Ils assiégèrent aussi la région entre Damas et Homs, en exerçant une forte pression pendant soixante-dix nuits. Certains ont dit que cela dura quatre mois, d’autres six, et d’autres encore quatorze mois. Dieu seul sait ce qui en est.
Les habitants de Damas résistèrent avec la plus grande fermeté, tout en envoyant demander de l’aide à leur roi Héraclius – qui résidait à Homs – afin qu’il leur dépêche des renforts, mais ces derniers ne pouvaient parvenir jusqu’à la ville à cause de Dhu al-Kila‘, qu’Abou ‘Oubaïda (que Dieu l’agrée) avait placé à une nuit de Damas, entre Damas et Homs. Lorsque les Damascènes eurent la certitude qu’aucun soutien ne pourrait arriver, ils désespérèrent(1), perdirent courage et s’affaiblirent, tandis que les musulmans s’endurcissaient et redoublaient de vigueur dans le siège.
L’hiver survint, accompagné d’un froid intense, rendant la situation difficile et les combats pénibles. Alors, par la volonté de Dieu le Très-Grand, le Tout-Puissant, le Maître de la puissance et de la majesté, il advint qu’il naquit un enfant au patrice (gouverneur) de Damas durant ces nuits-là : il organisa alors un banquet et leur fit ensuite boire un breuvage. Ils restèrent chez lui pour la célébration, ayant mangé, bu et pris du bon temps, si bien qu’ils s’endormirent et en oublièrent leurs postes. Khalid ibn al-Walid, quant à lui, ne dormait jamais et n’autorisait personne à dormir : il postait des sentinelles nuit et jour, et disposait de plusieurs espions et émissaires qui lui rapportaient la situation des combattants matin et soir.
Lorsqu’il vit le calme complet sur le rempart cette nuit-là et qu’aucun combat n’y était engagé, il avait déjà préparé des échelles de corde. Il s’approcha avec ses compagnons, ces héros valeureux, tels al-Qa‘qa‘ ibn ‘Amr et Madh‘our ibn ‘Adi, après avoir fait approcher son armée à la porte. Il leur dit : « Quand vous entendrez nos takbîrs sur le rempart, rejoignez-nous. » Ils traversèrent alors le fossé en nageant avec des outres suspendues à leur cou. Ils installèrent les échelles, arrimèrent les sommets aux créneaux, consolidèrent la base à l’extérieur du fossé, puis y grimpèrent. Quand ils parvinrent en haut du rempart, ils poussèrent un grand takbîr, et les musulmans accoururent pour monter grâce aux mêmes échelles. Khalid et ses courageux compagnons descendirent ensuite à l’intérieur du rempart pour attaquer les gardiens des portes, qu’ils supprimèrent. Khalid et ses hommes tranchèrent alors les verrous des portes à coups d’épée et ouvrirent la porte de force, permettant à l’armée de Khalid d’entrer par la porte orientale.
À l’entente du takbîr, les habitants de la ville accoururent en hâte, chacun se précipitant vers son poste sur le rempart, sans comprendre ce qui se passait. Quiconque approchait du côté de la porte orientale se faisait tuer par les compagnons de Khalid. Khalid pénétra dans la localité(3), s’en empara de force et tua quiconque se trouvait sur son chemin. Les habitants de chaque porte allèrent alors solliciter un traité de paix auprès du chef militaire extérieur – les musulmans leur avaient auparavant proposé une mise en commun (mushâtara), qu’ils avaient refusée. À présent, ils acceptèrent. Les autres compagnons ignoraient cependant ce qu’avait fait Khalid. Ils pénétrèrent dans la ville de toutes parts et par toutes les portes, et trouvèrent Khalid en train de tuer les assiégés.
Ils lui dirent : « Nous leur avons accordé la sécurité. » Il répondit : « Pour ma part, je l’ai conquise de force. » Les chefs militaires se réunirent alors au centre de la ville, près de l’église al-Maqsalât, non loin de la ruelle du Rayhân actuelle. Voilà ce qu’ont rapporté Sîf ibn ‘Oumar et d’autres. C’est cela qui est le plus connu : Khalid força la porte et prit la ville par la contrainte.