Ils dirent (en invoquant Dieu) : « Affermis (nos pas), épouvante leurs cœurs, fais descendre sur nous la quiétude, attache-nous fermement à la parole de la piété, rends-nous aimable la rencontre (avec l’ennemi) et satisfais-nous de Ton décret. »
Bâhân sortit alors et ordonna au commandant de l’aile gauche, appelé ad-Dayrîjân – un ennemi de Dieu qui menait parmi eux une vie d’ascète –, de charger l’aile droite, où se trouvaient l’Azd, Madhhij, Hadramawt et (Khawlân). Les musulmans tinrent bon et repoussèrent les ennemis de Dieu, mais bientôt les Byzantins, imposants comme des montagnes, vinrent fondre sur eux. Les membres de l’aile droite reculèrent vers le centre, et certains se retirèrent vers le camp. Cependant, un grand nombre de musulmans se maintinrent fermes au combat sous leurs étendards, tandis que la tribu de Zubayd se replia. Ils s’appelèrent alors les uns les autres, firent demi-tour et chargèrent à nouveau, retenant l’ennemi byzantin devant eux et l’empêchant de poursuivre ceux qui avaient reculé.
Pendant ce temps, les femmes se dressèrent devant ceux qui s’étaient mis à fuir parmi les premiers rangs, les frappant de bâtons et de pierres. Khawla bint Tha‘laba provoquait alors (en style rajaz) :
« Ô toi qui fuis devant des femmes pieuses…
Bientôt tu les verras captives,
Plus de femmes protégées ni de nourrices ! »
On raconte ensuite que les hommes se ressaisirent et reprirent leurs positions.
Sîf ibn ‘Umar (rapportant d’après Abû ‘Uthmân al-Ghassânî, lui-même le tenant de son père) affirme qu’Ikrima ibn Abî Jahl déclara, le jour d’al-Yarmûk : « J’ai affronté le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) à maints endroits. Me mettrais-je à fuir devant vous aujourd’hui ? » Puis il s’écria : « Qui veut s’engager à combattre jusqu’à la mort ? » Son oncle al-Hârith ibn Hishâm et Dirâr ibn al-Azwar, suivis de quatre cents notables et cavaliers musulmans, s’avancèrent pour prêter ce serment. Ils combattirent devant la tente de Khâlid jusqu’à tous être grièvement blessés ; nombre d’entre eux tombèrent en martyrs, dont Dirâr ibn al-Azwar (Dieu lui fasse miséricorde).
Al-Wâqidî et d’autres rapportent qu’alors qu’ils étaient à terre, blessés, ils demandèrent de l’eau. Quand on leur en apporta, chacun désigna l’autre pour qu’il en boive le premier, si bien qu’ils se la passèrent de l’un à l’autre jusqu’à mourir tous, sans que l’outre n’ait été portée aux lèvres d’aucun. Dieu leur fasse miséricorde à tous.
On raconte également que le premier martyr musulman du jour fut un homme qui vint trouver Abû ‘Ubayda en disant : « Je suis prêt à rejoindre mon sort. As-tu un message à transmettre au Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) ? » Abû ‘Ubayda lui répondit : « Oui, transmets-lui mon salut et dis-lui : “Ô Messager de Dieu, nous avons assurément constaté la véracité de la promesse que notre Seigneur nous avait faite.” » Cet homme avança alors et mourut en martyr (Dieu lui fasse miséricorde).
On raconte que chaque groupe de combattants tint bon auprès de sa bannière, tandis que les Byzantins évoluaient en tournant tels une meule. Le jour d’al-Yarmûk, on ne voyait à terre que des cervelles répandues, des poignets sectionnés et des mains volant de toutes parts sur le champ de bataille. Puis Khâlid, à la tête de la cavalerie qui l’accompagnait, chargea l’aile gauche ennemie – celle qui avait attaqué l’aile droite des musulmans – et parvint à la repousser vers le centre, tuant six mille Byzantins dans cette offensive.