Ils se glissèrent ensemble sous leur couverture : tantôt celle-ci leur couvrait la tête et laissait les pieds à découvert, tantôt elle couvrait leurs pieds et laissait la tête à découvert. Ils se relevèrent alors, et il leur dit : « Restez où vous êtes. » Puis il déclara : « Ne vous informerais-je pas de quelque chose de meilleur que ce que vous m’avez demandé ? » Ils répondirent : « Bien sûr. » Il dit : « Ce sont des formules que Gabriel m’a enseignées : vous glorifiez Dieu (en disant “Subḥān Allāh”) dix fois après chaque prière, vous Le louez (en disant “Al-ḥamdulillāh”) dix fois, et vous proclamez Sa grandeur (en disant “Allāhu akbar”) dix fois. Et lorsque vous vous mettez au lit, glorifiez-Le trente-trois fois, louez-Le trente-trois fois, et proclamez Sa grandeur trente-quatre fois. » Il ajouta : « Par Dieu, je ne les ai plus jamais délaissées depuis que le Messager de Dieu (ﷺ) me les a enseignées. » Quelqu’un lui demanda : « Pas même la nuit de Ṣiffīn ? » Il répondit : « Que Dieu vous anéantisse, gens d’Irak ! Non, pas même la nuit de Ṣiffīn. »
La dernière partie de ce ḥadīth est rapportée dans les deux Ṣaḥīḥ(1) par une autre chaîne de transmission. Fāṭima faisait preuve de patience auprès de ʿAlī malgré les difficultés et l’exiguïté de leur vie, et il ne se maria pas à une autre femme tant qu’elle vécut. Cependant, à un moment, il voulut épouser Badra(2), la fille d’Abū Jahl. Le Messager de Dieu (ﷺ) s’offusqua de cela et s’adressa aux gens en ces termes : « Je ne rends pas illicite ce qui est licite, ni licite ce qui est illicite, mais Fāṭima est une partie de moi. Ce qui la contrarie me contrarie, et ce qui la blesse me blesse. Je crains qu’elle ne soit mise à l’épreuve dans sa religion. Je préférerais toutefois qu’Ibn Abī Ṭālib la répudie et épouse la fille d’Abū Jahl, car, par Dieu, la fille du Prophète de Dieu et la fille de l’ennemi de Dieu ne cohabiteront jamais sous la responsabilité d’un même homme. »(3) ʿAlī renonça donc à ce projet de mariage.
Lorsque le Messager de Dieu (ﷺ) mourut, Fāṭima réclama son héritage auprès d’Abū Bakr, qui l’informa que le Messager de Dieu (ﷺ) avait dit : « Nous ne laissons pas d’héritage ; tout ce que nous laissons est une aumône. »(4) Elle demanda alors que son mari soit chargé de la gestion de cette aumône, mais Abū Bakr s’y refusa et déclara : « Je dépenserai pour tous ceux dont le Messager de Dieu s’occupait, et je crains, si je délaisse quoi que ce soit de ce qu’il faisait, de m’égarer. Par Dieu, il m’est plus cher de maintenir les liens avec la parenté du Messager de Dieu (ﷺ) qu’avec la mienne propre. » Fāṭima en conçut de la rancœur et continua à nourrir ce sentiment toute sa vie.
Quand elle tomba malade, aṣ-Ṣiddīq (Abū Bakr) vint la voir et entra auprès d’elle, cherchant à se réconcilier. Il lui dit : « Par Dieu, je n’ai quitté la maison, les biens, la famille et les proches que pour rechercher l’agrément de Dieu, celui de Son Messager et de vous, Gens de la Maison. » Elle finit alors par se montrer satisfaite de lui [– qu'Allah soit satisfait de lui –]. Al-Bayhaqī(5) rapporte ce récit par la voie d’Ismāʿīl ibn Abī Khālid, d’après ash-Shaʿbī, puis il commente : « Il s’agit d’un mursal (maillon manquant) dont la chaîne reste fiable. »
Lorsque la mort de Fāṭima fut imminente, elle confia à Asmā’ bint ʿUmays — l’épouse d’Abū Bakr aṣ-Ṣiddīq — la mission de la laver. Ainsi, Asmā’, ʿAlī ibn Abī Ṭālib, Salmā la mère de Rāfiʿ, et, selon certains récits, al-ʿAbbās ibn ʿAbd al-Muṭṭalib, procédèrent à sa toilette funéraire.