Abou Soufyân ibn Harb les exhortait et les incitait au combat, tandis que celui qui leur récitait la sourate Al-Anfâl et les versets du jihâd, en parcourant les rangs, était Al-Miqdâd ibn Al-Aswad.
Ishâq ibn Yassâr rapporta, par sa chaîne de transmission, qu’en ce jour-là, les chefs des «quatre unités» (ar-rub‘) étaient au nombre de quatre : Abou ‘Oubaïda, ‘Amr ibn Al-‘Âs, Shourahbîl ibn Hassana et Yazîd ibn Abî Soufyân. Les hommes partirent sous leurs bannières ; sur l’aile droite (al-maymana) se trouvait Mo‘âdh ibn Jabal, sur l’aile gauche (al-maysara) Nafâtha ibn Ousâma al-Kinânî, à la tête de l’infanterie Hâchim ibn ‘Outba ibn Abî Waqqâs, et à la tête de la cavalerie Khâlid ibn Al-Walîd, lequel était le conseiller militaire (al-mushîr) à qui tous se référaient pour l’avis. Lorsque les Romains (ar-Roum) s’avancèrent dans leur faste et leur orgueil, ils occupèrent toutes les parties de ce lieu, aussi bien la plaine que les zones escarpées, pareils à un nuage noir, lançant de grands cris (1). Leurs moines (rahbânuhum) récitaient l’Évangile et les exhortaient au combat. Alors Khâlid, qui menait la cavalerie à l’avant de l’armée (2), progressa à cheval jusqu’à Abou ‘Oubaïda et lui dit : « J’ai un conseil à proposer. » Abou ‘Oubaïda répondit : « Dis ce que Dieu t’a inspiré ; je t’écoute et t’obéirai. » Khâlid déclara : « Ces gens-là (al-qawm) vont inévitablement lancer une charge d’envergure dont ils ne se détourneront pas, et je crains pour l’aile droite et l’aile gauche. J’ai donc pensé à diviser la cavalerie en deux et à la placer derrière (l’aile droite et l’aile gauche), de sorte que, s’ils les heurtent, la cavalerie leur serve de soutien, et alors nous frapperons leurs arrières (3). » Il répondit : « Excellente idée. » Dès lors, Khâlid prit la tête d’un des deux groupes de cavalerie, juste derrière l’aile droite, et il confia l’autre groupe à Qays ibn Hobayra. Puis il ordonna à Abou ‘Oubaïda de se retirer du centre (al-qalb) pour se tenir à l’arrière de l’armée tout entière, de sorte que celui qui s’enfuirait, en le voyant, éprouve de la honte et revienne au combat. Abou ‘Oubaïda laissa donc à sa place au centre Sa‘îd ibn Zayd, l’un des dix (à qui le paradis fut promis). Ensuite, Khâlid se rendit auprès des femmes qui se trouvaient derrière l’armée, munies de plusieurs épées et autres armes, et leur dit : « Quiconque vous verrez fuir, mettez-le à mort. » Puis il retourna à son poste.
Lorsque les deux armées furent face à face et que les combattants s’avancèrent de part et d’autre, Abou ‘Oubaïda exhorta les musulmans en ces termes : « Serviteurs de Dieu, soutenez Dieu : Il vous soutiendra et raffermira vos pas. Ô assemblée des musulmans, patientez : la patience est un salut face à la mécréance, elle procure la satisfaction du Seigneur et dissipe la honte. Ne quittez point vos rangs, ne faites pas un pas vers eux, ne donnez pas l’initiative du combat. Dressez vos lances, abritez-vous derrière vos boucliers, et gardez le silence sauf pour l’évocation de Dieu (dans vos cœurs) jusqu’à ce que je vous en donne l’ordre, si Dieu le veut. » On rapporte que Mo‘âdh ibn Jabal s’avança alors pour exhorter la foule en disant : « Ô vous, gens du Coran, ô vous qui mémorisez (moutahaffizhî) le Livre et qui soutenez la voie de la bonne direction et de la vérité ! Sachez que la miséricorde de Dieu ne s’obtient pas et que Son paradis ne se gagne pas par de simples vœux ; Dieu n’accorde ni Son pardon ni Sa miséricorde… »