Ils placèrent d’abord sur le trône sa sœur « Āzarmīdūkht Zanān », mais rien ne s’organisa correctement. Ils mirent alors « Sābūr ibn Shahriyār » au pouvoir et confièrent ses affaires à Farrukhzād ibn al-Binduwān, qui maria Sābūr à la fille de Kisrā, « Āzarmīdūkht ». Celle-ci s’y opposa et dit : « Ce n’est qu’un esclave parmi nos esclaves. » Or, la nuit de ses noces avec elle, ils vinrent l’assassiner, puis ils s’en prirent à Sābūr et le tuèrent également. Ils réinstallèrent alors au pouvoir cette femme, « Āzarmīdūkht », la fille de Kisrā. Les Perses jouèrent de maintes façons avec leur royauté. Finalement, cette même année, leur choix se fixa sur cette femme comme souveraine. Le Messager de Dieu (ﷺ) a dit : « Un peuple qui confie ses affaires à une femme ne prospérera jamais »(1).
Au cours de la bataille évoquée, ʿAbda ibn aṭ-Ṭabīb as-Saʿdī(2) — qui avait émigré pour suivre l’émigration de son épouse, et participa ainsi à la bataille de Babylone —, après s’être vu éconduit par elle, retourna au désert et déclara(3) :
[Sur le mètre al-basīṭ]
« Hāl ḥablu Khawlah baʿda l-bayn mawṣūlun
Am anta ʿanhā baʿīdu d-dāri mashghūlun
Wa li-l-aḥibbati ayyāmun tadhakkaruhā
Wa li-n-nawā qabla yawmi l-bayni taʾwīlun
Ḥallat Khuwailah fī ḥiyyin ʿahidtuhumu
Dūna l-madīnah fīhā d-dīku wa-l-fīlu
Yuqāriʿūna ruʾūsa l-ʿajmi ḍāḥiyatan
Minhu fawārisu lā ʿuzlun wa lā mīlu »
Al-Farazdaq, dans ses poèmes, mentionne par ailleurs le fait que le chef al-Muthannā a tué cet éléphant(6) :
[Sur le mètre at-ṭawīl]
« Wa baytu l-muthannā qātili l-fīli ʿanwatan
Bi-Bābila idh fī Fārisa mulku Bābilī »
Ensuite, al-Muthannā ibn Ḥāritha trouva que les nouvelles d’as-Ṣiddīq tardaient, car ce dernier était occupé à combattre les gens du Shām et se trouvait engagé dans la bataille d’al-Yarmūk, déjà mentionnée. Al-Muthannā quitta donc l’Irak pour se rendre lui-même chez as-Ṣiddīq, laissant pour suppléant à la tête de l’Irak Bashīr ibn al-Khaṣāṣiyyah et nommant Saʿīd ibn Murrah al-ʿIjlī aux postes frontaliers. Lorsqu’al-Muthannā parvint à Médine, il trouva as-Ṣiddīq dans la phase terminale de sa maladie. Or, Abū Bakr avait déjà confié la succession à ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb.
Voyant al-Muthannā, as-Ṣiddīq recommanda à ʿUmar : « Si je meurs, ne laisse pas s’écouler la soirée avant d’appeler la population à partir combattre les gens d’Irak aux côtés d’al-Muthannā. Et si Dieu accorde la victoire à nos émirs en Syrie, renvoie alors auprès d’al-Muthannā ceux qui se trouvaient sous le commandement de Khālid, car ils connaissent le mieux ce front. »
Lorsque as-Ṣiddīq mourut, ʿUmar appela les musulmans à combattre sur le sol irakien, car peu d’hommes y restaient depuis le départ de Khālid ibn al-Walīd. De nombreuses recrues se présentèrent, et il désigna Abū ʿUbaydah ibn Masʿūd comme chef. C’était un jeune homme courageux, qui connaissait bien la guerre et ses ruses.
Voici donc ce qui conclut les récits relatifs à l’Irak jusqu’à la fin du califat d’as-Ṣiddīq et au début de celui d’al-Fārūq.