Récit de Dūmat al-Jandal (1)
Lorsque Khâlid eut achevé son action à ‘Ayn at-Tamr, il se dirigea vers Dūmat al-Jandal et laissa, à la tête de ‘Ayn at-Tamr, ‘Uwymir (fils de) al-Kāhin (2) al-Aslamî. Dès que les habitants de Dūmat al-Jandal apprirent son arrivée imminente, ils appelèrent leurs alliés des tribus de Bahra’, Tanûkh, Kalb (3), Ghassân et al-Dajâ‘im. Ceux-ci accoururent, sous le commandement d’Ibn al-Ayham pour Ghassân et Tanûkh, et d’Ibn al-Hadrajân pour al-Dajâ‘im. L’ensemble des gens de Dūmat al-Jandal était réuni autour de deux chefs : Ukaydir ibn ‘Abd al-Malik et al-Jûdî ibn Rabî‘a. Ils divergèrent d’opinion.
Ukaydir déclara : « Je suis le plus à même de connaître Khâlid. Personne n’est plus heureux que lui dans la guerre ni plus tranchant. Jamais un peuple, qu’il soit peu nombreux ou nombreux, n’a vu le visage de Khâlid sans succomber. Obéissez-moi et faites la paix avec ces hommes. » Mais ils refusèrent. Il dit alors : « Je ne me liguerai pas avec vous contre Khâlid », et il quitta leurs rangs. Khâlid envoya alors ‘Âsim ibn ‘Amr contre lui; ce dernier l’attaqua, le captura et l’amena devant Khâlid, qui ordonna qu’on lui tranchât la tête et s’empara de ce qu’il possédait.
Khâlid et les gens de Dūmat al-Jandal s’affrontèrent ensuite, sous le commandement d’al-Jûdî ibn Rabî‘a, chaque tribu bédouine étant dirigée par son propre émir. Khâlid établit Dūmat al-Jandal entre ses troupes et l’armée de ‘Iyâd ibn Ghanm. L’armée des Bédouins se répartit en deux groupes : l’un face à Khâlid, l’autre face à ‘Iyâd. Khâlid chargea ceux qui se trouvaient devant lui, tandis que ‘Iyâd attaquait l’autre groupe. Khâlid fit prisonniers al-Jûdî, ainsi qu’al-Aqra‘ ibn Hâbis et Wadi‘a. Les Bédouins s’enfuirent dans la forteresse, qu’ils remplissaient déjà, si bien qu’une partie d’entre eux dut rester dehors. Les Banû Tamîm tombèrent sur ceux qui se trouvaient à l’extérieur, leur donnèrent quelques vivres, permettant à certains de s’échapper. Puis Khâlid arriva et fit exécuter ceux qu’il trouva en dehors de la forteresse. Il ordonna de même d’exécuter al-Jûdî et les prisonniers à ses côtés (4), à l’exception des captifs de Banû Kalb que ‘Âsim ibn ‘Amr, al-Aqra‘ ibn Hâbis et les Banû Tamîm avaient épargnés.
Khâlid leur dit alors : « Que se passe-t-il entre vous et moi ? Vous préservez les mœurs de l’époque préislamique et négligez celles de l’Islam ? » ‘Âsim ibn ‘Amr lui répondit : « Voudrais-tu leur refuser l’amnistie et les livrer au démon ? (5) » Ensuite, Khâlid s’acharna contre la porte de la forteresse jusqu’à ce qu’il la fit tomber, pénétra dans l’enceinte, tua les combattants et réduisit en captivité femmes et enfants, qu’on se partagea ensuite aux enchères. Ce jour-là, Khâlid acheta la fille d’al-Jûdî, célèbre pour sa beauté. Il demeura quelque temps à Dūmat al-Jandal, renvoya al-Aqra‘ à al-Anbâr, puis revint à al-Hîra. Les habitants du pays le reçurent alors en fête (6). Khâlid entendit l’un d’entre eux dire à son compagnon : « Allons, car voici un jour où l’on se réjouit du mal (7). »