Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

[La bataille d’Ullays]

(1)
Puis eut lieu la bataille d’Ullays, également au mois de Ṣafar. En effet, Khālid avait tué, le jour de la bataille d’al-Walaja, un groupe parmi les membres de la tribu de Bakr ibn Wāʾil – des chrétiens arabes combattant aux côtés des Perses. Leurs clans se rassemblèrent, et celui qui était le plus courroucé était ʿAbd al-Aswad al-ʿAjlī, dont le fils avait été tué la veille. Ils écrivirent alors aux Perses, et Ardashīr leur envoya une armée [en renfort]. Ils se regroupèrent en un lieu appelé Ullays. Tandis qu’ils avaient dressé un banquet (un repas qu’ils s’apprêtaient à partager), Khālid les attaqua à l’improviste avec ses troupes. Lorsqu’ils le virent, certains proposèrent de continuer à manger sans se soucier de Khālid, tandis que l’émir de Chosroès [nommé Jābān] déclara : « Levons-nous plutôt contre lui. » Mais ils ne l’écoutèrent pas.

Lorsque Khālid arriva et installa son camp, il s’avança devant son armée et, d’une voix puissante, appela les guerriers valeureux parmi les Arabes qui se trouvaient là : « Où est untel ? Où est untel ? » Tous tergiversèrent, à l’exception d’un homme nommé Mālik ibn Qays, de la tribu de Jadhra, qui se présenta à lui. Khālid lui dit : « Ô fils de scélérate, qu’est-ce qui t’a poussé à m’affronter parmi tous ceux-là, alors que tu n’as aucune loyauté ? » Puis il le frappa (d’un coup) et le tua. Les Perses, pris de panique, abandonnèrent leur repas (et saisirent leurs armes). Un combat extrêmement violent s’ensuivit, les polythéistes attendant l’arrivée de Bahman, dépêché par le roi pour leur prêter main-forte, ce qui leur donnait plus de vigueur et de férocité au combat. Les musulmans, de leur côté, firent preuve d’une grande patience.

Khālid invoqua alors en ces termes : « Ô Seigneur, je Te promets que si Tu mets leurs dos à notre merci, je ne laisserai en vie aucun de ceux que je pourrai atteindre, aussi longtemps que je n’aurai pas fait couler leur rivière de leur sang. »

Finalement, Dieu accorda aux musulmans la possibilité de vaincre leurs adversaires, et le héraut de Khālid proclama : « Prenez-les vivants, prenez-les vivants ! Ne tuez que ceux qui refusent de se rendre. » Les cavaliers ramenèrent ainsi de larges groupes de prisonniers, poussés (comme un troupeau), et Khālid avait placé des hommes pour leur trancher la tête au bord du fleuve. Il agit ainsi pendant un jour et une nuit, puis encore le jour suivant et le surlendemain. Chaque fois qu’arrivait un nouveau prisonnier, on lui sectionnait la tête au fleuve, dont l’eau avait été détournée vers un autre cours. L’un des émirs lui dit alors : « Le fleuve ne coulera pas de leur sang tant que tu ne rétabliras pas l’eau, pour qu’elle emporte le sang et te permette de tenir ton serment. » Khālid s’exécuta, puis le fleuve devint rouge de sang pur. C’est la raison pour laquelle on l’appelle “le fleuve du Sang” jusqu’à nos jours. Les moulins furent mis en marche par cette eau mêlée de sang, et cela fournit de quoi satisfaire entièrement l’armée pendant trois jours. Le nombre de tués est estimé à soixante-dix mille, [et certains disent cent cinquante mille].

Lorsque Khālid mit l’armée ennemie en déroute, et après que ceux qui purent fuir revinrent, Khālid se tourna alors vers le banquet qu’ils avaient préparé pour le consommer et dit aux musulmans : « Voici un butin, descendez donc et mangez. » Les soldats descendirent et mangèrent le repas du soir. Les Perses avaient disposé de nombreuses galettes fines sur la nourriture, et les gens des régions bédouines, ne sachant pas de quoi il s’agissait, s’exclamaient : « Qu’est-ce donc que ces lambeaux ? » en les prenant pour des morceaux de tissu. Puis ceux qui savaient leur répondaient

(1) Le récit de la bataille d'Alīs dans l’histoire d’Al-Ṭabarī (3/354) et dans al-Kāmil d’Ibn al-ʿAthīr (2/388). (2) Dans A : le plus vaillant parmi eux était ʿAbd ibn Sūd al-ʿAjlī. (3) Dans A : Ô braves. (4) Dans A : Ô fils d’al-Ḥabashiyya. (5) Dans A : et le frappa. (6) Dans T : et il les poursuit. (7) Dans A : Jurdqa.
[وقعة أُلَّيْس] (١) ثم كانت وقعة أُلَّيس في صفر أيضًا وذلك أن خالدًا كان قد قتل يوم الولجة طائفةً من بكر بن وائل، من نصارى العرب ممَّنْ كانَ مع الفرس، فاجتمعَ عشائرهم وأشدهم حنقًا عبد الأسود (٢) العجلي، وكان قد قُتل له ابنٌ بالأمس، فكاتبوا الأعاجمَ فأرسلَ إليهم أردشير جيشًا [مددا] ، فاجتمعوا بمكان يقال (له) : أُلَّيس، فبينما هم قد نصبوا لهم سماطًا (فيه طعام يريدون أكله) ، إذ غافلهم خالد بجيشه فلما رأوه أشار من أشار منهم بأكل الطعام وعدم الاعتناء بخالد، وقال أمير كسرى [واسمه جابان] : بل ننهض إليه، فلم يسمعوا منه. فلما نزل خالد تقدم بين يدي جيشه، ونادى بأعلى صوته لشجعان (٣) من هنالك من الأعراب: أين فلان، أين فلان؟ فكلهم تلكؤوا عنه إلا رجلًا يقال له مالك بن قيس، من بني جذرة، فإنه برز إليه، فقال (له) خالد: يا بن الخبيثة (٤) ، ما جرَّأك عليَّ من بينهم وليس فيك وفاء؟ فضربه (٥) فقتله. ونفرت الأعاجمُ عن الطعام، (وقاموا إلى السلاح) ، فاقتتلوا قتالًا شديدًا جدًّا، والمشركون يرقبون قدوم بهمن مددًا من جهة الملك إليهم، فهم في قوة وشدة وكلب في القتال. وصبر المسلمون صبرًا بليغًا، وقال خالد: اللهم لك عليَّ إن منحتنا أكتافهم أن لا أستبقي منهم أحدًا (أقدر) عليه حتى أجري نهرهم بدمائهم. ثم إن الله – Exalté soit-Il – منحَ المسلمين أكتافهم فنادى منادي خالد: الأسرَ، الأسرَ، لا تقتلوا إلا من امتنع من الأسر، فأقبلتِ الخيولُ بهم أفواجًا يساقون (سوقًا) ، وقد وكل بهم رجالًا يضربون أعناقهم في النهر، ففعل ذلك بهم يومًا وليلة وتطلبهم (٦) في الغد ومن بعد الغد، وكلَّما حضر منهم أحدٌ ضُربت عنقه في النهر، وقد صرف ماء النهر، إلى موضعٍ آخر فقال له بعض الأمراء: إنّ النهر لا يجري بدمائهم حتى ترسل الماء على الدم فيجري معه فتبرَّ بيمينك، فأرسله فسال النهر دمًا عبيطًا، فلذلك سمي نهر الدم إلى اليوم، فدارت الطواحين بذلك الماء المختلط بالدم العبيط ما كفى العسكر بكماله ثلاثة أيام، وبلغ عدد القتلى سبعين ألفًا، [وقيل مئة وخمسين ألفًا] ، ولما هزم خالد الجيش ورجع مَنْ رجع من الناس، عدل خالد إلى الطعام الذي كانوا قد وضعوه ليأكلوه فقال للمسلمين: هذا نفل فانزلوا فكلوا، فنزل الناس فأكلوا عشاءً. وقد جعل الأعاجم على طعامهم مرققًا (٧) كثيرًا فجعل من يراه من أهل البادية من الأعراب يقولون: ما هذه الرقع؟ يحسبونها ثيابًا، فيقول لهم من يعرف ذلك من
(١) خبر وقعة ألَّيس في تاريخ الطبري (٣/ ٣٥٤) والكامل لابن الأثير (٢/ ٣٨٨). (٢) في أ: واشدهم حتفًا عبد بن سود العجلي. (٣) في أ: يا شجعان. (٤) في أ: يا بن الحبشية. (٥) في أ: وضربه. (٦) في ط: ويطلبهم. (٧) في أ: جردقًا.

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