Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Les contrées (1)

Il infligea aux habitants d’Ullays, de Thani et de ce qui venait après en Perse, ainsi qu’à ceux qui s’étaient joints à eux, des massacres terribles parmi leurs cavaliers. Au point que la Perse se révolta contre son grand roi Ardachîr et son fils Shîrîn : ils les mirent à mort, exécutant aussi tous ceux qui leur étaient apparentés. Les Perses restèrent alors perplexes quant au choix de leur nouveau souverain et se divisèrent entre eux. Pourtant, ils levèrent des armées pour s’interposer entre Khâlid et la ville de Ctésiphon (al-Madâ’in), où se trouvait le palais de Chosroès et le trône de son empire. C’est alors que Khâlid écrivit aux marzbans, aux gouverneurs et à l’autorité locale afin de les appeler à Dieu et à embrasser l’islam, leur promettant de maintenir leur royauté sous sa tutelle. À défaut, qu’ils paient la jizya ; sinon, qu’ils le sachent et se préparent à son arrivée, car ils affrontaient des hommes qui aiment la mort autant qu’eux aiment la vie. Ils furent ébahis par l’audace de Khâlid et sa bravoure, et s’en moquèrent, aveuglés par leur propre sottise et leur témérité. Khâlid demeura alors dans la région une année après le pacte conclu avec al-Hîra, parcourant çà et là le territoire perse, infligeant à ses habitants une rigueur implacable et une puissante domination : un spectacle éblouissant pour ceux qui en avaient été témoins, captivant l’oreille de quiconque en entendait parler, et plongeant dans la perplexité quiconque y prêtait vraiment attention.

La conquête d’al-Anbâr par Khâlid, appelée la “bataille des Yeux”

Khâlid chevaucha avec ses troupes jusqu’à parvenir à al-Anbâr, gouvernée par l’un des plus avisés des Perses, un personnage éminent à leurs yeux, nommé Shîrzâdh. Khâlid assiégea la cité qui était entourée d’un fossé. Des Bédouins de cette contrée, restant fidèles à la religion des Perses, s’étaient rassemblés avec les habitants du pays pour empêcher Khâlid d’accéder au fossé. Lors des affrontements, Khâlid ordonna à ses compagnons de cribler l’ennemi de flèches, si bien qu’ils crevèrent mille yeux. Les gens s’exclamèrent alors : “Les yeux des gens d’al-Anbâr ont disparu !” C’est pourquoi cette bataille fut appelée “la bataille des Yeux”.

Shîrzâdh envoya un messager à Khâlid pour négocier la paix. Khâlid avança certaines conditions, mais Shîrzâdh refusa de les accepter. Khâlid s’approcha alors du fossé, fit apporter un convoi d’animaux — des chameaux — qu’il fit abattre afin d’en combler le fossé. Lui et ses compagnons purent le franchir par-dessus les carcasses. Voyant cela, Shîrzâdh accepta finalement la paix selon les conditions imposées par Khâlid. Il lui demanda aussi de le laisser retourner en lieu sûr, ce que Khâlid lui accorda. Shîrzâdh quitta al-Anbâr et Khâlid s’en empara. Il s’y installa et s’y établit en sécurité.

Les Compagnons (ṣaḥâba) apprirent des Arabes présents dans cette cité l’écriture arabe. Ces Arabes l’avaient eux-mêmes apprise auprès d’autres Arabes — la tribu des Banû Iyâd — qui se trouvaient là à l’époque de Buhtnassar (Nabuchodonosor) lorsque celui-ci avait laissé l’Irak aux Arabes. Ils récitèrent aussi devant Khâlid des vers d’un poète de la tribu d’Iyâd qui faisait l’éloge de son peuple (mètre al-munsariḥ).

(1) Dans A : \u0627\u0644\u0628\u0644\u0627\u062f (al-Bilād). (2) Dans A : \u064a\u0646\u062a\u0633\u0628 (yantasib). (3) Dans A : \u062d\u062a\u0649 \u0642\u0644\u0639\u0648\u0627 (ḥattā qalaʿū). Le récit se trouve dans le Tārīkh al-Ṭabarī (3/374) et al-Kāmil d'Ibn al-ʿAṯīr (2/394). (4) Dans A, T : \u062e\u0627\u0644\u062f\u061b (ḫālidān); ici, cela va de pair avec le contexte linguistique. (5) Dans A : \u0628\u0631\u062f\u064a (bardī); ici il s'agit d'al-Ṭabarī, et al-razāyā : pluriel de raziyya, désignant la chamelle amaigrie lors des déplacements. (6) Dans T : \u0623\u0648\u0644\u0626\u0643 (ʾᾹulāʾika). (7) Les deux vers se trouvent dans le Tārīkh al-Ṭabarī (3/375) et la Sīra d'Ibn Hishām (1/43), et ils sont parmi le dīwān d'Ummayya ibn Abī al-Ṣalt, au nombre de huit.
البلدان (١) وأوقع بأهل أُلَّيس والثني وما بعدها بفارس ومن ناشب معهم ما أوقع من القتل الفظيع في فرسانهم، أن عدت فارس على ملكهم الأكبر أردشير وابنه شيرين فقتلوهما وقتلوا كل من ينسب (٢) إليهما، ويقيت الفرس حائرين لمن يولُّوه أمرهم، واختلفوا فيما بينهم، غير أنَّهم قد جَهَّزوا جُيوشًا تكونُ حائلةَ بين خالدٍ ويين المدائن التي فيها إيوانُ كسرى وسرير مملكته، فحينئذ كتبَ خالدٌ إلى من هنالك من المرازبة والأمراءِ والدولة يدعوهم إلى اللهِ وإلى الدخولِ إلى دينِ الإسلام ليُثبتَ ملكَهُم عليهم، وإلا فليدفعوا الجزيةَ وإلا فليعلموا وليستعدّوا لقدومه علمهم بقومٍ يُحبُّون الموتَ كما يحبُّونَ [هم] الحياةَ، فجعلوا يُعْجبون من جرأةِ خالدٍ وشجاعته، ويسخرونَ من ذلك لحماقتهم ورعوننهم في أنفسهم، وقد أقامَ خالدٌ هنالك بعد صلحِ الحيرةِ سنةً يتردَّدُ في بلادِ فارس هاهنا وهاهنا، ويوقعُ بأهلها من البأس الشديد، والسطوةِ الباهرةِ، ما يُبْهوُ الأبصارَ لمن ضعاهدَ ذلك ويُشنّفُ أسماعَ منْ بَلغه ذلك ويحيِّر العقولَ لمن تدبَّرهُ. فَتْحُ خالدٍ للأنبار، وتُسمى هذه الغزوة ذات العيون ركبَ خالدٌ في جيوشه، فسارَ حتى انتهى إلى الأنْبار، وعليها رجلٌ من أعقل الفُرْس وأسودهم في أنفسهم، يقال له شيرزاذ، فأحاط بها خالدٌ وعليها خندق وحولهُ أعرابٌ من قومهم على دينهم، واجتمعَ معهم أهلُ أرضهم، فمانَعوا خالدًا أن يصلَ إلى الخندقِ فضربَ معهم رأسًا، ولما تواجَهَ الفريقانِ أمرَ خالدٌ أصحابَه فرشقوهم بالنبال حتى فقؤوا (٣) منهم ألف عين، فتصايحَ الناسُ: ذهبت عيونُ أهلِ الأنبارِ، وسُمِّيت هذه الغزوةُ ذات العيون، فراسلَ شيرزاذ خالدًا في الصُّلْح، فاشترطَ خالد (٤) أمورًا امتنع شيرزاذ من قبولها، فتقدم خالد إلى الخندق فاستدعى برذايا (٥) الأموال من الإبل فذبحها حتى ردم الخندق بها وجاز هو وأصحابه فوقها، فلما رأى شيرزاذ ذلك أجاب إلى الصلح على الشروط التي اشترطها خالد، وسأله أن لرده إلى مامنه فوفّى له خالد بذلك، وخرج شيرزاذ من الأنبار وتسلمها خالد، فنزلها واطمأن بها، وتعلَّم الصحابة ممن بها من العرب الكتابة العربية، وكان هؤلاء (٦) العرب قد تعلموها من عرب قبلهم وهم بنو إياد، كانوا بها في زمان بختنصر حين أباح العراق للعرب، وأنشدوا خالدًا قول بعض إياد يمتدح قومه (٧) : [من المنسرح]
(١) في أ: البلاد. (٢) في أ: ينتسب. (٣) في أ: حتى قلعوا. والخبر في تاريخ الطبري (٣/ ٣٧٤) والكامل لابن الأثير (٢/ ٣٩٤). (٤) في أ، ط: خالدًا؛ وما هنا للسياق اللغوي. (٥) في أ: بردي؛ وما هنا عن الطبري، والرذايا: جمع رذية؛ وهي الناقة المهزولة من السير. (٦) في ط: أولئك. (٧) البيتان في تاريخ الطبرى (٣/ ٣٧٥) وسيرة ابن هشام (١/ ٤٣) وهما في ديوان أمية بن أبي الصلت ثمانية.

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