LA BATAILLE D’AL-FIRAD (1)
Ensuite, Khalid se mit en route avec les musulmans qui l’accompagnaient vers al-Firad, située aux confins du Shâm (Grande Syrie), de l’Irak et de la Jazîra. Il y demeura tout le mois de Ramadan sans jeûner, occupé qu’il était par l’ennemi. Lorsqu’il parvint aux Byzantins (ar-Rûm) que Khalid s’approchait de leurs frontières, ils s’enflammèrent et rassemblèrent de nombreuses troupes, faisant appel aux tribus de Taghlib, d’Iyâd et d’an-Namir. Ils s’avancèrent donc pour affronter Khalid, mais le fleuve Euphrate les séparait. Les Byzantins dirent alors à Khalid : « Traverse vers nous. » Khalid leur répliqua : « Non, c’est à vous de traverser. » Les Byzantins passèrent donc le fleuve, le quinzième jour de Dhou al-Qa‘da de l’an douze de l’Hégire. Une bataille farouche s’ensuivit, et Dieu mit en déroute les rangs byzantins. Les musulmans purent les poursuivre et tuèrent cent mille hommes lors de cette confrontation. Khalid demeura ensuite à al-Firad durant dix jours, puis annonça le retour vers al-Hîra, cinq jours avant la fin de Dhou al-Qa‘da. Il donna pour ordre à ‘Âsim ibn ‘Amr de mener l’avant-garde et à Shajara ibn al-A‘azz d’assurer l’arrière-garde.
Khalid fit croire qu’il se joindrait personnellement à l’arrière-garde (2), puis il partit avec un groupe de ses compagnons en direction de la Ka‘ba. Il emprunta une route inconnue et se rendit à La Mecque pour accomplir le pèlerinage cette année-là (3), avant de rejoindre l’arrière-garde à temps, de sorte qu’ils arrivèrent tous ensemble à al-Hîra. Personne (ou presque) ne sut que Khalid avait accompli le pèlerinage cette année-là, ni même Abou Bakr as-Siddiq, qui ne l’apprit qu’au retour des pèlerins. Abou Bakr lui écrivit donc pour le réprimander d’avoir quitté l’armée. Pour le sanctionner, il le releva de la conquête de l’Irak et l’affecta à celle du Shâm. Dans la lettre qu’il lui envoya, il disait : « Les grandes foules ne t’ont pas blessé (4) grâce au secours de Dieu. Félicitations à toi, Abou Souleymân, pour tes nobles intentions et la grâce qui t’est accordée. Achève ce que tu as entrepris, et Dieu l’achèvera pour toi. Ne te laisse pas gagner par l’orgueil, au risque de subir échec et abandon. Ne t’enorgueillis pas de ton œuvre, car c’est Dieu qui accorde la faveur et Il est le Maître de toute rétribution. »
Lorsque Khalid lut cette lettre (5), il s’exclama : « Ceci est l’œuvre de l’homme à la main sèche », allusion à ‘Omar ibn al-Khattâb, « il m’envie le succès de l’Irak qui a été obtenu par mes soins. » Quand Khalid quitta l’Irak, il plaça al-Muthannâ ibn Hâritha à sa tête, accompagné des compagnons restés sur place et d’autres combattants. Al-Muthannâ se replia avec eux vers la steppe, le long des voies fluviales, par crainte des Perses, dans l’attente de nouveaux renforts.