Abou Mo’awiya, d’après ‘Amr, d’après Abou Ishaq, a dit : « Les ennemis ne leur tenaient pas tête plus longtemps qu’il ne faut pour traire une chamelle lorsque s’engageait la bataille contre les Compagnons du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue). »
Alors Héraclius, qui se trouvait à Antioche, lorsqu’arrivèrent les troupes romaines en déroute, s’écria : « Malheur à vous ! Informez-moi au sujet de ces gens qui vous combattent, ne sont-ils pas des humains comme vous ? » Ils répondirent : « Bien sûr que si. » Il demanda : « Êtes-vous plus nombreux qu’eux ? » Ils répondirent : « Oui, nous sommes largement plus nombreux qu’eux, et cela en tout lieu. » Il reprit : « Qu’est-ce qui explique alors votre défaite ? » Un ancien parmi leurs notables dit : « C’est parce qu’ils veillent la nuit en prière, jeûnent le jour, respectent leurs engagements, ordonnent le bien, interdisent le mal, et se rendent justice entre eux. Quant à nous, nous buvons du vin, nous commettons l’adultère et d’autres interdits, nous rompons nos pactes, nous usurpons et opprimons, nous ordonnons ce qui provoque la colère (de Dieu), nous interdisons ce qui L’agrée et nous semons la corruption sur terre. » Héraclius déclara : « Tu m’as dit la vérité. »
Al-Walîd ibn Mouslim a raconté : « Quelqu’un m’a informé avoir entendu Yahyâ ibn Yahyâ Al-Ghassânî raconter, au nom de deux hommes de sa tribu, ceci : lorsque les musulmans descendirent près du Jourdain, nous parlâmes entre nous de la possibilité du siège de Damas. Nous décidâmes d’aller y faire des provisions avant qu’elle ne fût assiégée. Tandis que nous y étions, le patrice (gouverneur) de la ville nous fit appeler. Nous nous présentâmes et il nous demanda : “Êtes-vous des Arabes ?” Nous dîmes : “Oui.” Il demanda : “Et vous êtes chrétiens ?” Nous répondîmes : “Oui.” Alors il dit : “Que l’un de vous aille espionner pour nous ces gens et recueille leur opinion, tandis que l’autre surveillera le bien de son compagnon.” L’un de nous s’exécuta et, après un long moment, il revint. Il déclara : “Je reviens de chez des hommes de faible corpulence, montés sur des chevaux de race. La nuit, ce sont des moines ; le jour, ce sont des cavaliers. Ils affûtent leurs flèches, les taillent et redressent leurs lances. Si tu voulais tenir quelque conversation avec ton voisin, il ne te comprendrait guère, tant leurs voix s’élèvent dans la récitation du Coran et le rappel de Dieu (dhikr).” » Le patrice se tourna alors vers ses compagnons et leur dit : « Il vous arrive de leur part ce à quoi vous ne saurez résister. »
(Le récit se poursuit avec) le transfert de l’autorité en Syrie de Khâlid à Abou ‘Oubayda, [durant le califat d’Omar], après la bataille de Yarmouk et la désignation d’Abou ‘Oubayda comme “émir des émirs”. Il a été mentionné que le courrier était arrivé avec la nouvelle de la mort d’Abou Bakr pendant que les musulmans étaient rangés face aux Byzantins, le jour de Yarmouk, et que Khâlid avait caché la nouvelle pour ne pas semer la faiblesse dans leurs rangs. Le lendemain, il leur dévoila la situation et dit ce qu’il avait à dire. Ensuite, Abou ‘Oubayda se mit à rassembler le butin et à en prélever le quint, puis il envoya l’annonce de la victoire et le cinquième du butin avec Qoubâth ibn Achaym vers le Hedjaz. On cria alors l’ordre du départ vers Damas, et ils continuèrent leur marche jusqu’au Marj As-Souffar. Abou ‘Oubayda envoya en avant-garde Abou Oumâma Al-Bâhilî et deux hommes de ses compagnons.
Abou Oumâma a dit : « Je partis. Puis, à un endroit du chemin, je postai l’un des hommes en embuscade là-bas, et je continuai seul jusqu’à ce que j’arrive à la porte de la ville, fermée durant la nuit, sans que personne ne soit là. Je mis alors pied à terre, plantai ma lance au sol et retirai la bride de mon cheval… »