Parmi eux, il déclara ensuite : « Par Celui qui tient mon âme dans Sa main, il ne leur reste plus de patience et d’endurance que ce que vous avez vu, et j’espère vraiment que Dieu vous donnera l’avantage sur eux. » Puis il se porta contre eux avec une centaine de cavaliers, face à une troupe d’environ cent mille hommes. Il ne les atteignit même pas que déjà leurs rangs s’étaient éparpillés, et les musulmans les chargèrent en bloc, les dispersèrent et les poursuivirent, sans qu’ils puissent se défendre.
Ils rapportent : « Tandis qu’ils étaient en pleine mêlée, au cœur de la guerre, alors que les héros s’affrontaient de toutes parts, un messager arriva du côté du Hedjaz. On le remit à Khalid ibn al-Walid, qui lui demanda : “Quelle nouvelle ?” Celui-ci lui répondit en aparté : “Le Véridique (as-Siddîq)– qu'Allah soit satisfait de lui – est décédé, et ‘Umar a pris la succession ; il a nommé Abou ‘Ubayda ‘Amir ibn al-Jarrah à la tête des armées.” Khalid garda la nouvelle secrète, sans la divulguer à ses compagnons pour ne pas leur causer de faiblesse ou de découragement dans cette situation. Il dit seulement au messager, devant tout le monde : “Tu as bien fait”, puis il prit la lettre et la mit dans son carquois. Il poursuivit son organisation de la guerre et du combat, en gardant près de lui l’envoyé porteur de la lettre – Mahiyya ibn Zunaym. C’est ainsi que l’a rapporté Ibn Jarir (2) selon ses chaînes de transmission. »
Ils racontent (3) : « Jarja, l’un des grands émirs de l’armée adverse, sortit des rangs et appela Khalid ibn al-Walid. Celui-ci s’avança jusqu’à ce que les cous de leurs chevaux se touchent. Alors Jarja lui dit : “Ô Khalid, dis-moi la vérité ; ne me mens pas, car l’homme libre ne ment pas. Et ne me trompe pas, car l’honorable ne trompe pas celui qui s’en remet à Dieu. Dieu (Allah) a-t-Il fait descendre sur votre Prophète une épée du ciel, qu’il t’aurait donnée, de sorte que tu ne la dégaines contre personne sans le vaincre ?” Khalid répondit : “Non !” Jarja poursuivit : “Alors, pourquoi t’appelle-t-on ‘l’Épée de Dieu’ ?” Khalid expliqua : “Dieu a suscité parmi nous Son Prophète, qui nous a appelés à la foi. Nous avons refusé et nous nous sommes éloignés de lui. Puis certains d’entre nous l’ont cru et suivi, tandis que d’autres l’ont traité de menteur et s’en sont tenus à l’écart. J’étais parmi ceux qui l’ont rejeté et délaissé. Ensuite Dieu a pris nos cœurs et nos destinées en main ; Il nous a guidés par lui, et nous lui avons prêté allégeance. Il m’a alors dit : ‘Tu es une épée parmi les épées de Dieu, que Dieu (Allah) brandit contre les polythéistes.’ (Il pria pour ma victoire, et c’est ainsi que j’ai été surnommé ‘Épée de Dieu’, et je suis l’un des musulmans les plus redoutables pour les polythéistes.)”
Jarja demanda alors : “Ô Khalid, à quoi invitez-vous les gens ?” Khalid répondit : “À témoigner qu’il n’y a de dieu que Dieu et que Muhammad est Son serviteur et Son Messager, et à reconnaître ce qu’il a apporté de la part de Dieu– Exalté soit-Il –.” – “Et celui qui ne vous répond pas ?” demanda Jarja. – “Il paie la jizya, et nous le protégeons.” – “Et s’il refuse ?” – “Nous lui signifions la guerre, puis nous le combattons.” – “Quel est le rang de celui qui embrasse votre foi aujourd’hui et entre dans cette voie ?” – “Nous avons tous le même rang ; les obligations que Dieu nous a prescrites valent pour le noble comme pour l’humble, pour le premier comme pour le dernier d’entre nous.” – “Celui qui vous rejoint aujourd’hui a-t-il droit à la même récompense, au même trésor que vous ?” demanda Jarja. – “Oui, et même à meilleur.” – “Comment peut-il être votre égal alors que vous l’avez précédé ?” répliqua Jarja.
Khalid répondit : “Nous avons accepté cette voie à une époque où nous pouvions encore résister, et nous avons prêté allégeance à notre Prophète alors qu’il était encore parmi nous, qu’il recevait les nouvelles du ciel, nous informait du Livre et nous montrait les miracles. Il était tout naturel que quiconque a vu ce que nous avons vu et entendu ce que nous avons entendu embrasse l’islam et lui prête allégeance. Quant à vous, vous n’avez pas vu ce que nous avons vu ni entendu ce que nous avons entendu de prodiges ni de preuves. Ainsi, celui qui entre dans cette religion parmi vous, avec sincérité et bonne intention, sera meilleur que nous.” »