Khalid se mit en route et rencontra ‘Aqqa. Lorsqu’ils se firent face, Khalid s’adressa à ses deux ailes en disant : « Conservez vos positions, car je vais porter la charge. » Il ordonna à ses gardes de rester derrière lui, puis il lança l’assaut contre ‘Aqqa alors que celui-ci formait encore ses rangs. Khalid l’attrapa, le captura, et l’armée de ‘Aqqa se dispersa sans livrer bataille ; on fit alors de nombreux prisonniers (1).
Puis Khalid se dirigea vers la forteresse de ‘Ayn at-Tamr. Lorsque Mihrān apprit la défaite de ‘Aqqa et de ses troupes, il quitta la forteresse, s’enfuit et l’abandonna. Les restes des chrétiens arabes (2) revinrent à la forteresse, la trouvèrent ouverte et y pénétrèrent pour s’y protéger. Khalid arriva, les encercla et les assiégea sévèrement. Face à cela, ils demandèrent un accord de paix, mais il refusa, exigeant qu’ils se soumettent à sa décision. Ils acceptèrent de se placer sous le jugement de Khalid, lequel les fit enchaîner, s’empara de la forteresse puis ordonna de mettre à mort ‘Aqqa (3), ceux qui avaient été faits prisonniers avec lui ainsi que tous ceux qui s’étaient rendus sous son autorité. Il s’empara de l’intégralité des biens présents dans la forteresse.
Dans l’église attenante, Khalid découvrit quarante jeunes garçons étudiant l’Évangile, enfermés derrière une porte close. Il la fit briser, puis répartit ces garçons entre ses officiers et les personnes de mérite. Parmi eux se trouvait Humrān, qui échut à ‘Uthmān ibn ‘Affān au titre du cinquième (du butin). On y comptait également Sīrīn, le père de Muhammad ibn Sīrīn, que Anas ibn Mālik reçut. D’autres encore devinrent des affranchis célèbres auxquels Khalid et leurs descendants voulaient du bien.
Lorsque al-Walīd ibn ‘Uqba parvint auprès d’Abū Bakr as-Siddīq avec le cinquième du butin, celui-ci le renvoya vers ‘Iyāḍ ibn Ghanm pour le renforcer, alors que ce dernier assiégeait Dūmat al-Jandal. Quand al-Walīd arriva, il trouva ‘Iyāḍ en territoire irakien, en train d’assiéger des gens qui lui bloquaient les routes ; ‘Iyāḍ était donc encerclé. ‘Iyāḍ demanda alors à al-Walīd son avis : « Une partie de la sagesse vaut mieux qu’une armée nombreuse : qu’en penses-tu quant à notre situation ? » Al-Walīd lui répondit : « Écris à Khalid pour qu’il t’envoie une troupe en renfort. »
‘Iyāḍ envoya donc une lettre demandant de l’aide à Khalid, laquelle arriva juste après la bataille de ‘Ayn at-Tamr, dans laquelle ‘Iyāḍ le suppliait de lui venir en aide. Khalid lui répondit : « De Khalid ibn al-Walīd à ‘Iyāḍ, c’est toi que je vise (4) » et cita ces vers de rajaz :
« Patiente un peu, et te parviendront les chamelles (5),
portant sur elles des lions vêtus de peaux (6) :
Des bataillons suivis par d’autres bataillons. »