Puis survint la bataille d’al-Madhār(1) au mois de Ṣafar de cette même année. On l’appelle également la bataille d’al-Thanī, du nom du fleuve. Ibn Jarīr(2) rapporte qu’en ce jour-là, les gens disaient : « Ṣafar al-aṣfār : y périt tout tyran, au confluent des fleuves. »
La cause de cette bataille fut qu’Hurmuz(3) avait informé Ardashīr et Shīrā de l’arrivée de Khālid depuis al-Yamāma. Kisrā envoya alors des renforts sous le commandement d’un émir nommé Qārin(4) ibn Qurayānus, lequel n’atteignit pas Hurmuz avant que ne se produise l’affrontement entre celui-ci et Khālid déjà mentionné, et que ceux qui avaient fui parmi les Perses ne le rejoignent. Ils se regroupèrent auprès de Qārin, s’encouragèrent mutuellement(5) et convinrent de revenir affronter Khālid. Ils marchèrent jusqu’à un endroit appelé al-Madhār, tandis que Qabādh et Anūshjān(6) couvraient les deux flancs de Qārin.
Sitôt Khālid informé, il partagea les quatre-cinquièmes du butin amassé lors de la journée de Dhāt as-Salāsil, envoya al-Walīd ibn ʿUqba faire son rapport à aṣ-Ṣiddīq et se mit en route à la tête de ses armées pour s’installer à al-Madhār – déjà en ordre de bataille. Là, un combat intense et acharné éclata : Qārin sortit au-devant de l’armée en appelant au duel, et bien que Khālid s’avançât, ce furent les braves parmi les chefs qui se précipitèrent les premiers. Maʿqil ibn al-Aʿshā ibn an-Nabbāsh(7) tua Qārin, ʿAdiyy ibn Ḥātim tua Qabādh et ʿĀṣim tua Anūshjān. Les Perses prirent alors la fuite, et les musulmans les pourchassèrent, en tuant ce jour-là trente mille ; beaucoup se noyèrent dans les fleuves et les canaux. Khālid séjourna à al-Madhār, remit les dépouilles à ceux qui avaient tué leur adversaire et, Qārin jouissant d’un rang éminent parmi les Perses, il rassembla le reste du butin, en préleva le cinquième et dépêcha ce quint – accompagné de la nouvelle de la victoire – à aṣ-Ṣiddīq par Saʿīd ibn an-Nuʿmān, de la tribu de ʿAdī ibn Kaʿb.
Khālid demeura sur place, partageant les quatre-cinquièmes restants, et captura les familles de ceux qui combattaient, à l’exception des paysans, qu’il laissa en place moyennant la jizya. Parmi ces captifs se trouvait Ḥabīb Abū al-Ḥasan al-Baṣrī, qui était chrétien, ainsi que Māfanna, affranchi de ʿUthmān, et Abū Ziyād, affranchi d’al-Mughīra ibn Shuʿba. Khālid confia ensuite le commandement de la troupe à Saʿīd ibn an-Nuʿmān, et plaça Suwayd ibn Muqarrin à la tête de la perception de la jizya, l’établissant à al-Ḥafīr pour y collecter les impôts. Enfin, Khālid demeura encore quelque temps afin de guetter les nouvelles de l’ennemi.