqafī, puis d’autres le suivirent. ʿUmar commanda à un groupe d’habitants de Médine de partir et nomma Abū ʿUbayd comme chef suprême, bien qu’il ne fût pas Compagnon (du Prophète). On dit alors à ʿUmar : « Pourquoi ne mets-tu pas à leur tête un homme faisant partie des Compagnons ? » Il répondit : « Je ne donne le commandement qu’à celui qui a répondu le premier à mon appel. Vous avez certes devancé les autres (communautés) en soutenant cette religion, et voilà que cet homme vous a devancés aujourd’hui. »
(2) Puis ʿUmar exhorta Abū ʿUbayd, l’encourageant particulièrement à la crainte de Dieu (taqwā) et à bien traiter les musulmans qui l’accompagnaient. Il lui ordonna de consulter les Compagnons du Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui), ainsi que Salīṭ ibn Qays, homme expérimenté dans l’art de la guerre. Les musulmans partirent donc pour l’Irak, au nombre de sept mille hommes. ʿUmar écrivit à Abū ʿUbayda pour qu’il envoie depuis l’Irak tous ceux qui y étaient déjà venus avec Khālid ; il en équipa dix mille sous le commandement de Hāshim ibn ʿUtba, et dépêcha également Jarīr ibn ʿAbd Allāh al-Bajalī à la tête de quatre mille hommes en Irak. Celui-ci arriva à al-Kūfa, en sortit, puis rencontra Haraqrān al-Madār : il le tua, mit son armée en déroute, et la plupart des soldats ennemis se noyèrent dans le Tigre.
Lorsque les musulmans arrivèrent en Irak, ils trouvèrent les Perses en pleine confusion quant au choix de leur souverain. Finalement, ils élevèrent sur le trône Būrān (3), la fille de Chosroès, après avoir tué celle qui régnait auparavant, Āzar-midokht. Būrān confia la gestion du royaume, pendant dix ans, à un certain Rustom (fils de Farrukhzād), pour qu’il se chargeât de la guerre, jusqu’à ce que la royauté revînt à Chosroès. Rustom accepta ; or il était astrologue, maîtrisant parfaitement l’observation et la science des astres. On lui demanda : « Qu’est-ce qui t’a poussé à cela, étant donné que tu sais que cette affaire n’aboutira pas en ta faveur ? » Il répondit : « L’avidité et l’amour des honneurs. »
La bataille d’an-Namāriq
Rustom envoya un émir appelé Jābān, ayant sous ses ordres deux commandants postés aux ailes. L’un s’appelait Ḥashnas Māh et l’autre, Mardānshāh, un eunuque grand chambellan des Perses. Ils affrontèrent Abū ʿUbayd à un endroit nommé an-Namāriq (4), situé entre al-Ḥīra et al-Qādisiyya. Al-Muthannā ibn Ḥāritha était à la tête de la cavalerie et ʿAmr ibn al-Haytham sur l’aile gauche. Ils engagèrent un dur combat, puis Dieu infligea une défaite aux Perses. Jābān et Mardānshāh furent faits prisonniers. Quant à Mardānshāh, il fut tué par celui qui l’avait capturé, alors que Jābān trompa son geôlier