J’y ai accroché ma sacoche et me suis endormi. Lorsque le matin arriva, je me levai, je fis mes ablutions et je priai l’aube. J’entendis alors la porte de la ville grincer (1). Une fois ouverte, je chargeai le portier, le transperçai de ma lance et le tuai. Je fis demi-tour, poursuivi par l’ennemi. Lorsque nous parvînmes à l’homme qui se trouvait avec mes compagnons sur la route, ils crurent qu’il s’agissait d’une embuscade et rebroussèrent chemin. Nous continuâmes alors pour rejoindre notre autre compagnon. Puis je me rendis auprès d’Abou ‘Ubayda et l’informai de ce que j’avais vu. Abou ‘Ubayda resta sur place pour attendre les instructions de ‘Omar au sujet de Damas. (2) Lorsqu’il reçut la lettre lui ordonnant de s’y diriger, il s’y rendit et l’encercla de toutes parts. Il laissa à la tête du Yarmouk Bouchir ibn Ka‘b, accompagné d’un détachement de cavalerie.
[Une bataille eut lieu en Irak après l’arrivée de Khâlid en Syrie] : en effet, les Perses, après l’assassinat de leur roi et de son fils, s’accordèrent pour placer sur le trône Shahryâr (3), fils d’Azdashîr ibn Shahryâr, et tirèrent profit de l’absence de Khâlid. Ils dépêchèrent contre son lieutenant, al-Muthannâ ibn Hâritha, une forte armée d’environ dix mille hommes, sous le commandement de Hurmuz ibn Jâdhawayh. Shahryâr écrivit à al-Muthannâ : « Je t’envoie une troupe issue de la lie (4) des Perses, des gardiens de volailles et de pourceaux ; je ne te combattrai qu’avec eux. »
Al-Muthannâ lui répondit ainsi : « De la part d’al-Muthannâ à Shahryâr : tu n’es que l’un de ces deux hommes : soit tu es un transgresseur, et cela sera un mal pour toi et un bien pour nous, soit tu es un menteur, et les rois sont ceux qui subissent la plus lourde sanction et la plus grande honte devant Dieu et les gens. Ce que la raison nous dicte, toutefois, c’est que vous avez été contraints de recourir à ces troupes ; louange à Dieu qui a fait retomber votre ruse sur des gardiens de poules et de cochons. » (5) Les Perses furent saisis d’effroi (6) en lisant cette réponse. Ils blâmèrent Shahryâr à cause de ses propos, les jugeant insultants. Al-Muthannâ quitta alors al-Hîra (7) pour se diriger vers Babylone. Au moment de l’affrontement, près de la rive de la première Sura (8), le combat fut acharné. Les Perses lâchèrent un éléphant au milieu des rangs de la cavalerie musulmane pour disperser les chevaux, mais le commandant musulman, al-Muthannâ ibn Hâritha, le prit pour cible et le tua. Il ordonna ensuite à ses hommes de charger, et les Perses furent défaits. Beaucoup furent massacrés et un immense butin fut saisi. En fuite, les Perses gagnèrent al-Madâ’in dans le plus grand désarroi, où ils trouvèrent le roi décédé. Ils désignèrent alors « Bûrân (9) bint Abrawayz », la fille de Kisrâ, pour régner. Elle exerça la justice, gouverna avec bienveillance pendant un an et sept mois, puis mourut.