Ils l’informèrent de ce qu’il en était de l’affaire.
On raconte qu’il se trouvait alors à Homs. D’autres disent plutôt qu’il avait fait le pèlerinage cette année-là à Jérusalem. Lorsque la nouvelle lui parvint, il leur dit : « Malheur à vous ! Ceux-là (ces musulmans) sont un peuple d’une nouvelle religion, et personne ne peut tenir tête à de tels hommes. Obéissez-moi donc et concluez la paix avec eux, en convenant de leur verser la moitié du tribut (kharâj) de la Syrie. Ainsi, il vous restera les montagnes de l’Empire romain. Mais si vous refusez, ils vous prendront la Syrie et vous resserreront dans vos montagnes. » Ils poussèrent alors un puissant cri, tels des ânes sauvages, comme il leur est habituel en raison de leur peu de connaissance et de discernement en matière de guerre et de victoire, que ce soit pour la religion ou dans ce bas monde.
C’est alors qu’il se rendit à Homs. (1) Héraclius ordonna le déploiement (2) des armées byzantines sous le commandement de ses chefs : une puissante armée fut alignée en face de chaque émir musulman. Il envoya ainsi Tadhâraq, son frère du même père et de la même mère, affronter ‘Amr ibn al-‘Âs, à la tête de quatre-vingt-dix mille combattants. Il envoya Jorja (Jarja) ibn Tûdhara vers le secteur de Yazîd ibn Abî Sufyân, qui campa face à lui (3) avec cinquante ou soixante mille hommes. Il dépêcha également ad-Durâqis contre Shuraḥbîl ibn Ḥasana. Quant à al-Fîqâr (4) – on l’appelle aussi al-Qayqilân ; Ibn Isḥâq précise qu’il s’agissait d’un eunuque de Héraclius nommé Nestorius –, il partit avec soixante mille hommes pour affronter Abû ‘Ubayda ibn al-Jarrâḥ.
Les Romains déclarèrent : « Par Dieu, nous tiendrons Abû Bakr si occupé qu’il ne pourra pas faire entrer ses cavaliers sur nos terres. » L’armée musulmane comptait alors vingt et un mille hommes, sans compter le détachement d’Ikrima ibn Abî Jahl, qui était posté en bordure de la Syrie (5) pour servir de renfort, avec six mille soldats. Les commandants écrivirent à Abû Bakr et ‘Umar pour les informer de l’ampleur de la menace. Ceux-ci leur répondirent : « Rassemblez-vous et formez (6) une seule armée afin d’affronter les troupes des polythéistes. Vous êtes les auxiliaires de Dieu, et Dieu est le Soutien de celui qu’Il souhaite soutenir et l’Oppresseur de celui qui Le renie. Vous ne serez pas vaincus par manque d’effectifs mais plutôt à cause d’éventuels péchés, alors méfiez-vous-en. Que chacun d’entre vous dirige ses hommes. »
Abû Bakr aṣ-Ṣiddîq ajouta : « Par Dieu, je vais occuper les chrétiens, en les détournant de leurs tentations sataniques, par l’envoi de Khâlid ibn al-Walîd. » Il lui écrivit alors, tandis que ce dernier se trouvait en Irak, pour qu’il se rende en Syrie et prenne le commandement des forces qui s’y trouvaient. Une fois sa mission accomplie, il retournerait à son poste en Irak. Il advint ce que nous rapporterons ultérieurement.
Lorsque Héraclius apprit ce qu’Abû Bakr avait ordonné à ses commandants – à savoir leur rassemblement –, il chargea à son tour ses chefs de se réunir et d’établir le camp (dans un lieu) (8) vaste pour le bétail, (9) spacieux pour les manœuvres, mais dont la fuite serait difficile. À la tête de l’armée générale se trouvait son frère Badhâriq, à l’avant-garde Jorja, sur les deux flancs Bâhân et ad-Durâqis, et sur le littoral al-Qayqilân.
Muḥammad ibn ‘Â’idh (10) rapporte, selon ‘Abd al-A‘lâ, d’après Sa‘īd ibn ‘Abd al-‘Azîz, que les musulmans étaient au nombre de quatre