Quand ils arrivèrent à al-Hira, ils en firent descendre (1) ses habitants par la force et la contrainte, ou par des traités et la facilité. Parmi ceux qui se soumirent par traité, il y avait un groupe d’Arabes chrétiens, parmi lesquels se trouvait Ibn Buqayla, déjà mentionné. Khalid rédigea pour les habitants de Hira un acte de protection. (2)
Celui qui négocia cela avec lui fut ‘Amr ibn ‘Abd al-Masîh ibn Buqayla. Khalid trouva alors sur lui une bourse (3) et demanda : « Qu’y a-t-il là-dedans ? » Il l’ouvrit et y découvrit quelque chose. Ibn Buqayla dit : « C’est un poison instantané. » Khalid reprit : « Pourquoi l’as-tu emporté avec toi ? » Il répondit : « Si je voyais un malheur frapper mon peuple, je l’aurais avalé, car la mort m’est préférable à ce sort. » Khalid le prit dans sa main et déclara : « Nulle âme ne mourra avant d’avoir atteint son terme. » Puis il récita : « Au nom de Dieu, le meilleur des noms, le Seigneur de la terre et du ciel, dont le Nom protège de tout mal, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux. »
Les émirs tentèrent de l’en empêcher, mais il les précéda et l’avala. Lorsque Ibn Buqayla vit cela, il s’exclama : « Par Dieu, ô vous, Arabes, vous dominerez tout ce que vous voudrez tant qu’il restera l’un d’entre vous ! » Puis il s’adressa aux habitants de Hira en disant : « Je n’ai jamais vu un jour qui présage un succès plus manifeste que celui-ci. » Il les appela, et ils demandèrent à Khalid un traité de paix. Khalid le conclut, (4) et leur remit un acte de paix. Il reçut d’eux quatre cents mille (400 000) dirhams payés immédiatement. Il ne finalisa le traité qu’à condition qu’ils livrent Karamah, fille de ‘Abd al-Masîh, à un Compagnon (5) du Prophète qu’on appelait Shuwail.
En effet, lorsque le Messager de Dieu — que la prière et la paix soient sur lui — évoqua un jour les palais de Hira, en disant que leurs tours ressemblaient aux crocs des chiens, Shuwail lui demanda : « Ô Messager de Dieu, fais-moi don de la fille de Buqayla. » Il lui répondit : « Elle t’appartient. » Quand la ville fut conquise, Shuwail la réclama, et deux Compagnons (6) affirmèrent la validité de sa demande. Les gens refusèrent cependant de la lui remettre en disant : « Que veux-tu d’une femme de quatre-vingts ans ? » Elle s’adressa alors aux siens : « Livrez-moi à lui, car je vais me racheter ; il m’a vue lorsque j’étais jeune. » On la lui remit.
Lorsqu’il fut seul avec elle, elle demanda : « Que comptes-tu faire d’une femme de quatre-vingts ans ? Je te propose de me racheter : fixe la somme que tu désires. » Il répondit : « Par Dieu, je n’accepte pas moins de dix centaines (c’est-à-dire mille). » Elle trouva ce montant trop élevé, dans l’intention de le piéger ; puis elle alla retrouver son peuple, qui récolta mille (7) dirhams pour le lui verser. On le blâma en disant : « Si tu avais exigé plus de cent milliers, ils te l’auraient donné ! » Il répliqua : « Existe-t-il un nombre supérieur à dix centaines ? » Par la suite, il alla voir Khalid et (9) déclara : « Je visais à demander le plus grand chiffre possible. » Khalid lui répondit : « Tu as voulu une chose, et Dieu en a voulu une autre ; nous jugeons sur l’apparence de tes propos et, quant au fond de ton intention, qu’elle soit vraie ou mensongère, elle relève de Dieu. » (10)