Dans [as-Saffât : 99-113], Dieu – Exalté soit-Il – mentionne, à propos de Son ami intime (Khalîl) Abraham (Ibrâhîm) – que la paix soit sur lui –, que lorsqu’il émigra de la terre de son peuple, il invoqua son Seigneur afin qu’Il lui accorde un enfant vertueux. Dieu – Exalté soit-Il – lui annonça alors la bonne nouvelle d’un fils indulgent et doux : Ismaël – que la paix soit sur lui –, car il fut le premier à naître alors qu’Abraham avait quatre-vingt-six ans. À ce sujet, il n’existe aucune divergence parmi les adeptes des différentes confessions, puisqu’il était son premier-né, son aîné.
Dieu – Exalté soit-Il – dit : « Lorsqu’il fut en âge de l’accompagner [dans la vie active] » [as-Saffât : 102], c’est-à-dire qu’il grandit et se mit à prendre part aux affaires de son père. Mujâhid (1) a dit à ce propos : « Il parvint à l’âge où il pouvait voyager et fut capable de réaliser ce que son père entreprenait comme activités et travaux. »
À ce moment-là, Abraham – que la paix soit sur lui – vit en songe qu’il recevait l’ordre de sacrifier son fils. Selon un hadith rapporté par Ibn ‘Abbâs et remontant jusqu’au Prophète (2), « la vision des prophètes est une révélation ». C’est également l’avis d’Ubayd ibn ‘Umayr (3).
Il s’agissait là d’une mise à l’épreuve divine : Abraham devait sacrifier cet enfant précieux qui lui était né alors qu’il était déjà avancé en âge. Ce même fils avait auparavant été conduit, avec sa mère, dans une vallée désertique et inhabitée, dépourvue de végétation et d’eau, sur l’ordre de Dieu. Abraham s’y soumit, s’en remettant à Dieu et plaçant toute sa confiance en Lui, si bien que Dieu leur accorda un issue favorable et leur procura une subsistance inespérée.
Par la suite, un autre ordre divin lui enjoignit de sacrifier son fils unique, déjà consacré à l’obéissance de Dieu. Abraham s’empressa alors d’obéir, soucieux de suivre le commandement de son Seigneur. Puis il mit son fils au courant de l’ordre divin, afin que ce dernier l’accepte de son plein gré, rendant ainsi l’épreuve moins pénible que s’il avait agi par contrainte. Abraham déclara : « Ô mon fils, je me suis vu en songe en train de te sacrifier ; vois donc [ce que tu en penses] » [as-Saffât : 102]. Le fils, d’un caractère doux et patient, apaisa le cœur de son père, en disant : « Ô mon cher père ! Fais ce qui t’est ordonné ; tu me trouveras, s’il plaît à Dieu, parmi les endurants. » [as-Saffât : 102]. Ces paroles témoignent de la justesse absolue de sa réponse et d’une obéissance parfaite, tant envers son père qu’envers le Seigneur de l’univers.
Dieu – Exalté soit-Il – poursuit : « Puis, lorsqu’ils se furent tous deux soumis [à l’ordre de Dieu], et qu’il l’eut jeté face contre terre… » [as-Saffât : 103]. Certains savants expliquent qu’ils s’étaient tous deux résolus à se conformer à ce commandement. D’autres considèrent qu’il est question ici d’un changement d’ordre dans la formulation, donnant à comprendre qu’Abraham le plongea face contre terre. Selon Ibn ‘Abbâs, Mujâhid, Sa‘îd ibn Jubayr, Qatâda et ad-Dahhâk, Abraham voulut l’égorger par la nuque, pour ne pas avoir à le regarder au moment de l’immolation. D’autres avancent qu’il l’étendit comme on le fait pour les bêtes de sacrifice, de sorte que son front reposait au sol.
Le fait qu’« ils se soumirent » indique qu’Abraham prononça le nom de Dieu et Le glorifia, tandis que son fils se prépara à la mort. As-Suddî et d’autres rapportent qu’il passa la lame sur la gorge de son fils, sans toutefois trancher quoi que ce soit. Il est même dit qu’une plaque de cuivre fut placée entre le couteau et la gorge de l’enfant. Dieu seul en connaît la réalité.
(1) Mujâhid : exégète et savant du Coran.
(2) Hadith rapporté par Ibn ‘Abbâs : « La vision des prophètes est une révélation. »
(3) Ubayd ibn ‘Umayr : l’un des premiers grands érudits de l’islam.