Al-Qaysi (1) rapporte :
(1) Ils dirent : Yazid ibn Abi Sufyân resta à Damas avec sa cavalerie, tandis qu’ils (2) se mirent en route vers Fahl. Les troupes qui se trouvaient dans la région du Ghawr étaient sous le commandement de Sharhabîl ibn Hassana, lequel plaça Khâlid ibn al-Walîd à la tête de l’avant-garde, Abû ‘Ubayda sur l’aile droite, ‘Amr ibn al-‘Âs sur l’aile gauche, Dhirâr ibn al-Azwar à la tête de la cavalerie, et ‘Iyâdh ibn Ghanm sur l’infanterie.
Ils arrivèrent ainsi à Fahl, une localité du Ghawr. Les Romains s’étaient repliés à Baysân et avaient déversé les eaux de ces terres, de sorte qu’elles s’interposaient entre eux et les musulmans. Les musulmans écrivirent alors à ‘Umar pour l’informer de leur résistance face à l’ennemi et de la manœuvre qu’avaient opérée les Romains. Malgré cela, les musulmans vivaient dans l’aisance [raghîd], recevant sans cesse des renforts, et demeuraient sur le qui-vive.
L’émir de cette expédition, Sharhabîl ibn Hassana, veillait chaque nuit et chaque matin à être prêt au combat. Les Romains, estimant les musulmans inattentifs, se mirent en marche en pleine nuit pour les surprendre. Leur chef se nommait Silaqalâb ibn Makhrâq. Ils fondirent ainsi sur les musulmans, lesquels se levèrent d’un seul élan, car ils étaient constamment en alerte. Ils combattirent jusqu’au matin et poursuivirent l’affrontement sans relâche ce même jour jusqu’à la nuit. Quand la nuit tomba, les Romains prirent la fuite et leur chef (Silaqalâb) fut tué. Les musulmans se lancèrent à leurs trousses ; la débandade des Romains les entraîna vers les marais qu’ils avaient eux-mêmes inondés pour piéger les musulmans, et Dieu les y noya. Les musulmans les taillèrent en pièces à la pointe de la lance, au nombre d’environ quatre-vingt mille, si bien que seuls quelques-uns en réchappèrent. Les musulmans remportèrent un butin considérable.
Abû ‘Ubayda et Khâlid s’en retournèrent alors avec leurs armées vers Hims, conformément à l’ordre d’Umar ibn al-Khattâb. Abû ‘Ubayda laissa Sharhabîl ibn Hassana comme lieutenant en Jordanie. Sharhabîl partit avec ‘Amr ibn al-‘Âs pour assiéger Baysân ; les habitants sortirent à leur rencontre et subirent de lourdes pertes. Ils conclurent ensuite la paix aux mêmes conditions que Damas, s’acquittant de la capitation (jizya) et de l’impôt foncier (kharâj) sur leurs terres (6). Abû al-A‘war as-Sulamî traita de la même manière les habitants de Tibériade.
[Chapitre sur (7) ce qu’il advint alors au pays d’Irak]
Nous avons déjà précisé que, lorsque Khâlid partit de l’Irak vers la Syrie avec ceux qui l’accompagnaient, al-Muthannâ ibn Hâritha demeura avec le reste des troupes. Voyant leurs effectifs amoindris, il craignit la force des Perses, n’eût été leur préoccupation à changer rois et reines. Al-Muthannâ attendit en vain des nouvelles de l’imâm as-Siddîq (Abou Bakr), puis il se rendit à Médine et trouva ce dernier aux portes de la mort. Il l’informa de la situation en Irak, et Abou Bakr lui fit alors ses recommandations