[Mention de la bataille d’al-Walaja]
Ensuite eut lieu l’affaire d’al-Walaja (1) également en Ṣafar de cette même année, selon le récit d’Ibn Jarīr (2). En effet, lorsque la nouvelle des événements d’al-Madhār (3), où Qārin et ses compagnons avaient été tués, parvint à Ardashīr, alors roi des Perses, il envoya un émir valeureux nommé al-Anḏar Zaġr (4), originaire du Sawād, né et élevé à al-Madāʾin. Il le renforça par une autre armée, sous le commandement d’un émir nommé Bahman Jāḏawayh. Ils poursuivirent leur route jusqu’à un endroit appelé al-Walaja [elle se trouve du côté de Kaskar, dans la zone continentale], et Khalid apprit leur présence. Il se mit en marche avec ses troupes, en recommandant à celui qu’il laissait derrière lui de se montrer vigilant et de ne pas se laisser surprendre. Il alla affronter al-Anḏar Zaġr et ses hommes, qui s’étaient rassemblés à al-Walaja. Ils engagèrent un combat acharné, plus violent encore que le précédent, au point que des deux côtés, chacun crut que l’endurance était à bout. Khalid attendait toujours son embuscade placée derrière l’ennemi en deux points. Il ne fallut que peu de temps pour que les deux détachements surgissent sur les flancs. Les rangs des Perses prirent aussitôt la fuite, et Khalid, placé devant, les bloquait tandis que les deux détachements les attaquaient par-derrière. Chaque soldat perse ignorait où était tombé son compagnon (5). Al-Anḏar Zaġr s’enfuit du champ de bataille, mais mourut de soif [et l’on en tua soixante-dix mille (70 000)] ; Khalid s’adressa ensuite à ses hommes et les encouragea à poursuivre la conquête des terres des Perses, tout en leur faisant mépriser celles des Arabes.
Il déclara : « Ne voyez-vous pas toute cette abondance de nourriture, ici ? Par Dieu (6), si nous n’étions pas tenus par le devoir du jihād pour la cause de Dieu et par l’obligation d’appeler à l’islam, et s’il ne s’agissait que d’assurer notre subsistance, il conviendrait de combattre pour ces terres fertiles afin d’en être les premiers bénéficiaires, et de laisser la faim et le dénuement à ceux qui se dérobent (7) à ce que vous entreprenez. » Puis il préleva le cinquième du butin et le fit parvenir à Abū Bakr aṣ-Ṣiddīq, tandis que les quatre autres parts étaient réparties entre les soldats vainqueurs. Quant aux prisonniers issus des familles des combattants, certains furent faits captifs, et on laissa les paysans sur leurs terres moyennant la jizya.
D’après Saïf ibn ʿUmar (8), sur l’autorité de ʿAmr, selon al-Shaʿbī, Khalid affronta le jour d’al-Walaja un homme parmi les Perses réputé valoir à lui seul mille (9) combattants, et il le tua. Puis il s’appuya sur son corps, et l’on apporta son repas, qu’il mangea en s’adossant à sa victime, entre les deux rangs de combattants.